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Journal d’un étranger
par al.jes

Kumasi

D’habitude, je traîne jusque tard au bureau, pour profiter de la connexion, mauvaise, mais au moins existante, à Internet. Mais vendredi soir, je suis parti tôt. J’ai demandé à mon patron de prendre soin de mon ordinateur pour ne pas avoir à l’emporter en voyage, puis je suis parti, n’emportant dans mon sac que le strict minimum, préparé le matin même. J’aime voyager léger.

J’ai pris un bus pour Kumasi, bourgade d’un million et demi d’âmes, ancienne capitale de l’empire Ashanti, à cinq heures de route d’Accra. Le bus est très confortable, avec des sièges larges en cuir, mais la climatisation est réglée sur une température que je juge glaciale et, contrairement aux bus indiens, on ne nous fournit pas de couverture. Arrivé à destination, je suis accueilli par Woedem, un ami de mon patron, qui sera mon hôte pour le week-end.

Woedem est architecte et habite une villa où des serviteurs s’occupent de lui et de sa famille. La grande classe. Par contre, il n’a pas d’adresse. Il n’y a pas de nom de rues, dans son coin. Pas grave, il me note les instructions à suivre pour retrouver mon chemin en tro-tro ou taxi, selon mon envie. Woedem est aussi très gentil et curieux de mes voyages. Je dors dans une chambre aménagée pour moi. Du couchsurfing plutôt haut de gamme, en somme.

Le lendemain, c’est à dire hier, j’ai commencé la journée avec une douche chaude. Ça a l’air anodin, mais c’est le grand luxe, dans un pays où on n’a pas toujours l’eau courante. Bref.

Vers dix heures, Woedem m’a déposé en centre-ville. J’ai visité quelques musées sans grand intérêt sinon celui d’apprendre quelques éléments de culture ashanti. Ensuite, je me suis perdu en ville, ai parcouru de long en large un marché très animé (ça change du calme habituel du pays), puis ai pris un tro-tro qui devait m’amener au lac Bosumtwe, à une quarantaine de minutes de la ville. En fait, le tro-tro m’a conduit jusqu’à une station de taxis non loin du lac.

Je n’étais pas content sur le coup, mais un chauffeur de taxi m’a proposé de m’attendre quand je serai au lac puis de me reconduire en ville ensuite, pour un prix honnête. Comme il commençait à se faire tard, ce n’était pas plus mal.

Je suis donc resté une petite heure sur les rives du lac, à profiter du calme, des enfants qui voulaient jouer avec l’obruni et du temps qui passe. Quand le soleil s’est couché sur les collines environnantes —discrètement, comme s’il s’excusait d’être passé—, j’ai retrouvé mon taxi, qui m’a conduit chez Woedem grâce aux indications que ce dernier m’avait fournies.

Lake Bosumtwe #2

Ce matin, je me suis levé tard. Comme tout le monde va à la messe, il n’y a jamais rien d’ouvert, le dimanche matin. C’est pire qu’en France, pour tout vous dire. En même temps, je n’ai jamais vu un pays aussi religieux. Bref. Vers midi, j’ai dit au revoir à Woedem et sa famille, et j’ai pris un taxi pour le sanctuaire de la vie sauvage d’Owabi.

Le problème, c’est que mon chauffeur ne savait pas où c’était. Il a demandé son chemin de nombreuses fois, à des gens qui n’en savaient pas plus, au point qu’on s’est demandé si ce lieu existait ou était une mauvaise blague faite aux voyageurs se renseignant en ligne. À force de persévérer, cependant, on a quand même trouvé l’endroit, une bien belle forêt, très paisible, peuplée de magnifiques papillons grands comme une main ouverte, des oiseaux que j’ai davantage entendus que vu, et une grande population de singes d’après le guide local (obligatoire, dans cette jungle aux sentiers non balisés), mais je n’en ai qu’entre-aperçu deux, et de très loin. Pas de chance.

Le chauffeur, qui m’avait attendu, m’a ramené à la gare routière, où j’ai pris le bus pour Accra. Il fait nuit, et j’écris ces lignes sur mon portable. La climatisation est encore allumée. J’ai froid.


Image : Lake Bosumtwe #2, par ma pomme.

Publié le 09.08.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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