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Journal d’un étranger
par al.jes

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Cinq Étoiles

Nous sommes en décembre 2014. Le 24. Après une étape à Chennai, puis dans un village côtier du Tamil Nadu, je continue vers le sud. Sur les conseils d’un ami, je m’arrête dans un petit village, perdu dans la forêt, entre Auroville et Pondichéry. Je profite de l’endroit, très agréable, puis vient l’heure du dîner. Je cherche un restaurant, mais il n’y a pas grand choix… une pizzéria pour seule option. Il y a mieux pour un réveillon, mais je décide de me rattraper plus tard.

Le lieu est petit et sale, mais ça ne veut rien dire. Nous sommes en Inde, après tout. Je regarde le menu, choisis une pizza, passe commande, et m’installe. Dix minutes plus tard, le repas arrive. Les parts ne sont pas prédécoupées, et on ne me donne pas de couverts. J’en demande. On m’en apporte. Ils sont sales. Je finis par découper ma pizza avec les doigts.

Vous vous en doutez, la pizza n’était pas bonne. J’en ai mangé la moitié, me demandant quelle maladie je contracterais par la suite… J’ai payé, puis je suis parti. Jusqu’à il y a peu, c’était ma pire expérience dans un restaurant. Mais mardi dernier, j’étais à Paris pour une demande de visa…


Mon ami Gaël et moi arrivons aux Champs Élysées. Nous ne savons pas encore où nous irions déjeuner, mais on avait envie de bien faire les choses, à l’approche de Noël.

En sortant du métro, allez savoir pourquoi, j’avais envie de cuisine libanaise. Je cherche donc ce qui pourrait convenir sur Yelp, et trouve une adresse non loin. Nous nous y rendons. Pas de chance, c’est un fast food.

Cependant, nous sommes passés en chemin devant une enseigne proposant des frites maison. Gaël avait remarqué ça, et nous décidons d’essayer l’endroit. Belle erreur…


Nous entrons dans un hall vide, quelques tentures et plantes vertes donnent l’impression d’un décor de théâtre de mauvais goût. Sur le côté, une arche mène à la salle principale, où d’autres clients mangent. L’ambiance est glauque.

Les gens parlent bas dans un environnement silencieux. Entre deux tablées, un téléviseur montre une playlist YouTube à l’arrêt. Apparemment, les tenanciers avaient prévu de nous faire écouter du blues, mais ont oublié de lancer la lecture. La moitié basse de la salle est dans un style feutré un peu dix-neuvième. La moitié haute, c’est autre chose… Des tuyaux pendent du plafond dans une tentative ratée de décor post-moderne. Aux murs, d’étranges photographies donnent l’impression d’un salon de coiffure. Et encore, un mauvais, car les coiffures montrées sont sans intérêt. Entre la salle et un escalier qui descend, un grillage mal entretenu. Au-dessus de l’escalier, une plante se meurt, tenant compagnie à deux vases vides que j’ai d’abord pris pour des urnes funéraires. Une ambiance malsaine, donc, mais les quelques clients qui se trouvent là n’ont pas l’air d’y prêter attention.

Nous attendons, longtemps, sous cette arche, sans trop savoir si c’est vraiment un restaurant ou un décor absurde. Je suis à deux doigts de proposer à Gaël de quitter les lieux quand un serveur arrive enfin et nous installe. Les sièges sont inconfortables et la nappe est rêche. Nous attendons de nouveau, dix bonnes minutes, puis le serveur nous apporte une feuille de papier en guise de menu. Il y a trois choix d’entrées, de plats, et de desserts, ainsi qu’une faute d’orthographe et une d’orthotypographie. Nous avons fait notre choix en dix secondes, mais notre homme avait déjà disparu. Il ne réapparut que vingt minutes plus tard.

Pendant l’attente, nous voyons des gens monter et descendre les escaliers dont je parlais plus tôt, et nous nous amusons à imaginer ce qui peut se tramer au sous-sol. Vu l’emplacement (coûteux) et la clientèle (réduite), nous doutions de la capacité de l’établissement à tenir longtemps sur cette seule affaire… Quelques hypothèses : cet endroit serait le caprice d’un très riche enfant de cinq ans ; le propriétaire aurait perdu un pari (ou serait en train d’en gagner un) ; le restaurant serait une façade pour une autre affaire se passant au sous-sol (maison de passe, trafic de drogues dures, voire d’organes ou pire, une cave isolée et insonorisée abritant une salle de torture)…

La gêne monte d’un cran, mais le serveur vient enfin prendre commande. Nous prenons tous deux un tartare de saumon en entrée. En plat, Gaël prend une bavette avec les fameuses frites maison ; je prends un pavé de saumon. Nous buvons de l’eau. Quelques minutes plus tard, le serveur revient pour s’assurer que les entrées étaient bien ‹ un tartare de saumon et un avocat aux crevettes ›. Non, deux tartares. Quand le serveur s’éloigne, nous nous regardons, inquiets.

