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Journal d’un étranger
par al.jes

Vivre à Accra

Quand on arrive au Ghana avec nos clichés d’Européen, même —et surtout— après presque un an en Inde, la vie nous réserve bien des surprises.

La première, qui m’a frappé dès mon arrivée : l’état des routes et la conduite. Venant d’Inde, j’imaginais retrouver en Afrique le chaos ambiant et des routes en mauvais état auxquelles j’étais désormais habitué. En fait, les gens respectent le Code de la route et la voirie semble en excellent état. On se croirait presque en Europe ! Bon, après quelques jours, on se rend compte que certaines rues ont plus de nids de poules que de bitume, mais le fait est que les rues un tant soit peu fréquentées sont entretenues avec régularité.

Un autre constat venu très rapidement est l’occidentalisation et l’acculturation de la société. C’est très visible dans leur architecture… Je n’ai vu que deux ou trois bâtiments avec une forme que je ne connaissais pas auparavant, mais la quasi-totalité du parc immobilier n’aurait pas paru déplacée dans une banlieue pavillonnaire américaine. Exception faite, bien entendu, des bidonvilles, faits comme partout de bric-à-brac plus ou moins protecteurs du vent et de la pluie. De même, la musique écoutée partout est le rap américain, et il faut chercher longtemps pour trouver un habit faisant ‹ couleur locale ›.

Seule la nourriture semble échapper à ce désastre, mais uniquement parce que les Ghanéens ne prêtent pas attention à ce qu’ils mangent. Un plat est censé être sain et nutritif, mais le goût n’a aucune espèce d’importance et manger n’est vu que comme une nécessité. Quelque chose me dit que les substituts comme Soylent™ et ses concurrents auront un grand succès quand ils débarqueront ici. En attendant, ils ne mangent qu’un plat par repas, toujours très cuit et pimenté, pas toujours varié.

Une autre surprise mettant à mal nos clichés —et c’est là bien ennuyeux— se trouve être le coût de la vie. Il semblerait qu’une importante inflation a eu lieu les derniers mois, invalidant tous les renseignements glanés en ligne. Et comme le cours du cedi —la monnaie locale— n’a pas été dévalué, les prix sont comparables aux prix européens, voire supérieurs, dans certains cas, pour une qualité souvent nettement moindre.

Un autre gros changement, par rapport à l’Inde, c’est l’importance exagérée donnée à la politesse. Si en Inde on ne salue pas toujours, ici il peut arriver que quelqu’un qui ne souhaite pas vous parler vous salue et vous demande comment vous allez, simplement pour éviter d’être impoli. L’inconvénient, c’est qu’il est donc difficile de savoir si votre interlocuteur nous prête un quelconque intérêt ou s’il s’agit d’une pure politesse, qu’il préférerait écourter, si seulement vous vouliez bien comprendre.

En revanche, les gens n’attachent aucune importance à être à l’heure, et peuvent facilement avoir un retard d’une demi-heure à une heure sans penser avoir incommodé la personne qui les attendait. Dans mon entreprise, je suis le seul stagiaire à arriver à l’heure et mon patron ne semble pas s’en émouvoir. Ils ont même une expression pour décrire ce phénomène : ‹ GMT, Ghana Maybe Time ›.

Dans le même ordre d’idée, mon voisin de siège dans l’un des avions qui m’ont emmené au Ghana m’avait mis en garde contre la lenteur générale de l’activité en Afrique. Je n’avais pas pris l’avertissement très au sérieux, et pourtant… Il n’est pas rare qu’on me donne une semaine pour réaliser une tâche qui me demande quelques heures au plus.

Un dernier trait de caractère qui m’a frappé, c’est la paranoïa aiguë générale. Par exemple, la maison où j’habite est dans un quartier encerclé d’une enceinte fortifiée avec gardes et rondes, où chaque maison se cache derrière un mur rehaussé de piques et de fils barbelés, où chaque fenêtre a ses barreaux et où chaque porte est verrouillée à double tour. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de l’un de ces ghettos pour riches dont on entend parler si souvent, mais c’est un quartier de classe moyenne et cette paranoïa semble partagée par la majorité de la population. Pourtant, le pays reste sûr, mais les gens se referment sur eux-mêmes, sur leur communauté restreinte.

Voilà. Accra est très loin de ce que je m’imaginais, et j’aurais préféré mes préjugés se vérifier. Même la météo ne me semble pas franchement équatoriale. On dirait plus l’hiver de Pune, et mes collègues s’amusent de voir l’Européen que je suis avoir froid alors qu’ils pensent qu’il fait chaud. Cependant, il y a bien quelques clichés qui se sont vérifiés : on n’a pas toujours l’électricité ni l’eau courante —je peux prendre une douche environ un jour sur deux— et la connexion est catastrophique —je n’ai Internet qu’au bureau, et encore, pas tous les jours. Il fallait bien ça, sinon j’aurais pu croire être en Occident…

Publié le 09.07.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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