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Journal d’un étranger
par al.jes

Le Visa kényan

L’hôtesse déchire ma carte d’embarquement, et me laisse passer. Je me rue dans les marches, bien content d’enfin échapper à la cohue. J’ai le siège 3F, aussi je croyais avoir été surclassé, mais non : je suis juste derrière la classe affaire. Soit. Au moins, je suis dans l’avion. Ça n’était pourtant pas gagné…


À la fin de l’épisode précédent, je vous avais laissé alors que j’allais à la soirée de fin d’études avec les enseignants et les membres du jury. Le principe est simple : l’alcool est censé aider les étudiants à trouver un stage auprès des jurés, tous issus de l’industrie. Dans mon cas, ce fut plutôt l’inverse : deux jurés essayaient non pas de me donner un stage, mais carrément un emploi… Sauf que leurs entreprises ne m’intéressaient pas. Des jeux sans ambition pour l’un, et du casino en ligne pour l’autre…

Ce fut aussi l’occasion de revoir mon ami Eyram, qui était mon mentor lors de mon stage au Ghana, et de rencontrer Jake, le game designer qu’il a embauché après que mon stage l’ait convaincu de la nécessité de ce corps de métier. Il a fait allusion à la possibilité que je retourne travailler pour lui, à quoi j’ai d’abord répondu évasivement…

Quelques jours plus tard, en discutant en ligne avec Jake, j’apprends qu’ils commencent enfin un gros projet qu’Eyram m’avait laissé miroité l’an dernier, et je commence à songer sérieusement à retourner à Leti Arts pour un second stage. Cette fois-ci dans l’autre studio, au Kenya, pour découvrir un nouveau pays.

Les semaines passent pendant que je négocie les conditions de mon stage (salaire, aller au Kenya, être affecté sur ce projet, et une aide pour le logement), puis vient le temps d’entamer les démarches pour mon visa. Une petite recherche en ligne, je trouve les documents nécessaires, mais le formulaire à compléter renvoie vers… une erreur 404. J’ai l’habitude des ambassades, mais ils ont fait fort, là.


On en vient à lundi soir, à mon départ du campus avec deux heures d’avance… et aux bouchons phénoménaux qui ont failli me faire arriver en retard à l’aéroport. Finalement, j’ai fait la queue au check-in, à la sécurité, à l’embarquement, et l’avion a décollé pour Delhi. Une fois arrivé, je me rends à mon hôtel habituel, et je me couche.

Le lendemain matin, je passe chez un photographe, puis prends un rickshaw, direction l’ambassade, qui… n’est pas dans le quartier habituel. Il faut la chercher, mais mon chauffeur est bon, finit par la trouver. Je lui laisse un gros pourboire, il l’a mérité amplement.

À l’ambassade, la réceptionniste me dit qu’il faut un chèque. Je commence à me dire que c’est parti comme pour le Ghana. Elle appelle ses supérieurs ; rien n’y fait. Elle passe quelques coups de fil, puis m’annonce que je peux en obtenir un sans compte, contre un faible pourcentage, dans une banque voisine. Elle connaît quelqu’un, a demandé une faveur. Encore un exemple de la gentillesse indienne !

Les dépôts de dossier se terminent normalement à midi et demi, mais elle me dit faire traîner jusqu’à une heure. Je me dépêche donc et, malgré la lenteur phénoménale du banquier, reviens à l’ambassade à moins dix, en sueur.

Cette brave dame me tend alors une feuille blanche. Il manque une lettre de motivation de ma part (non demandée sur le site de l’ambassade), mais je peux la faire à la main. J’en improvise une, et la lui tends. Elle sourit, me dit que tout est parfait, et que je peux revenir le lendemain, à 17 h 30.

L’après-midi se passe sans grand événement. Le lendemain, j’ai visité le Lotus Temple, lieu de culte de la foi Baha’i. C’était fort décevant. Le temple est joli de loin, mais pas tellement de près. L’intérieur est sobre, mais pas particulièrement beau, et surtout il y avait un parcours très dirigé. On ne pouvait pas vraiment profiter du lieu…

Lotus Temple #2

Je suis donc allé chercher mon visa. La réceptionniste, en me voyant, vient me parler : visa refusé, parce que j’ai trop payé ! Au choix donc pour moi. Refaire la demande le lendemain avec un autre chèque, et louper mon avion, ou prendre un visa qui couvre aussi l’Ouganda et le Rwanda, pour ce prix-là, qui peut m’être délivré après quelques minutes. L’avion est plus cher, je prends la seconde option.

Elle repart, s’occupe d’autres dossiers, puis revient vers moi au bout d’une heure : Visa accordé. Ça m’a l’air presque trop facile…


Image : Lotus Temple #2, par ma pomme.

Publié le 29.06.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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