L’attente se poursuit, toujours dans cette atmosphère dérangeante, puis les tartares arrivent. Pas très bons et, surtout, servis avec du ketchup. Nous étions choqués par la chose. ‹ Du saumon avec du ketchup ›, répète Gaël, trois fois, sans que nous ne puissions assimiler l’idée pour autant.

Les plats suivent. ‹ Un pavé de saumon ›, indiqué-je à Gaël, qui rit en voyant le ridicule bout de poisson qui se trouve dans mon assiette. Il fut fini en trois bouchées. La bavette de Gaël n’est pas cuite, et si innervée qu’il peine à la découper. Quant aux frites, elles ne sont pas faites maison (surprise !)…

Quand le serveur nous demanda si nous voulions un dessert, j’ai dit que nous arrêterions là les frais. J’étais dépité. Pour la toute première fois, j’étais même tenté de partir sans payer, tant l’expérience était déplorable. Jusqu’au dernier détail, lorsque le serveur dut descendre l’escalier avec nos cartes de crédit parce que le lecteur était trop loin de sa base… #facepalm


Exceptionnellement, je vais dénoncer. Donc si certains d’entre vous auraient envie de ne pas essayer cet établissement, je déconseille formellement L’Appart, non loin de la station de métro Franklin D. Roosevelt.

Publié le 24.12.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

On ne rentre jamais…

Bientôt deux mois, qui semblent une éternité.

Je suis rentré en France début octobre, heureux comme tout de revoir ma famille. Diplômé —ou presque—, finissant un stage extraordinaire, de nombreux projets pour l’avenir.

Déjà, je savais que ça ne serait pas rose pour toujours. Déjà, je préparais les prochains départs : retour en Inde en janvier (avec l’excuse de la remise du diplôme), participation à la Train Jam en février (c’est confirmé : j’ai les billets), et déménagement au printemps hors de France.

Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi rapide. Mes parents, qui cherchent plus ou moins consciemment à me faire abandonner mes projets pour me garder près d’eux. Le village, qui ravive d’innombrables souvenirs —pas forcément heureux— de mon enfance. L’ambiance générale, qui retarde de plusieurs siècles. Je me sens comme prisonnier du passé. D’un passé dont je ne veux plus.

Dès lors s’impose une idée. Une envie. Un impératif. Fuir. Le plus loin possible. J’étais heureux, en Inde, en Afrique… Découvrir d’autres mentalités, d’autres modes de vie, d’autres cadres… L’accueil bienveillant, plutôt que ce rejet français de l’altérité. Le souci d’aider, d’aimer. L’humanité. La chaleur, que j’ai perdue en retrouvant le climat nordiste.

Vivre ici m’enfonce dans une noirceur, une négativité. Besoin d’ailleurs. Besoin d’optimisme.

Fuir, et recommencer.

En partant, je suis mort. Je suis né. J’ai vécu. Rentrer m’est devenu impossible. Pas pour une telle durée. Je ne rêve plus que de repartir.

On ne peut revenir en arrière.

On ne rentre jamais.

Publié le 28.11.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Rentrer au pays…

10 h 30, hier soir. Le chauffeur vient me chercher. Il m’aide à descendre les valises, et nous partons. En route, nous discutons de choses et d’autres, puis le terminal est là. Je passe une première sécurité et me dirige vers le guichet.

J’ai trop de bagages, me dit l’employé de la compagnie aérienne. J’avais pourtant choisi la compagnie parce qu’ils autorisent quarante-cinq kilos ! Oui, reprend-il, mais j’en ai soixante avec moi. Oups !

J’explique à ce monsieur que je déménage, et cela suffit : je peux emporter mes soixante kilos de bagages. Il me tend ma carte d’embarquement, je le remercie chaudement, et c’est le tour de passer la douane et… une seconde sécurité.

À la porte d’embarquement, je m’assieds et songe à ces derniers jours. Les dernières tâches. La soirée d’au revoir autour d’un jeu de rôle et d’une fondue du Sichuan. Le dernier week-end. Le repas avec une amie kényane quelques heures plus tôt, et la conversation animée que nous avons eue…

Puis je me tourne vers l’avenir. Je songe à mon retour en France, à ceux que je vais revoir, aux futurs projets… La porte d’embarquement s’ouvre sur une troisième et dernière sécurité, puis je monte à bord. Dans ce cocon d’acier et de génie humain, qui m’emporte au-delà du ciel.

L’annonce de sécurité avant l’envol est… spéciale. Qatar Airways ne fait pas dans la sobriété, pour dire les choses simplement : musique enjouée, footballeurs et autres stars, montage festif… C’est pour le moins inhabituel…

Quelques heures plus tard, je fais une escale à Doha, Qatar, puis nouvel embarquement. En complément du message de sécurité, une annonce du pilote : les téléphones doivent être en mode avion, sauf les Samsung, qui doivent être éteints. Je ne sais trop dire s’il s’amuse de la polémique récente ou prend une véritable mesure de sécurité.

