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Journal d’un étranger
par al.jes

Le Visa ghanéen

White Tiger

Note à l’intention de ceux qui tomberaient sur ce billet en cherchant des informations sur un visa ghanéen depuis un moteur de recherche : je vis depuis neuf mois en Inde et ai cherché à l’obtenir depuis Delhi. Il y a peu de chance que ce billet vous donne des informations utiles si vous vivez dans un pays francophone.

Bien. Ceci étant dit, commençons.

Comme je le disais dans le précédent billet, j’ai trouvé un stage au Ghana. Il me fallait donc un visa. Je cherche des informations sur le web, n’en trouve pas, ou plus à jour depuis longtemps. Tous les courriels que j’ai envoyés sont revenus non distribués, et je ne savais donc qu’une chose : il faudrait se rendre à l’ambassade, si ambassade il y a, pour obtenir la moindre information. Je prévois donc un petit voyage pour Delhi, espérant l’impossible à la clef.

Je pars donc jeudi soir, sans savoir aucunement à quoi m’attendre. L’un de mes amis, Anupam, habite à Delhi, mais ne peut me recevoir. Je me rends donc à l’hôtel, en trouve un raisonnable, et me couche.


Le vendredi, je suis allé à l’ambassade, qui —surprise— existe. Les ambassades sont ici d’immenses palais, c’est assez impressionnant. Arrivé sur place, un garde m’a renseigné sur tous les documents à me procurer. La liste est longue, décourageante et inclut un vaccin contre la fièvre jaune.

Je suis donc vite rentré à l’hôtel, et j’ai commencé à envoyer des messages à droite à gauche. J’ai contacté mon maître de stage, qui m’a fourni ce qu’il devait m’envoyer dans la soirée, et le directeur de ma formation, qui, je crois, est retourné à son bureau pour moi malgré un jour de congé. Leur zèle, à tous les deux, me redonna espoir. J’ai donc rempli de la paperasse. Formulaire de demande de visa en quatre (!) exemplaires, etc.


Samedi matin, j’ai cherché un hôpital pour me faire vacciner. C’était quelque chose, de voir ces hordes de patients, assis ou allongés à même le sol, dans la poussière et la chaleur. Ça n’inspirait pas confiance, en tout cas.

Après avoir cherché le centre de vaccination, un homme m’interpella, en anglais pour une fois. Il m’amena directement dans une petite salle climatisée et relativement propre, puis me tendit un formulaire en hindi. Quand je lui demandais de me le traduire, il me produisit un autre formulaire, en anglais. Celui-ci demandait des informations médicales et affirmait que je me faisais vacciner de mon plein gré. J’étais arrivé à bon port.

La vaccination elle-même fut courte : on me ponctionna trois cents roupies, on me piqua, puis on me demanda de sortir et de passer quelques minutes dans la salle d’attente, où une femme d’un certain âge me lorgna d’un air lubrique pendant que je remettais ma chemise. Après lesdites minutes, je reçus un certificat et on me dit que je pouvais partir.


Comme il ne me restait plus grand-chose à me procurer, je me suis promené quelque peu dans Delhi avant de rentrer à l’hôtel et de contacter Anupam. On s’est retrouvé à une station de métro, puis il m’a guidé vers un restau tibétain, dans une colonie de réfugiés tibétains. Le labyrinthe étroit de ruelles m’a rappelé certains moments passés en Chine, et la nourriture aussi, pour tout dire.

En rentrant, nous avons à nouveau pris le métro, et j’ai mis un mot sur ce qu’il me faisait ressentir : nostalgie. C’est marrant. Peu de choses me manquent réellement d’Europe, mais le métro en est une. C’était d’autant plus sensible que ce métro est d’aussi bonne qualité que ce à quoi on a droit en Europe, malgré le chaos ambiant. Pour citer Anupam : ‹ Two things are perfect in this country: the metro, and Grandma. › Ça en dit long.

Et donc Lille m’a beaucoup manqué ce soir-là. Les sorties, les ballades, le ciné… tout ça relié par le métro. Si un jour on m’avait dit que je me serais autant attaché au métro lillois…


Le dimanche, j’ai fait des photos d’identité, puis il ne me restait plus rien à rassembler pour mon dossier. Je suis donc sorti visiter un temple, sur les conseils d’Anupam. L’architecture du lieu était magnifique, comme il me l’avait promise, mais je ne peux m’empêcher de rester sur ma faim. La photographie était interdite, m’empêchant de profiter du zoom pour mieux voir certains détails, et, surtout, il y avait trop de monde. Ça se poussait, ça se bousculait, sans prise en compte de ses voisins, ça parlait fort malgré l’injonction au silence, ruinant la quiétude censée se dégager du lieu.

