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Journal d’un étranger
par al.jes

Delhi

Gate 32

Dans les histoires, les Occidentaux allant en Inde sont souvent marqués par l’odeur du pays, jugée indescriptible. Ensuite viennent les couleurs, foisonnantes, puis la vie, grouillante, du sous-continent.

Longtemps, j’ai pensé qu’il s’agissait là d’une imagerie convenue, d’une convention définissant un genre, tout comme les films donnent l’image de l’Italien proche de la familia, parlant avec les mains, mangeant des pâtes dans un restaurant avec des nappes blanches quadrillées de rouge… On connaît tous ces pâles copies du Don Corleone, qui ne sont là que pour nous dire « ce personnage est italien. »

À vrai dire, j’ai souvent, dans les dernières semaines, imaginé écrire ce billet. Avant de partir, je pensais vous parler de l’odeur du kérosène et du design international des aéroports indiens. C’est raté.

La première chose qui m’a marqué en arrivant à Delhi, dès l’ouverture des portes de l’avion, fut une odeur prononcée. Une odeur de terre. Mais pas celle du terreau que vous trouvez dans votre jardin, non. Une terre plus riche, plus musquée. Je ne sais pas comment définir ça, je manque de vocabulaire pour les odeurs. En fait, c’est une odeur que j’aurais plus volontiers imaginée dans la brousse africaine.

La deuxième chose que j’ai notée fut le calme. Tous les sols sont couverts d’une épaisse moquette aux motifs beige et rouille, si bien que tout paraît tamisé. De même, des affiches annoncent la couleur. L’objectif étant un aéroport silencieux, il n’y a pas d’annonces pour les vols. On s’habitue rapidement à se reporter sur l’affichage et l’atmosphère du lieu est changée.

Enfin, mais je m’y attendais tellement que je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, il fait chaud. Très chaud.

Finalement, l’imaginaire que la fiction nous propose pour l’Inde n’est pas si erroné qu’il en a l’air. Vraiment ? Ce que la fiction ne nous dit pas, car l’Inde reste ancrée dans nos esprits à l’idée d’une destination pour vieux hippies nostalgiques des sixties, c’est combien l’aéroport est militarisé. La gent soldate est partout. La différence avec ceux dont j’ai l’habitude de me plaindre à Lille ? Les rares fois où l’on devine une arme sur eux, elle est rangée. Le comportement n’est pas le même non plus. Ils sont polis, respectueux. Quand ils se renseignent sur nous, on croirait presque que notre vie les intéresse vraiment. Il n’empêche qu’au bout d’un moment, les contrôles, ça lasse. Surtout quand c’est le dixième.

Heureusement, les douaniers font attention de ne pas trop me dépayser : ils aboient leurs ordres comme en France. Même quand ils veulent être gentils, on croirait que tout leur organisme s’en défend. Prenez l’exemple de Jean-Marie. Si j’ai décidé de l’appeler ainsi, c’est parce qu’il ressemble au père Le Pen des grands jours, mais croisé avec un bouledogue. Quand on le voit, on a peur. On se dit qu’on a affaire à un concentré de hargne, une haine du monde à l’état pur. Pourtant, Jean-Marie a un cœur en or derrière ses manières de brute. C’est lui qui m’a donné le plus d’informations à propos des lieux où récupérer ma valise et où l’enregistrer pour le prochain vol —vers Pune, celui-ci— là où ses collègues répondaient de façon évasive, quand ils ne me répondaient pas qu’ils étaient douaniers et que ça n’était pas leurs affaires. Merci, Jean-Marie !

Cela tombe bien : je finis de rédiger ce billet et l’embarquement va commencer.


Image : Gate 32, par ma pomme.

Publié le 22.08.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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