En décollant, on voit les marinas et les îles artificielles par le hublot, puis la mer de nuages. Je me repose devant quelques films, et nous arrivons à Bruxelles. Ici, premier choc : à Nairobi et pendant le premier vol, les gens parlaient anglais, arabe ou swahili ; à Doha et pendant le second vol, les gens parlaient anglais ou arabe… mais à l’atterrissage, les gens ont commencé à décrocher leur téléphone pour prévenir leurs proches… en français ! Je n’y étais plus habitué…

Bref, me voilà rentré au pays. Ça fait tout drôle.

Publié le 03.10.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Kericho

Rainbow Umbrella

Avant-hier, début d’après-midi. Le car arrive à Kericho, bourgade de l’ouest du Kenya, connue dans la région pour ses plantations de thé. Cela fait six heures et demie que je suis sur la route, et mon estomac crie au scandale : que lui imposai-je d’attendre ainsi ? J’embauche donc un chauffeur pour le week-end, et lui demande avant toute chose de me trouver un restaurant.

Lorsque j’ai parlé de ce projet de week-end à mes collègues, ils étaient unanimes : Kericho produit le meilleur thé au monde. Venant de gens qui n’avaient jamais goûté de thé non kényan avant que je ne leur fasse essayer un sencha du Kerala, ça m’a bien amusé… Le repas fini, fort décevant au demeurant, je commence donc la visite des plantations.

Première surprise : contrairement aux jardins des thés indiens, cumulant champs de théiers et usines de traitement et transformation, il y a ici une claire division du travail. D’une part, on trouve les plantations, qui ne sont rien d’autre que des fermes. De l’autre, il y a les usines de transformation. Les premières vendent leur production aux secondes, qui vendent aux distributeurs.

Seconde surprise : les producteurs de thés ne semblent pas passionnés. C’est pour eux un métier comme un autre, et, si demain on leur demandait de passer à autre chose, ils le feraient. Quel contraste avec la culture du thé en Inde, où les gens sont ravis de parler de cette passion qu’est leur métier !

Ce fut donc difficile pour les visites. Je n’ai pu rentrer que dans une seule usine, pour un court laps de temps, et n’en voir qu’une petite partie. Pour les plantations, une cueilleuse m’a conseillé un champ peu surveillé où je pourrais me promener tranquillement.

Par ailleurs, mes collègues ont tort. Kericho produit essentiellement du thé CTC, de moindre qualité qu’un thé orthodoxe. Et puisque je commence à utiliser des gros mots, autant m’expliquer.

Teascape #1

Le théier est un arbre, cultivé comme un bonzaï. Il y a trois ou quatre récoltes par an (le nombre varie selon le climat), et ce sont ces dernières qui empêchent le théier de trop pousser. Le but sera alors de ne cueillir que les feuilles les plus jeunes (plus tendres) et les bourgeons apicaux. Les feuilles plus anciennes sont impropres à la confection d’un thé de qualité. En prime, les fleurs seront arrachées avant de se développer, car elles peuvent altérer le goût des feuilles. Cette méthode de récolte est appelée orthodoxe, et permet un résultat supérieur.

Depuis le siècle dernier, cependant, la mécanisation a touché la récolte de thé, ouvrant la voie à de plus grands rendements. La méthode est simple : une machine coupe à une certaine hauteur, et récupère tout ce qui dépasse : bourgeons et feuilles tendres, mais aussi les branches et les feuilles plus anciennes. Les fleurs, en revanche, restent sur l’arbre. Une centrifugeuse éliminera ensuite les branches les plus lourdes, puis une autre machine déchiquette le tout et le réduit en poudre. C’est la méthode CTC —Cut, Tear, Crush.

Bref, Kericho s’est spécialisé dans le thé CTC, et les rares champs orthodoxes ne sont destinés qu’à l’export. Les buveurs de thé locaux n’ont donc droit qu’à un breuvage inférieur, et ne savent pas à quel point le thé peut être savoureux. Quelle tristesse !


Le soir, j’ai trouvé une chambre d’hôtel vraiment sympa et bon marché… J’étais très content d’une si belle affaire, jusqu’à ce que la boîte de nuit voisine ouvre. Je n’ai presque pas dormi de la nuit.