Ensuite, je suis allé au restaurant. Un bel endroit, dans un style colonial, auréolé d’une odeur de citronnelle, d’encens et de bois ancien. Je me suis laissé tenté par un donburi, et c’était très bon, une intéressante interprétation du classique nippon. Puis j’ai demandé un gulfi, à peu près certain de la catastrophe à venir —je n’ai jamais trouvé de gulfi digne de ce nom en Inde, et mes camarades indiens m’ont expliqué que c’était normal, car il s’agit là d’une tradition perdue. La surprise fut excellente.

En rentrant à l’hôtel, je fus surpris de constater que la rame de métro était presque vide. Quelques jeunes filles riaient et parlaient vite en me jetant des regards à peine discrets, puis, après le départ du métro, une dame m’expliqua, l’air plus ennuyé de me le dire que par ma présence, que c’était une rame réservée aux femmes. Ah ! L’Inde et son puritanisme… Évidemment, la rame suivante, mixte, était bondée.


Je n’ai presque pas dormi la nuit du dimanche au lundi, le stress et la chaleur se donnant le mot pour me rendre la vie impossible. Finalement, je me suis levé tôt et sans énergie pour aller déposer ma demande de visa. Pour rien, puisque l’ambassade, à rebours du monde entier, n’accepte que les chèques. De banque indienne, de surcroît.

Et, de toute façon, la procédure prend trois jours, ‹ and there is no way to make it faster. Sorry Sir. › Au temps pour mon avion, que je comptais prendre dans la nuit de lundi à mardi : je l’annule.

Pour me remonter le moral, Anupam m’emmène au zoo de Delhi. C’était vraiment chouette, mais la canicule a fini par nous chasser de là et on se réfugie dans un mall. Là, il m’expliqua devant un thé glacé comment fonctionne le système des chèques indiens, assez différent de celui que nous connaissons. Il ne peut me faire un chèque puisque les banques ne distribuent pas de chéquiers. À la place, elles donnent les chèques un par un, après négociation et explications. Un cauchemar, qui peut prendre du temps. Il vaut mieux que je retourne essayer de négocier mon visa à l’ambassade. En attendant, il me promet d’aller voir sa banque le lendemain matin.


C’était dur, mardi matin. Après une seconde nuit blanche, je suis retourné en traînant la patte à l’ambassade. J’avais envie de laisser tomber et de dormir, de rentrer à Pune sans visa… tout, sauf retourner négocier le corps penché sur un comptoir, parlant par une fente de dix centimètres de haut, face à ce gardien gentil comme tout et volontaire, mais impuissant face à ma situation.

J’ai quand même bien fait d’y aller. Le gardien est retourné plaider ma cause plusieurs fois à l’intérieur de l’ambassade, et a fini par pouvoir prendre mon dossier, les frais en liquide, et un supplément pour graisser la patte du responsable.

Je suis retourné à l’hôtel, espérant dormir, mais l’angoisse que le bakchich tourne mal et fasse définitivement refuser mon dossier me maintint éveillé. J’ai appelé en avance, plusieurs fois, au numéro que m’a donné le gardien. Il a fini par me dire en début d’après-midi que le traitement du dossier avait été accepté. Il a même obtenu que mon dossier soit traité dans la journée, pour que je ne paie pas trop cher l’hôtel. Je vous avais dit qu’il est gentil comme tout.

En fin d’après-midi, je me suis rendu à l’ambassade une fois de plus, anxieux comme jamais. Quand il m’a vu me pencher sur le guichet, le gardien m’a souri et s’est précipité sur sa pile de dossiers. Il m’a rendu mon passeport, avec le visa à l’intérieur. Je l’aurais embrassé, si j’avais pu.


J’ai donc pris l’avion dans la nuit, et je suis arrivé à Pune au petit matin, parfaitement dans les temps pour assister au lever du soleil sur la Solapur road.

To the Rising Sun


Images : White Tiger et To the Rising Sun, par ma pomme.

Publié le 10.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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