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Journal d’un étranger
par al.jes

L’Art de la négociation

La conversation, telle que vue par un observateur extérieur :

Hé, où vas-tu ?

Salut ! Loni, DSK…

OK !

Le chauffeur entame un geste vers son rickshaw. Je l’arrête :

Combien ?

Quatre cents.

Cent cinquante.

Il fait nuit… C’est loin… Je vais revenir à vide…

OK, dis-moi ton prix.

Quatre cents ?

Cent cinquante.

Échange de sourires, de regards gêné. Je hausse les épaules dans un geste semblant dire qu’il ne fait pas d’effort.

OK, deux cent cinquante. C’est mon dernier prix.

Soit… cent soixante-dix ?

Non, mais il faut passer le péage… Deux cents, plus cinquante pour le péage.

Alors arrête-toi juste avant le péage, et je paie deux cents.

OK.

Il m’indique son véhicule, et je monte dedans.


Maintenant, la même conversation, décryptée :

Hé, où vas-tu ?

Salut ! Loni, DSK…

J’habite au DSK International Campus, et Loni est le village à côté. DSK n’a, bien entendu, rien à voir avec un certain politicien français.

OK.

En ne négociant pas le prix d’emblée, il espère avoir l’ascendant une fois arrivé. C’est plus dur de faire baisser les prix alors que le service a déjà été rendu. En négociant avant, je peux toujours aller voir ailleurs : d’autres chauffeurs accepteront de baisser les prix si lui refuse.

Combien ?

Quatre cents.

Cent cinquante.

Ici, il voit un blanc. Donc un étranger. Donc, à ses yeux, un riche. Il me propose d’emblée un prix exorbitant. Je réponds du tac au tac. S’il m’avait proposé le prix normal (deux cent cinquante roupies pour ce trajet), je n’aurais même pas négocié. Mais comme il veut m’arnaquer, je joue avec lui. Pour tout prix indécent (au-dessus de trois cents), je réponds cent cinquante automatiquement, avec pour objectif de faire baisser le prix final à deux cents.

Il fait nuit… C’est loin… Je vais revenir à vide…

OK, dis-moi ton prix.

Il joue la comédie pour essayer de m’attendrir. Je joue le jeu, lui montrant quand même que je suis prêt à négocier.

Quatre cents ?

Cent cinquante.

Il ne fait aucun effort, donc je n’en fais pas non plus. Il a voulu me faire danser, c’est à lui de faire le premier pas.

OK, deux cent cinquante. C’est mon dernier prix.

Il abandonne la partie. Il me propose le prix normal. Il sait déjà qu’il a perdu, mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

Soit… cent soixante-dix ?

Non, mais il faut passer le péage… Deux cents, plus cinquante pour le péage.

Ledit péage est gratuit pour les rickshaws. Néanmoins, il m’a tendu une perche, que je saisis au vol…

Alors arrête-toi juste avant le péage, et je paie deux cents.

OK.

J’ai atteint mon objectif, et il ne peut pas refuser après ce qu’il vient de dire. Victoire par K.O.

Ça devient trop facile…

Publié le 27.03.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

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