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Journal d’un étranger
par al.jes

Goa

Rizière et Palmier

Cette semaine, c’était Diwali. Diwali, c’est la fête des lumières, une semaine pendant laquelle les hindous allument des bougies, lâchent des lanternes de papier pour illuminer les cieux et lancent feu d’artifice sur feu d’artifice. Au Maharashtra, comme dans beaucoup d’autres états indiens, la semaine est fériée.

Profitant de cette semaine de congé, je pris l’avion dimanche midi, direction Goa, un petit état en bord de mer vivant essentiellement du tourisme. Une fois arrivé, je demandai à un taxi de m’amener à Palolem, une plage du sud de l’état où des camarades partis un peu plus tôt m’avaient donné rendez-vous. Le chauffeur et moi nous accordâmes sur un prix, puis je montai à l’avant où un crucifix m’accueillit à la place de la désormais habituelle idole hindoue.

Cela peut sembler étonnant, mais Goa est un ancien comptoir portugais et, là où les Anglais n’ont pas réellement cherché à convertir les Indiens —sans doute devant l’ampleur de la tâche—, les Portugais n’ont pas chômé. Les chapelles, églises et cathédrales fleurissent un peu partout dans la montagne, au détour d’une route, au bout d’un champ ou d’une rizière, près d’un hameau… Le pays ressemble aussi au Portugal par d’autres aspects, et certains paysages m’ont rappelé à leur façon un séjour que ma famille et moi avions passé dans le nord du Portugal. Dans certains bourgs (à l’échelle indienne, il n’y a pas de véritable ville à Goa), on trouve également des azulejos sur les murs. Mais ce qui m’a ramené en Europe plus sûrement encore que le reste, ce fut l’état de la route —excellent, pour l’Inde.

A Perfect Evening

Une fois arrivé, je découvris que Palolem n’est rien d’autre qu’une sorte de bidonville amélioré entre une route et une plage. Je louai une chambre minuscule avec tout de même un combiné douche-toilettes-lavabo pour six cents roupies par nuit —soit une trentaine d’euros pour la semaine— et retrouvai mes camarades sortant des chambres voisines, seulement à moitié surpris que nous ayons choisi la même guesthouse (c’était vraisemblablement le meilleur logement du village).

Une fois installé, nous fîmes une promenade dans le village, puis sur la plage, avant de nous arrêter dans un restaurant où un serveur nous présenta la pêche du jour. Le poisson était succulent, tout comme les cocktails de fruits. Nous y restâmes une bonne partie de l’après-midi, devant la plage, les pêcheurs, d’autres touristes… et l’océan. Lorsque la nuit tomba, en fin d’après-midi, nous nous sommes baignés. Sans perdre pied, toutefois, puisque nous savions le large infesté de requins.


Le lendemain, nous sommes partis pour le nord de Goa pour retrouver d’autres camarades à Calangute, un petit bourg où les bars font concurrence aux boutiques de tatouage. Le nord de Goa, en plus d’être plus peuplé, est l’endroit où l’industrie touristique s’est le plus développée, avec de nombreux bars, de nombreux night-clubs où l’on produit une musique techno bas de gamme et un encore plus grand nombre de boutiques de mauvais goût.

La langue principale au nord de Goa est surprenante si l’on ne s’y attend pas. Ainsi, les menus des restaurants, les devantures des bars, et même certains noms de rue sont écrits en… russe. C’est fou, ce que les Indiens sont capables de faire pour les touristes —au moins neuf touristes sur dix à Goa viennent de Russie…

Je passai donc la journée en bonne compagnie, profitait que le pays n’est pas hindou pour manger du bœuf —et pour me rendre compte par la même occasion à quel point cette viande me manquait—, mais je ne suis pas resté pour la nuit. Au soir, j’ai souhaité une bonne fin de semaine à mes compagnons, avant de prendre un taxi de nuit pour Palolem, où j’avais décidé de finir la semaine en solitaire. Je pensais dormir dans le taxi, mais mes chauffeurs —il y a trois heures de route entre Calangute et Palolem et mon chauffeur a fait monter un autre chauffeur pour qu’ils me conduisent à tour de rôle— prirent sur eux de me faire la conversation. Ma politesse me perdra.

Fishermen & Sun

Les jours suivants furent très reposants, presque sans événement, sinon un voyage en bateau mercredi en fin d’après-midi. La chose s’arrangea très simplement. Je suis allé voir un pêcheur, et lui ai demandé s’il accepterait de me prendre pour une ballade en mer. Deux cent roupies plus tard, j’aidai le pêcheur et l’un de ses collègues à mettre leur bateau à l’eau, puis ils m’emmenèrent visiter les côtes environnantes. À un moment, quelques dauphins sautèrent hors de l’eau non loin de nous, puis s’en allèrent aussi soudainement qu’ils étaient apparus.

J’ai repris l’avion jeudi midi, et, même si j’ai adoré ces vacances, je ne suis pas mécontent d’être de nouveau chez moi, à Pune. Le retour à la cantine, en revanche, est une autre histoire…


Depuis mon retour, un spectacle inattendu s’est proposé à moi, chaque début de soirée. De nombreux feux d’artifice sont lancés simultanément depuis la campagne environnant le campus. J’en avais aperçu quelques-uns à Goa, mais ici, en pays hindou, il y en a vraiment beaucoup plus. Jeudi soir, j’en ai vu jusque douze simultanés, lancés de différents endroits, et ce sans quitter ma chambre !

Fin août, on m’avait expliqué qu’environ sept milliards de feux d’artifice sont tirés en Inde pendant la semaine de Diwali. Vous avez bien lu : autant que d’êtres humains sur Terre. Il va de soi que je n’y ai pas cru quand on m’a raconté cela. Je suis nettement moins dubitatif, maintenant.


Images : Rizière et Palmier, A Perfect Evening et Fishermen & Sun, par ma pomme.

Publié le 25.10.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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