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Journal d’un étranger
par al.jes

Munnar

Yellow Truck & the Paradise

Mercredi matin, je me suis levé fort tôt. En sortant de la guesthouse, j’ai retrouvé mon guide et l’un de ses amis dans une voiture. Ils m’ont fait monter à l’arrière, et nous sommes partis, direction Munnar (prononcez « mounah ») et ses plantations de thé, à six heures de route de Kochi.

En chemin, nous nous sommes arrêtés pour visiter un jardin un peu particulier, où j’ai pu observer la culture de nombreuses épices, ainsi que d’essences utilisées en médecine ayurvédique. Les odeurs étaient sublimes.

Pepper

Cependant, nous ne perdions pas de vue notre objectif, et reprîmes la route. Nous sommes passés devant des panoramas à couper le souffle, devant lesquels nous avons pris le temps de nous arrêter pour prendre quelques clichés. Toutefois, c’est en arrivant près de Munnar que le paysage est devenu véritablement paradisiaque. Imaginez : de hauts arbres épars sur des pentes à quarante-cinq degrés et, à leurs pieds, des buissons. Des théiers. Des théiers à en perdre vue, seulement ponctués par de grands rochers, polis par l’action combinée du temps et de la pluie.

À ce moment, je ne prenais plus la moindre photo. Je ne faisais que regarder. Ce n’est qu’au retour que je penserai à prendre mon appareil en main. En attendant, j’étais au paradis des buveurs de thé.

Tea & Trees

L’arrivée à Munnar même fut moins idyllique. Je vous en avais déjà touché mot, mais le Kerala est un pays communiste. Kochi étant une mégapole cosmopolite, la propagande y reste relativement discrète. À Munnar, en revanche, c’est une autre histoire. Les affiches et drapeaux sont partout, arborant faucille, marteau, portraits de Marx, Lénine et une autorité communiste locale, vantant les mérites du régime. La réalité est différente, elle. Les gens sont visiblement plus pauvres que tout ce que j’ai vu en Inde jusque maintenant, les regards sont souvent fuyants… en bref, la misère est là.

Une fois sur place, j’ai voulu me promener dans les plantations, parmi les théiers. Ce fut impossible. Pas même en proposant des sommes importantes. J’ai compris que mes interlocuteurs successifs avaient envie de me donner l’autorisation, voire de me guider et de m’expliquer leur travail, mais ils n’osaient pas contrevenir à la règle. À chaque fois, on m’orientait vers un musée du thé. Quand j’ai fini par y aller, j’en suis sorti rapidement : c’était sans grand intérêt.

En en sortant, heureusement, j’ai pu visiter un atelier de triage et séchage des feuilles, aux côtés de visiteurs indiens. Là, j’ai reçu confirmation de ce que je pressentais depuis quelques mois : les Indiens ne savent pas ce qu’est le thé. Un exemple : tous les autres visiteurs croyaient le thé vert amer, et étaient étonnés d’en découvrir le goût. Cela n’a cependant rien d’étonnant : les Indiens ne boivent pas du thé, mais du chai, soit du thé noir infusé dans du lait bouilli, trop longuement, avec un bon tiers de sucre. Oui, c’est une boisson écœurante.

Une fois la visite finie, j’achète un sachet de thé vert en feuilles chez un producteur, et en profite pour en boire une tasse, et conseiller mon guide dans ses achats de thé (le pauvre était sur le point d’acheter du thé en poudre). Nous mangeons dans un restaurant infâme, puis reprenons la route, dans le vain espoir de rejoindre Kochi avant la nuit.


Une fois rentré, j’assiste aux festivités de la nouvelle année. Il n’y a pas grand-chose à en dire, sinon que les Indiens confondent Noël et Nouvel An, et se déguisaient parfois en Père Noël. La fin de la semaine s’est déroulée sans histoire, sinon peut-être une petite anecdote.

C’était hier soir, en cherchant un endroit où manger, je suis tombé sur une affichette dans une ruelle, indiquant un restaurant derrière une porte. Je la pousse, et découvre un long couloir. J’avance, et le lieu a vraiment l’air d’une habitation. J’avance quand même, au cas où, et, au moment où j’allais faire demi-tour, arrive dans une petite arrière-cour.

Là, trois petites tables attendent, sous des parasols jaune vif et couvertes de nappes quadrillées de rouge et blanc, suivant le modèle que le cinéma hollywoodien nous a habitués à attendre d’un restaurant italien. Il n’y a personne, sinon le propriétaire et sa famille, qui s’empressent de m’accueillir. On m’installe devant une table, on me sourit et on m’apporte, en guise de menu, une simple feuille A4 sur laquelle figurent quelques plats très occidentaux. Je commande un burger au poulet et, en boisson, un milk shake beurre de cacahuète-biscuit Oréo™.

C’était très bon, mais ce n’est pas tant la nourriture qui m’a marqué que l’ambiance qui se dégageait. La famille était joyeuse, mettait de l’énergie à la tâche et avait franchement l’air content de me voir. J’avais presque l’impression de les voir jouer à la dînette. Finalement, en discutant avec eux, j’ai appris que le restaurant avait ouvert la veille au soir et que j’étais leur premier client. Quand je suis finalement sorti, j’ai croisé un groupe de jeunes gens qui y entraient. J’étais content pour nos restaurateurs en herbe.


Images : Yellow Truck & the Paradise, Pepper et Tea & Treas, par ma pomme.

Publié le 02.01.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

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