Qu’à cela ne tienne, mon chauffeur vient me chercher à l’heure, et nous partons pour la campagne environnante, où nous avons marché jusqu’à une chouette cascade. Là, alors que je profitais du paysage époustouflant, deux enfants qui jouaient dans le coin nous ont dit qu’ils connaissaient un chemin jusqu’en bas de la falaise. Je pensais qu’on aurait fait un long détour, mais non : ils me guident dans un sentier de plus en plus pentu, et nous finissons par nous faufiler entre les ronces et les rochers, attentifs à l’endroit où nous posions nos pieds. Enfin, nous arrivons en bas de la falaise, mais derrière un gros rocher qui nous barre la vue. Pour accéder au bas de la cascade, il nous faut traverser des rapides à gué, sur des roches glissantes. Avec le téléphone dans la poche et l’appareil photo à la main… Autant le dire, je n’étais pas serein lors de la descente.

Above the Waterfall

Nous remontons finalement, nous reposant en chemin pour souffler, et mon chauffeur et moi retournons à la voiture. Ensuite, nous profitons du dimanche après-midi pour aller nous promener le long de champs de théiers sans être importunés par les gardes. De toute façon, je ne vois vraiment pas comment je pourrais davantage abîmer les arbres que leur méthode de récolte…

Sunset Tree

Le soir, nous allons manger dans un restaurant sympathique, où je me régale d’un superbe coucher de soleil, puis d’un feu de bois avant de passer à table.

Je rentre par un bus de nuit, et arrive chez moi à 4 h. Ce matin fut difficile, mais mes tâches ne s’effectueront pas sans moi…


Images : Rainbow Umbrella, Teascape #1, Above the Waterfall et Sunset Tree, par ma pomme.

Publié le 19.09.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Ce Dimanche matin

Rhino #3

4 h du matin, le réveil sonne. C’est violent, mais je me force à me lever. Une douche et un Uber plus tard, il est 5 h 30 et j’arrive au parc national de Nairobi pour une seconde visite.

Cependant, il n’y a pas encore de guide. Le premier n’arrive qu’à 6 h, et ce n’est qu’alors que la visite commence, juste après le coucher du soleil. C’est le dernier moment pour voir les prédateurs (lions, léopards, hyènes), donc nous nous dépêchons de nous rendre vers leurs lieux de prédilection. Au final, je n’ai vu ni léopard, ni hyènes, mais une lionne.

Outre la lionne, j’ai vu quelques rhinocéros, crocodiles et hippopotames, deux chacals, des girafes, des zèbres, une autruche, un couple de babouins avec leur bébé, et d’innombrables oiseaux, impalas, élands, buffles…

Hunting #3

Impala #2

Je ne suis parti qu’à 10 h, et me suis rendu dans un centre soignant des girafes, dans un quartier voisin. En arrivant, un employé m’a donné des croquettes dont les girafes raffolent, et m’a conseillé de faire attention aux coups de tête. Ça n’en a pas l’air de loin, mais leur tête est large comme un torse humain… J’ai donc donné une croquette à la fois d’une main, profitant pour photographier de l’autre.

Greedy #2

Outre les girafes, le centre abritait quelques phacochères et un singe sitka —qui est venu quémander des caresses, ce qui était mignon comme tout. J’y ai passé une petite heure, puis j’ai repris la route pour aller dans un troisième lieu : un orphelinat pour éléphants.

Autant le dire, ce dernier lieu était un piège à touriste. Il n’y a qu’une heure de visite par jour, ce qui est très bien pour les éléphanteaux, mais ça veut dire qu’il y a foule et qu’il faut se glisser entre les coudes et les épaules des gens pour voir les animaux ou prendre des photos. Pire : les employés prennent l’heure entière pour nous seriner leur propagande. On a compris, le braconnage, c’est le Mal™ ; il n’empêche qu’un panneau d’information ou des dépliants auraient largement suffi.

Baby Elephants #2


Images : Rhino #3, Hunting #3, Impala #2, Greedy #2 et Baby Elephants #2, par ma pomme.

Publié le 04.09.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Un Jour à Nairobi

Sunset

Bientôt 9 h. Je me lève et traîne à rejoindre la salle de bain, froide. Je branche l’eau chaude, m’attelle à la toilette. Je traîne sous la douche, profitant du bonheur simple d’avoir de l’eau chaude. On n’y pense pas assez, mais c’est un luxe.

J’enfile quelques vêtements… Un jean, une des chemises sur mesure que j’ai fait tailler pour trois fois rien en Inde, un pull-over, et mon écharpe en coton jaune, que j’avais achetée à Goa. On ajoute mes sneakers éthiopiennes qui m’accompagnent fidèlement depuis des années ; je saisis iPhone et portefeuille, puis je sors de mon neuf mètres carré 1.

Depuis mon iPhone, je commande un Uber, verrouillant la porte et la grille de l’autre main. Je descends les étages, passe la première enceinte. Le garde répond à mon salut, me souhaite une bonne journée. Le portail derrière moi, mon Uber est là. Il m’emmène au-delà de la seconde enceinte gardée, au travers les quartiers riches de l’ouest de Nairobi.

