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Journal d’un étranger
par al.jes

Vingt-huit jours plus tard

The Campus

Au début, j’espérais écrire un billet une semaine après le précédent pour raconter mon arrivée sur le campus. Mais vous savez comment ça se passe, quand on vit énormément de choses en peu de temps : il y a tant à dire que l’on ne sait par où commencer, et qu’on finit par laisser tomber. Après, le temps passe et les choses à raconter s’accumulent, empirant la situation. J’ai donc décidé de me reprendre en main et de vous écrire quelque chose, même si je ne pourrai vraisemblablement pas tout dire.

Tout d’abord, je tiens à rassurer ceux qui ont saisi le clin d’œil du titre de ce billet : ce n’est précisément que cela, un clin d’œil, et je ne vis pas l’apocalypse. Bien au contraire, le campus est un petit paradis, protégé des inconvénients de l’extérieur. Un peu trop protégé, d’ailleurs. On sent que nos camarades indiens, tous issus de castes supérieures (rien d’étonnant au vu du prix de l’école), ont toujours été bordés et ne savent pas faire grand-chose par eux-mêmes. C’est ennuyeux, on ne peut même pas les envoyer se cuire un œuf quand ils nous agacent.

Ils sont aussi très peu conscients de la quantité et de la qualité du travail fourni par le personnel encadrant. Tenez, une anecdote toute récente : les troisième année de graphisme de jeux ont eu un cours de peinture ce lundi, dans un grand atelier près de ma salle de classe qu’on appelle la factory. Ils ont laissé les lieux dans un état déplorable, avec des traces de mains sur le sol, etc. Qu’ils s’amusent en peignant et que la saleté soit inhérente à cette activité, c’est normal, mais la moindre des choses eût été de nettoyer. D’autant plus que les femmes de ménage avaient passé leur dimanche à nettoyer le bâtiment de fond en comble 1. Heureusement pour ces dernières, le professeur que ces étudiants ont eu hier est un ancien militaire qui a décidé de leur inculquer la propreté par la force : il leur a demandé de nettoyer les lieux et les a notés sur leur bonne volonté. Je n’aurais clairement pas apprécié être à la place de ces étudiants, mais je comprends la méthode et espère qu’elle aura des résultats.

Bien sûr, tout cela reste des généralités. Il y a des Indiens autonomes et respectueux des castes inférieures, mais il faut avouer que ce sont là des exceptions. Ces problèmes mis à part, tous sont très gentils, parfois excessivement, et m’ont démontré un très grand sens de l’accueil. Un exemple : lors de ma première sortie en ville, deux camarades français et moi avons pris un rickshaw partagé 2, et un pneu a éclaté. Nous avons payé le chauffeur pour la course, puis avons cherché un moyen de nous rendre à notre destination. Nous voyant perdus, un autre passager nous a guidés jusqu’au bon bus, est monté avec nous pour nous indiquer notre arrêt, et a insisté pour payer nos places ! Jamais je n’aurais vu chose pareille en France.

Pour le reste, le campus est très équipé, de la cafétéria à volonté pour les étudiants à l’épicerie-café en passant par la laverie et les équipements sportifs 3. J’y suis bien installé et y ai pris mes marques assez rapidement, bien qu’il semble que les bâtiments aient été conçus par un level designer plutôt qu’un architecte 4. Jugez par vous-même : dans la résidence, tout est symétrique et aligné sur le même modèle, à l’exception d’une cage d’escalier devant laquelle il y a une marche (ne faisant pas partie de l’escalier, bien entendu). Résultat, on a tous mis dix à quinze jours pour ne pas l’oublier et ne pas manquer de tomber en passant par là…

Voilà pour aujourd’hui. Je tâcherai dans la semaine de rédiger quelques billets supplémentaires.


Image : The Campus, par ma pomme.


  1. À l’exception des fishtanks, que nous utilisions pour un événement que je vous raconterai plus tard… 

  2. Je reparlerai des transports locaux dans un billet à part. 

  3. Mention spéciale pour le terrain de soccer dont l’herbe est tondue à la faucille par une dizaine de femmes alors qu’il y a un tracteur en état de marche non loin… Si l’on y réfléchit, ça en dit long sur le coût du travail des castes inférieures. 

  4. Le level designer est la personne chargée de la conception des niveaux d’un jeu. Son rôle est particulièrement important lorsqu’il s’agit d’équilibrer la difficulté du jeu et la courbe de progression du joueur. Dit autrement, son métier consiste pour une part non négligeable à placer des pièges sur le chemin du joueur. 

Publié le 17.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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