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Journal d’un étranger
par al.jes

Intermède français

Trésor caché

Définitivement, ces dix jours passés en France sont à placer sous le signe de la nostalgie… Dès mon arrivée, les souvenirs ont assailli mes sens, souvent de manière inattendue.

On imagine volontiers que partir oblige la métamorphose, au contact de l’autre, de tout ce qu’on n’est pas. Et c’est vrai : partir implique d’apprendre, de changer, de grandir. De vivre, en somme. Tout voyage est intérieur.

Ce qu’on n’imagine pas, c’est que, rentrer, c’est se réinventer. Après un an au contact quotidien de l’autre, impossible de rentrer indemne : le retour à la source renforce et souligne ces différences que nous avons appris à considérer comme la norme. Dès lors, l’invisible devient évident, et ce qui devait être un havre de banalité nous régale de questionnements, nous inonde de surprises.

Quel délice, par exemple, de découvrir que l’Europe a un parfum ! Discret, tamisé, familier, mais indéniable. J’ai rencontré ce fond odorant à l’aéroport d’Amsterdam en venant d’Afrique, à Paris, à Dunkerque, à Lille, et mes voyages en Inde et en Afrique me susurrent à l’oreille qu’un tel primat aromatique dispose d’une certaine étendue.

C’est donc avec une joie tout enfantine que je me suis laissé aller à cette redécouverte sensorielle, explorant le familier avec avidité. Il faut dire, en rentrant après un an, pour dix jours seulement, que je ne prenais pas le risque de me réhabituer tout en profitant des nombreuses madeleines se présentant à moi.

Parmi ces plaisirs, j’ai donc retrouvé, en vrac, les bons petits plats (dans les grands) de mes parents, mon lit d’enfant (avec une couette ! j’avais totalement perdu l’habitude…), les températures françaises et le port d’un pull, les plantes du jardin, les boutiques du village où j’ai grandi, les rues piétonnes de Lille, la conduite automobile, les crèmes glacées avec des goûts un peu plus variés que fraise ou vanille… et j’en passe tellement ! Ces dix jours, par delà la demande de visa et des retrouvailles avec… tous ceux que j’ai pu voir, ce fut une expérience sensorielle de tous les instants : incroyablement stimulante, mais parfois éprouvante, aussi.

Mais toute bonne chose a une fin, et cet intermède ne fait pas exception à la règle. Une fois le visa empoché, le billet d’avion pour Pune acheté, ne restaient plus que quelques jours bien tassés, dont j’ai profité du mieux que j’ai pu, et le retour se profile à l’horizon… Un trajet en train en regardant le paysage défiler, un vol de nuit, et voilà Mumbai. Le temps de passer la douane, de récupérer mon bagage, de lui faire passer la douane, de le déposer au comptoir pour Pune, de me rendre à l’aéroport domestique, de passer une nouvelle fois la sécurité… je n’ai pas beaucoup eu le temps de patienter. Le vol suivant fut très court, et, après avoir récupéré mon bagage et un rapide passage au bureau de change, je me suis retrouvé à Pune.

Elle m’avait manqué, cette ville ! Les odeurs, le bruit, les couleurs… Les célébrations pour remercier Ganesh de la mousson passée ont commencé, et je pus voir depuis le rickshaw quelques autels de fortune et autres processions joyeuses. Puis nous y voici : retour au campus, retrouvailles, reprise du travail… On est reparti pour un an.


Image : Trésor caché, par ma pomme.

Publié le 23.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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