On arrive au bâtiment où se trouve la compagnie pour laquelle je travaille. Je sors mon téléphone de la poche, et y entre une série de numéros pour payer mon chauffeur du jour. 200 KES. 2 $. Avant de monter au troisième étage, je prends mon petit déjeuner chez Pete, un restaurateur du rez-de-chaussée. ‹ Kawaida ›. Comme d’habitude. Œufs, bacon, quelques légumes et thé vert.

Je monte au bureau, finis la tâche qui m’a occupé cette semaine, juste à temps pour la réunion quotidienne avec l’équipe ghanéenne. Mon patron est très content de mon travail, et a décidé d’adopter ma méthode de découpage de l’histoire du jeu pour un autre projet. Après la réunion, il est une heure, donc je vais manger.

Je sors, marche vingt minutes jusqu’à un mall voisin. Je passe la sécurité, ôtant de mes poches portable, portefeuille et clés avant de passer sous le détecteur de métal. Il sonne (boucle de ceinture, sans doute), mais le garde est en pleine discussion avec un collègue. Je réempoche mes affaires et passe sans demander mon reste, direction un café que j’apprécie. Je prends un thé vert, un wrap végétarien avec de la salade en accompagnement, et un milk shake à la noix de cajou en dessert. Je paie aussi avec mon téléphone. Puis je retourne au bureau.

L’après-midi, je commence la tâche de la semaine prochaine. Je suis moins en avance que d’habitude, cette semaine. Vers cinq heures, un entrepreneur qui travaille dans un bureau voisin vient nous rendre visite pour une conversation amicale. Il a repéré que j’aime les beaux vêtements, et depuis quelques jours vient me demander des conseils sartoriaux… Une heure plus tard, un de mes collègues s’en va pour un rendez-vous galant. Je travaille encore un peu, puis je range mes affaires pour le week-end.

Je retourne au mall de ce midi, et j’achète une place pour War Dogs, qui vient de sortir. Je mange au même endroit, un burger au fromage bleu et une infusion glacée de citron et gingembre. Le film suit (très sympa), puis je prends un autre Uber pour rentrer. En chemin, je discute avec le chauffeur.

Une fois chez moi, je vois sur mon téléphone de nombreuses notifications : mon ami Dev m’envoie des nouvelles. Je me change pour le T-shirt de mon école, qui me sert de vêtement de nuit, et je réponds, profitant de la soirée…


Image : Sunset, par ma pomme.


  1. Il me coûte 300 $ par mois, ce qui est bon marché ici. Surtout quand on ajoute l’eau chaude, l’électricité, les deux enceintes de sécurité gardées, et l’employée qui fait le ménage et la lessive toutes les semaines. Le tout compris dans le loyer. Une bonne affaire. 

Publié le 20.08.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Wait But Hi

L’hiver dernier, j’ai découvert un blog. Un blog aux articles fouillés, longs, parfois dépassant l’équivalant d’une centaine de pages, sur des sujets extrêmement variés et intéressants. Ce blog, c’est Wait But Why, tenu par Tim Urban.

Début juillet dernier, Tim a publié une invitation sur son blog. Pour tous ceux qui le voudraient, il organiserait des rencontres, un mois et demi plus tard. Je me suis inscrit, et j’ai pu participer à deux de ces rencontres, le week-end dernier.

Cet événement, le Wait But Hi, aura été l’occasion pour plus de 3 500 personnes de participer à plus de 400 rencontres, dans 168 villes, réparties dans 48 pays. Autant dire que je n’en ai vécu qu’une toute petite portion, mais c’était fort sympathique.

La première rencontre, samedi soir, fut organisée chez l’un des participants, et nous étions cinq. La seconde rencontre, dimanche soir, fut organisée dans un restaurant éthiopien, et nous étions trois. À chaque fois, Tim Urban avait précisé quelques contraintes.

Pour commencer, nous devions tenir la première heure de conversation sans mentionner notre métier, ni même laisser le moindre indice, l’idée étant qu’on a tendance à mettre les gens dans des cases dès qu’on connaît leur activité principale. Au bout d’une heure, chacun écrit un indice sur un bout de papier, et ces derniers sont mélangés avant d’être lus à voix haute. Les participants doivent alors deviner quelle est l’activité, ainsi que la personne qui l’exerce. Autant dire que c’était très drôle.

Par ailleurs, il y avait plusieurs aides pour orienter la conversation, comme des microdébats sur tel ou tel sujet traité par le blog, ou que l’auteur prévoit de traiter.

Conclusion : je me suis beaucoup amusé, et nous envisageons tous de nous revoir à l’avenir (dans mon cas, avant que je ne rentre en Europe). L’événement a eu un réel succès, et sera normalement renouvelé l’an prochain, aussi j’espère que ce billet encouragera d’autres à participer !

