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Journal d’un étranger
par al.jes

Cinq Étoiles

Nous sommes en décembre 2014. Le 24. Après une étape à Chennai, puis dans un village côtier du Tamil Nadu, je continue vers le sud. Sur les conseils d’un ami, je m’arrête dans un petit village, perdu dans la forêt, entre Auroville et Pondichéry. Je profite de l’endroit, très agréable, puis vient l’heure du dîner. Je cherche un restaurant, mais il n’y a pas grand choix… une pizzéria pour seule option. Il y a mieux pour un réveillon, mais je décide de me rattraper plus tard.

Le lieu est petit et sale, mais ça ne veut rien dire. Nous sommes en Inde, après tout. Je regarde le menu, choisis une pizza, passe commande, et m’installe. Dix minutes plus tard, le repas arrive. Les parts ne sont pas prédécoupées, et on ne me donne pas de couverts. J’en demande. On m’en apporte. Ils sont sales. Je finis par découper ma pizza avec les doigts.

Vous vous en doutez, la pizza n’était pas bonne. J’en ai mangé la moitié, me demandant quelle maladie je contracterais par la suite… J’ai payé, puis je suis parti. Jusqu’à il y a peu, c’était ma pire expérience dans un restaurant. Mais mardi dernier, j’étais à Paris pour une demande de visa…


Mon ami Gaël et moi arrivons aux Champs Élysées. Nous ne savons pas encore où nous irions déjeuner, mais on avait envie de bien faire les choses, à l’approche de Noël.

En sortant du métro, allez savoir pourquoi, j’avais envie de cuisine libanaise. Je cherche donc ce qui pourrait convenir sur Yelp, et trouve une adresse non loin. Nous nous y rendons. Pas de chance, c’est un fast food.

Cependant, nous sommes passés en chemin devant une enseigne proposant des frites maison. Gaël avait remarqué ça, et nous décidons d’essayer l’endroit. Belle erreur…


Nous entrons dans un hall vide, quelques tentures et plantes vertes donnent l’impression d’un décor de théâtre de mauvais goût. Sur le côté, une arche mène à la salle principale, où d’autres clients mangent. L’ambiance est glauque.

Les gens parlent bas dans un environnement silencieux. Entre deux tablées, un téléviseur montre une playlist YouTube à l’arrêt. Apparemment, les tenanciers avaient prévu de nous faire écouter du blues, mais ont oublié de lancer la lecture. La moitié basse de la salle est dans un style feutré un peu dix-neuvième. La moitié haute, c’est autre chose… Des tuyaux pendent du plafond dans une tentative ratée de décor post-moderne. Aux murs, d’étranges photographies donnent l’impression d’un salon de coiffure. Et encore, un mauvais, car les coiffures montrées sont sans intérêt. Entre la salle et un escalier qui descend, un grillage mal entretenu. Au-dessus de l’escalier, une plante se meurt, tenant compagnie à deux vases vides que j’ai d’abord pris pour des urnes funéraires. Une ambiance malsaine, donc, mais les quelques clients qui se trouvent là n’ont pas l’air d’y prêter attention.

Nous attendons, longtemps, sous cette arche, sans trop savoir si c’est vraiment un restaurant ou un décor absurde. Je suis à deux doigts de proposer à Gaël de quitter les lieux quand un serveur arrive enfin et nous installe. Les sièges sont inconfortables et la nappe est rêche. Nous attendons de nouveau, dix bonnes minutes, puis le serveur nous apporte une feuille de papier en guise de menu. Il y a trois choix d’entrées, de plats, et de desserts, ainsi qu’une faute d’orthographe et une d’orthotypographie. Nous avons fait notre choix en dix secondes, mais notre homme avait déjà disparu. Il ne réapparut que vingt minutes plus tard.

Pendant l’attente, nous voyons des gens monter et descendre les escaliers dont je parlais plus tôt, et nous nous amusons à imaginer ce qui peut se tramer au sous-sol. Vu l’emplacement (coûteux) et la clientèle (réduite), nous doutions de la capacité de l’établissement à tenir longtemps sur cette seule affaire… Quelques hypothèses : cet endroit serait le caprice d’un très riche enfant de cinq ans ; le propriétaire aurait perdu un pari (ou serait en train d’en gagner un) ; le restaurant serait une façade pour une autre affaire se passant au sous-sol (maison de passe, trafic de drogues dures, voire d’organes ou pire, une cave isolée et insonorisée abritant une salle de torture)…

La gêne monte d’un cran, mais le serveur vient enfin prendre commande. Nous prenons tous deux un tartare de saumon en entrée. En plat, Gaël prend une bavette avec les fameuses frites maison ; je prends un pavé de saumon. Nous buvons de l’eau. Quelques minutes plus tard, le serveur revient pour s’assurer que les entrées étaient bien ‹ un tartare de saumon et un avocat aux crevettes ›. Non, deux tartares. Quand le serveur s’éloigne, nous nous regardons, inquiets.

L’attente se poursuit, toujours dans cette atmosphère dérangeante, puis les tartares arrivent. Pas très bons et, surtout, servis avec du ketchup. Nous étions choqués par la chose. ‹ Du saumon avec du ketchup ›, répète Gaël, trois fois, sans que nous ne puissions assimiler l’idée pour autant.

Les plats suivent. ‹ Un pavé de saumon ›, indiqué-je à Gaël, qui rit en voyant le ridicule bout de poisson qui se trouve dans mon assiette. Il fut fini en trois bouchées. La bavette de Gaël n’est pas cuite, et si innervée qu’il peine à la découper. Quant aux frites, elles ne sont pas faites maison (surprise !)…

Quand le serveur nous demanda si nous voulions un dessert, j’ai dit que nous arrêterions là les frais. J’étais dépité. Pour la toute première fois, j’étais même tenté de partir sans payer, tant l’expérience était déplorable. Jusqu’au dernier détail, lorsque le serveur dut descendre l’escalier avec nos cartes de crédit parce que le lecteur était trop loin de sa base… #facepalm


Exceptionnellement, je vais dénoncer. Donc si certains d’entre vous auraient envie de ne pas essayer cet établissement, je déconseille formellement L’Appart, non loin de la station de métro Franklin D. Roosevelt.

Publié le 24.12.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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