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Journal d’un étranger
par al.jes

Tamale et Mole

Vendredi dernier, j’ai pris un bus de nuit en direction de Tamale —prononcez ‹ Tamalé ›—, une grosse bourgade du nord du pays. Après un long —une grosse dizaine d’heures— et inconfortable trajet, je suis arrivé vers quatre heures du matin. Là, Mary, une amie de mon logeur, m’a accueilli. Elle m’a emmené dans un hôtel afin que je me repose quelques heures, puis est revenue me chercher un peu après neuf heures. Petit détail amusant, un Nouveau Testament m’attendait sur le lit quand je suis arrivé. C’est bien la première fois que ça m’arrive…

Tamale est une bourgade d’environ un million d’habitants, mais les Ghanéens ont un côté marseillais, et ils qualifient Tamale de mégapole. C’est mignon 1… En revanche, ce n’est pas très touristique. Comme lieux caractéristiques de la ville, Mary m’a montré un stade, une université, et un hôpital.

N’empêche, j’ai bien aimé. Accra est tellement acculturée que le nord du pays offre un contraste appréciable. J’ai enfin pu voir une architecture locale : des ensembles de cases circulaires, elles-mêmes placées en cercle et reliées par un petit mur. Sympa comme tout. Avec des dérivés : le torchis remplacé par du béton, des formes plus carrées, des toits en métal au lieu du chaume… Le tout réuni en quantité de minuscules villages entourant la ville, devant regrouper pas plus de cinq ou six familles chacun.

Par ailleurs, on voit un peu plus d’animaux sur les routes, des vaches qui t’ignorent, comme en Inde, des chèvres (en veux-tu ? en voilà !), mais aussi des termitières sur le bord de la route, etc. Le paysage aussi est différent. Quelque part entre une forêt et une savane : beaucoup d’arbustes, quelques arbres, et beaucoup d’herbes hautes. J’ai trouvé ça joli comme tout.

J’ai passé l’après-midi dans le bus, pour aller au parc national de Mole —prononcez ‹ Molé ›—, mais, juste avant, je me suis arrêté dans un village musulman du nom de Larabanga, abritant la plus ancienne mosquée du pays, construite au début du quinzième siècle, suivant l’architecture soudanaise.

Larabanga #1

Une fois arrivé au parc, j’ai pris une chambre pour deux nuits. En allant dîner, j’ai rencontré un Chinois et un Indien travaillant dans la construction de la route que mon bus avait justement empruntée cet après-midi —ils viennent de la finir et rentrent bientôt au pays, après trois ans ici.

Dimanche matin, je me suis levé très tôt. Lavage rapide au seau d’eau —il n’y avait pas d’eau courante—, puis départ pour un safari. Ce dernier fut en compagnie d’un Autrichien et d’un couple d’Espagnols, sur le toit d’une jeep, avec un guide armé, au cas où. Entre les arbres, à demi cachés par les hautes herbes, nous avons vu des antilopes, des babouins, des gibbons, quelques phacochères et pintades sauvages, mais, malheureusement, pas d’éléphants. Le chauffeur s’est embourbé vers la fin, et on a poursuivi un peu à pied, avant qu’une autre jeep ne vienne dépanner la première et que l’on rentre.

En rentrant, on a rejoint quelques Britanniques —un vrai petit club de blancs— pour le petit-déjeuner, après quoi je suis retourné me coucher pour une sieste bien nécessaire. À midi, j’ai mangé un curry de pintade. Autre différence du nord du pays, ils ont développé un goût pour la cuisine. Ensuite, ça reste un hôtel pour touristes. Ils ont l’habitude des étrangers.

L’après-midi fut sans histoire, et j’ai fini la journée sur une salade composée, avant d’aller me coucher tôt. En effet, le lundi matin commença de façon très similaire au dimanche, au détail près que ce sont deux Allemandes et une Suisse qui m’accompagnent pour le safari. Encore divers animaux, jusqu’à ce que… éléphants en vue ! Nous sommes descendus de la jeep pour approcher à pied, jusqu’à une quinzaine de mètres. Je ne sais trop décrire le sentiment qui m’a habité à ce moment-là. Pas de la joie. Davantage la conscience d’être privilégié. Un petit moment de magie.

Let's go back

En retournant à la jeep, on a aperçu un autre groupe d’éléphants, qui se dirigeaient tout doucement vers un point d’eau. On les a devancés et fait le tour de la petite mare avant qu’ils n’arrivent pour prendre leur bain. Quand ils sont repartis, nous sommes rentrés à l’hôtel, tous très contents de la matinée.

J’ai pris le petit déjeuner avec les Anglais d’hier, puis Mary m’a rejoint un peu après dix heures. J’ai récupéré mes affaires, rendu la clé, et roule ma poule, retour à Tamale en taxi —plus coûteux, mais plus rapide que le bus. Sur la route, le chauffeur écoutait une musique traditionnelle dont certains accents laissent deviner un lointain lien de parenté avec le jazz. Vraiment chouette.

Arrivés à Tamale, nous sommes allés chercher mon ticket de bus, mais il ne partait qu’en fin d’après-midi. Du coup, nous avons déambulé dans les rues, avant de nous attabler dans un petit restaurant pour un déjeuner tardif. Un peu après quatre heures, nous sommes retournés à la gare routière, et j’ai dit au revoir à Mary.

Le bus est parti aux environs de six heures, pour arriver à Accra un peu avant cinq heures, ce matin. Le réveil a sonné deux heures plus tard, et je termine ce billet au bureau 2.


Images : Larabanga #1 et Let’s go back, par ma pomme.


  1. Pour information, le seuil fixé par l’ONU pour parler de mégapole est de dix millions d’habitants. Même l’aire urbaine de Paris ne peut y prétendre. 

  2. Pas bien, je sais. Mais mon patron, très gentil, a de toute façon décidé de me ménager aujourd’hui. 

Publié le 01.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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