Publié le 15.08.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Mombasa

Indian Ocean

Avant-hier, 7 h du matin. Le bus de nuit arrive à Mombasa, après dix heures de trajet. Je n’ai presque pas dormi, à cause du cahot de la route. J’avais commandé un logement sur AirBnB, et un chauffeur de tuk-tuk m’aide à le chercher. Longtemps. Très longtemps. Et pour cause : l’adresse indiquée par mon hôte n’existait pas ! Et bien sûr, cette dernière ne répondait pas au téléphone. Plus le temps passé, plus j’étais persuadé d’être tombé sur une arnaque…

Après deux heures à tourner en rond, mon hôte m’appelle enfin : elle vient de se réveiller. Elle m’indique la bonne adresse, et je m’y rends. L’ironie, c’est que je suis passé plusieurs fois devant l’immeuble, sans l’identifier. Je donne un gros pourboire au chauffeur de rickshaw, qui l’a bien mérité, et découvre la chambre que j’ai commandée. Elle m’offre le repas, puis je prends une douche et me repose après cette nuit et matinée éprouvante.


Au programme du week-end, une longue ballade en moto-taxi m’a permis de découvrir la ville, encore moins densément peuplée que Nairobi. Avant que les colons anglais ne s’installent dans les montagnes, fondant Nairobi, c’était une ville très importante.

Encore aujourd’hui, on trouve les traces du port majeur qu’était Mombasa jusqu’au siècle dernier : d’importantes communautés arabe et indienne, et une architecture à la croisée de ces cultures. On y trouve aussi un héritage colonial, mais pas aussi important. D’ailleurs, la région est plus musulmane que chrétienne, contrairement à Nairobi, et j’y ai également vu deux mandir (temples hindous).

Palm & Mosque

Cet héritage multiculturel est aussi à l’origine de la langue swahilie, hybride entre une langue bantoue et arabe, et se retrouve dans la cuisine locale. J’ai par exemple goûté un ‹ biryani › bien étrange : il n’y avait que trois des quatorze épices normalement essentielles au biryani indien, et il était accompagné d’un légume vert au goût proche de l’épinard ou de la feuille de bette, complètement absent de la recette indienne.

Le mélange architectural est d’autant plus visible dans le quartier historique, que j’ai visité à pied avec, d’après les passants que j’ai rencontré ‹ le meilleur guide du quartier › (vraisemblablement, ils étaient amis)…

Mosque #2

J’avais aussi prévu de faire de la plongée sous-marine (la côte de Mombasa à Zanzibar est apparemment le meilleur endroit d’Afrique pour cette pratique), mais le drapeau rouge était levé. Tant pis.

En revanche, mon hôte m’a offert une belle surprise, samedi soir, en m’invitant à une soirée privée. Elle est golfeuse professionnelle, et jouis dans le club où la soirée se passait du statut de VIP. En arrivant, elle m’a présenté à tous comme un ami, et s’est assurée que je profite du même traitement, avec un serveur attitré et autres privilèges du genre… Pas désagréable, même si ça fait bizarre…

Pour finir, j’écris ce billet dans le bus de nuit qui me ramène à Nairobi. J’arriverai juste à temps pour prendre une douche et me rendre directement au bureau. Je sens que la journée va être difficile !


Images : Indian Ocean, Palm & Mosque et Mosque #2, par ma pomme.

Publié le 08.08.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Une Visite au musée

Our Ancester

Cet après-midi, j’ai décidé d’aller au musée national de Nairobi, composé de trois éléments : un jardin botanique, un ‹ parc à serpents ›, et le musée à proprement parler.

J’ai commencé par profiter du soleil, et donc par le jardin botanique. Ça n’était pas exceptionnel, mais j’ai quand même pu faire quelques chouettes photos.

Poisonous

Ensuite, je suis allé au ‹ snake park ›, en fait un zoo miniature, dédié aux serpents, certes, mais abritant également des tortues, lézards, crocodiles, et quelques aquariums.

L’intérieur du musée est un mélange d’art moderne (il y avait entre autres une exposition photographique à couper le souffle), d’animaux empaillés, d’histoire du Kenya, de paléontologie… Cette dernière partie est d’ailleurs très bien conçue, avec, notamment, une section dédiée à l’évolution en cours de notre espèce…

L’impression générale est que ce musée est un peu fourre-tout, mais pas comme en Inde. Ici, on sent surtout un manque de collection, pas un trop-plein. Quelques pépites, mais un ensemble assez décevant.

Épi

Pour finir la journée, je suis retourné faire des photos dans le jardin botanique, puis je suis rentré. Sur la route, le chauffeur a décidé de m’apprendre le swahili, mais m’a tellement donné de vocabulaire d’un coup que je suis certain de ne pas en retenir la moitié… Dommage.


Images : Our Ancester, Poisonous et Épi, par ma pomme.

