Aller au menu. Aller au contenu.

Journal d’un étranger
par al.jes

Kochi

Filets chinois

En arrivant à Kochi (anciennement Cochin), dimanche matin, c’est peu de dire que j’étais fatigué. Je n’avais presque pas fermé l’œil de la nuit, la semaine dernière avait été mouvementée, et j’espérais donc trouver un endroit confortable où m’installer pour la semaine.

J’ai eu beaucoup de mal à trouver une guesthouse convenable à bon prix, et c’est finalement à Fort Kochi, le quartier historique, que j’ai trouvé quelque chose : une chambre non terminée, mais plutôt confortable pour mille roupies la nuit. C’est cher pour ce que c’est, surtout pour l’Inde, mais nous sommes au Kerala, et l’économie y est contrôlée et fortement taxée, tirant inévitablement les prix vers le haut, au détriment de tous.

Comme la chambre était en travaux, mon hôte me demande quelques heures pour la préparer. En attendant, il demande au fils d’un ami, étudiant en tourisme, de me faire visiter la ville. Ce dernier m’emmène en moto et me montre quelques points d’intérêt. Malheureusement, mon état de fatigue n’aidant pas, j’ai du mal à suivre. Entre autres, je me souviens d’un lavoir à l’ancienne encore en activité, ainsi que de l’impression surréaliste que le temps suspendu de Pondichéry m’avait rattrapé.

En revenant, mon guide m’a proposé de continuer la visite le lendemain. J’ai accepté, puis suis rentré pour une sieste de quelques heures.


Hier matin, mon guide m’a emmené pour une nouvelle visite en moto. Là, j’ai réalisé ce que mon état de fatigue d’avant-hier ne m’avait pas permis de voir : Kochi est un archipel. Je comprends d’un coup d’où proviennent l’humidité étouffante et le nombre de moustiques proprement hallucinant de la ville. En moto, en revanche, l’air circulant autour de nous rend l’atmosphère agréable, et les paysages ne font rien pour amoindrir ce sentiment.

Après la promenade, nous visitons un musée, et mon guide m’aiguille parmi le fouillis désormais habituel. Parfois, je lui demande de me traduire une étiquette explicative, et découvre avec stupeur que certains objets sont… à vendre. Apparemment, c’est pour lui une démarche ordinaire, quand plusieurs objets sont similaires. Je suis pris de vertige à l’idée.

Nous finissons la visite, puis partons pour un lunch tardif dans un restaurant à la devanture douteuse. J’ai bien fait de suivre mon guide malgré l’envie d’aller voir ailleurs : la nourriture était excellente et la vue sur le port était magnifique. Nous avons donc mangé du poisson grillé, du riz au lait de coco et gingembre, des légumes très pimentés, le tout avec du jus de pastèque, très rafraîchissant dans cette chaleur.

L’après-midi, je me suis reposé à la guesthouse avant de m’offrir une petite promenade dans les rues de Fort Kochi. Au soir, j’ai retrouvé mon guide, qui m’a emmené assister à une représentation de kathakali, le théâtre traditionnel du Kerala.

La pièce racontait le combat entre un prince et un démon et, bien que l’histoire ait été jouée en malayalam (la langue locale), je n’ai eu aucun mal à en comprendre le moindre détail. Non pas que j’aie appris le malayalam en un rien de temps, mais le kathakali est extrêmement codifié et implique une répétition de chaque phrase selon les différents codes de chant, de danse, de mime avec tout le corps et avec le visage seul. À titre d’exemple, la mise à mort du démon prit littéralement vingt-cinq minutes, à force de répétitions. La conséquence est que tout est très long et qu’une pièce d’une page aura pris une heure et demie. C’était si long que j’ai fini par éprouver de l’empathie pour le démon (ce qui n’était pas du tout voulu, bien entendu) face à la véritable torture qu’il subissait.

En sortant, nous sommes allés manger dans l’un de ces restaurants improbables dont mon guide a vraisemblablement le secret, et j’ai dîné avec une soupe pimentée, une galette de blé, quelques bajhi (beignets) d’aubergine et un jus de papaye.


Ce matin, je me suis levé trop tard. Résultat, nous sommes arrivés avec une bonne heure de retard à la visite du port en bateau. J’étais déçu de ne pas avoir su me lever à l’heure, mais tant pis.

C’était sans compter sur mon guide et sa pugnacité : il m’a négocié une autre visite, pour moi tout seul. Nous avons donc parcouru le port un peu plus d’une heure, dans un bateau de fait privatisé. Ça fait quelque chose, que d’être traité en VIP.

Pour le restaurant du midi, mon guide s’est surpassé : nous avons déjeuné au Cream Land, un dinner à l’américaine servant de la cuisine chinoise avec des serveurs habillés comme des garçons de café parisiens. Tout un programme. J’ai mangé du porc dans une sauce aigre-douce au gingembre, avec du riz et un thé (pas glacé, pour changer). Pour une fois, l’interprétation indienne de la cuisine chinoise était plutôt fidèle, ce qui en soi est assez miraculeux, au pays du masala.

Pour l’après-midi, nous avons fait une rapide promenade dans les rues d’Ernakulam, une ville ayant pris son essor quand Kochi s’est avérée ne plus être capable de recevoir de nouveaux habitants en grande quantité. Les quartiers sont assez modernes, et en même temps délabrés. Ce n’est pas le plus beau visage de l’Inde, et c’était assez décevant. Même le bazar n’arrivait pas à développer son charme, comme si toute cette ville avait grandi trop vite, comme une boursouflure humaine. Nous sommes rentrés tôt : demain, la journée que nous prévoyons promet d’être longue.

Au soir, je me promène tranquillement dans les rues des vieux quartiers et me trouve un restaurant indo-syriaque. La nourriture était excellente ; j’ai dîné avec une soupe de citrouille et gingembre, puis d’un curry d’aubergine et citrouille sur du riz cuit avec du citron confit, le tout arrosé de tonic au gingembre. C’est donc avec le ventre bien plein que je suis rentré pour dormir.

Demain, je me lève tôt. Nous avons six heures de route, pour aller dans les montagnes, visiter des plantations de thé.


Image : Filets chinois, par ma pomme.

Publié le 30.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

©2014 – al.jes, certains droits réservés
Réagissez ! Écrivez-moi : me @ aljes.me