Publié le 31.07.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Nairobi National Park

Savanah & City

Nairobi est une capitale très verte. Certaines rues donnent l’impression d’être en forêt tant il y a d’arbres. C’est d’ailleurs la capitale avec la plus grande variété d’oiseaux au monde, si j’en crois Wikipédia. Il y a mieux. C’est la seule ville au monde a abriter en son sein un parc national…

Aujourd’hui, j’ai décidé de visiter le parc, et m’y rends en fin d’après-midi. Le safari commence par un tas de cendre plus haut que moi : les restes de défenses en ivoire, détruites dans un effort de lutte contre le braconnage. Ledit tas était accompagné d’un discours sur les dégâts causés par le braconnage, et le fait que s’il continue ainsi, il n’y aura bientôt plus d’éléphants. Cependant, quand on sait combien ça coûte, et les espoirs que ça doit susciter chez les plus pauvres (sans compter toutes les belles choses qu’on pourrait faire avec cet ivoire), je ne sais pas vraiment quoi penser de cette destruction systématique…

Après avoir bien plombé l’ambiance, on est parti observer les animaux. Malheureusement, lorsque j’ai voulu prendre des photos, j’ai réalisé que j’avais oublié de charger mon appareil photo. J’avais quand même mon iPhone, et l’ai utilisé pour les photos qui illustrent ce billet.

Giraffes Under the Clouds

J’ai donc vu : des phacochères, des girafes, des buffles, la carcasse d’un buffle laissée par des lions (mais je n’ai pas vu les lions), de superbes impalas, des antilopes, des gazelles, des élands, des autruches, des zèbres, un crocodile, de nombreux ibis, des vautours, des pintades, toutes sortes d’autres oiseaux, et trois hippopotames au coucher du soleil. C’était magique !

Lone Tree

Il y a aussi des babouins, lions, léopards et rhinocéros que je n’ai pas pu voir, mais je pense y retourner. Lorsque j’ai demandé à mon guide quelle était l’heure idéale pour en voir plus, il m’a confirmé ce que je pensais : l’aube, puis le crépuscule.

La prochaine fois, je me lèverai donc très tôt.


Images : Savanah & City, Giraffes Under the Clouds et Lone Tree, par ma pomme.

Publié le 17.07.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Les Transports kényans

Lorsque j’habitais encore en Europe, la question des transports était fort simple. En ville, j’utilisais principalement le métro et la marche, accessoirement le bus. Entre les villes, c’était soit le train, soit la voiture.

Quand je suis parti habiter en Inde, le rickshaw s’est ajouté à l’équation, principalement dans sa version motorisée, aussi nommée auto ou tuk-tuk, mais parfois dans sa version traditionnelle. Occasionnellement, il m’est aussi arrivé de monter à l’arrière d’une moto. Ensuite, pour aller de ville en ville, les distances étant ce qu’elles sont, il fallut prendre l’avion. Parfois, un bus de nuit.

En arrivant au Kenya, j’ai fait le bilan des moyens de transport utilisables.

Pour commencer, les distances sont plus courtes, et l’avion est moins justifié. Pour changer de ville, je prendrai plutôt le bus de nuit.

Ensuite, il y a au Kenya un système de bus privés appelés matatu. D’ailleurs, j’aime beaucoup l’étymologie de ce mot : originellement, c’étaient souvent des minibus avec quelques rangées de trois sièges. ‹ Ma › est en swahili une marque du pluriel, et ‹ tatu › signifie ‹ trois › : ‹ plusieurs fois trois (sièges) ›. Depuis, les matatu sont devenus de grands bus très décorés, et les adolescents peuvent en laisser passer plusieurs pour choisir de monter dans un matatu ‹ plus cool › : peint à leur goût, avec un chauffeur connu pour être sympa, ou ayant un DJ à bord. Tout est bon pour attirer la clientèle.

Matatu

On trouve aussi quelques rickshaws, et de nombreuses motos-taxis, pratiques pour prendre des photos depuis l’arrière du véhicule. J’en utiliserai sans doute lorsque je visiterai.

Cependant, ces transports ne sont pas particulièrement adaptés pour faire la navette entre chez moi 1 et le bureau. En effet, les matatu impliquent d’attendre parfois plusieurs dizaines de minutes, sans grille d’horaires ni régularité. Les motos-taxis et rickshaws ne sont pas aussi fréquents qu’en Inde, et on ne peut pas les héler dans la rue : il faut se rendre à la station la plus proche, qui peut être assez éloignée, et les taxis ordinaires sont réputés malhonnêtes et chers.

Heureusement, il reste une autre solution : Uber est bien implanté à Nairobi, offrant un service réputé de qualité (confirmé jusqu’à présent) et bon marché. Je n’attends pas longtemps (au pire quelques minutes), et la voiture vient me chercher où je me trouve. Au pire, l’application me donne le numéro du chauffeur et lui donne le mien, donc on peut se retrouver facilement.

Du coup, il y a de fortes chances que ce soit mon mode de transport principal 2.


Image : Matatu, par ma pomme.


  1. En passant, j’ai déménagé hier dans un minuscule studio assez sympathique, dans un quartier très chouette. 

  2. M.-à-J. du 13 septembre : Depuis plus de deux mois que je suis arrivé, ce pronostique quant aux transports s’est vérifié. J’ai pris un rickshaw, deux motos-taxis, deux bus de nuit, aucun taxi ni matatu (même si j’aime voir passer ces derniers), et d’innombrables voitures Uber. Pas une seule fois le service fut mauvais, et j’ai eu de nombreuses conversations très intéressantes avec des chauffeurs particulièrement chaleureux. 

Publié le 15.07.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Mon Arrivée à Nairobi

Samedi fut ma première journée à Nairobi. Je me suis levé après une nuit chez Wesley, mon directeur technique, et nous sommes partis prendre le petit déjeuner dans un mall non loin du bureau. Nous y sommes justement allés après le repas, puis il m’a installé dans un studio temporaire. Je trouverai mon logement définitif plus tard.

Quelques formalités et une sieste plus tard, je prends un Uber, direction la fête d’anniversaire de Jake, qui sera mon mentor, dans un restaurant… japonais. Voilà qui fait local !

Le repas fut savoureux, puis les serveurs apportèrent le gâteau d’anniversaire et… une épée ! Pour couper le gâteau ! Évidemment, Jake s’est amusé à donner de grands coups d’épée dans le gâteau : c’est fait pour. Ce qui ne nous a absolument pas empêchés de déguster ledit gâteau, absolument succulent.

La soirée s’est poursuivie par un karaoké, puis une partie de Cards Against Humanity chez Jake et sa fiancée. Finalement, je suis rentré dormir à 3 h 30, soit 7 h en Inde. Je me suis reposé toute la journée qui suivit, évidemment.


Ce matin, je me suis levé tôt, pour ma première journée de stage. Personne ne m’avait dit à quelle heure je devais arriver, donc je me suis présenté au bureau à 9 h, qui me semblait raisonnable… pour trouver une porte fermée. J’appelle donc Wesley, qui m’informe qu’il n’y a pas d’horaires, et que la plupart arrivent pour 10 h… Il se dépêche de venir m’ouvrir, me donne un double des clés, et le stage peut commencer.

Publié le 11.07.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Quitter l’Inde

6 h 45. Mon ami Dev toque à ma porte. Il part un quart d’heure plus tard pour son stage, mais est venu me dire au revoir avant le grand départ.

8 h 30. Je monte dans le taxi. La moitié de mes affaires sont dans le coffre. L’autre moitié sera expédiée directement en France, par un employé du campus. Au portail, je rends ma carte d’accès et serre la main des gardes, puis le taxi s’élance sur l’autoroute de Solapur.

La traversée de Pune a pris deux heures, à cause de bouchons. Heureusement, il n’y a pas trop de trafic sur la superhighway pour Mumbai, et j’arrive à l’heure prévue. Je retrouve mon camarade Priyank, qui a commencé son stage au début du mois, et nous déjeunons ensemble. Le repas fini, nous nous séparons, et je me rends à l’aéroport.

La guichetière m’accueille avec un grand sourire, me demande si je souhaite être surclassé. Ce n’est pas gratuit, donc je refuse. J’explique que je déménage, et elle prend en charge mes bagages en trop sans me faire payer de surcoût. Je la remercie et me rends à la sécurité, puis la douane.

Le vol lui-même est sans histoire, mais quelle émotion en embarquant ! C’est une belle page qui se tourne…


Me voici donc à Nairobi. La douanière me demande combien de temps je compte rester. Trois mois. Il y a une erreur : le visa ne m’en accorde que deux. Je lui dis que j’ai déjà le billet retour, et elle m’accorde les trois mois. Sans plus de question, mais avec un sourire. ‹ Bienvenue au Kenya ! ›

Publié le 08.07.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Le Visa kényan

L’hôtesse déchire ma carte d’embarquement, et me laisse passer. Je me rue dans les marches, bien content d’enfin échapper à la cohue. J’ai le siège 3F, aussi je croyais avoir été surclassé, mais non : je suis juste derrière la classe affaire. Soit. Au moins, je suis dans l’avion. Ça n’était pourtant pas gagné…


À la fin de l’épisode précédent, je vous avais laissé alors que j’allais à la soirée de fin d’études avec les enseignants et les membres du jury. Le principe est simple : l’alcool est censé aider les étudiants à trouver un stage auprès des jurés, tous issus de l’industrie. Dans mon cas, ce fut plutôt l’inverse : deux jurés essayaient non pas de me donner un stage, mais carrément un emploi… Sauf que leurs entreprises ne m’intéressaient pas. Des jeux sans ambition pour l’un, et du casino en ligne pour l’autre…

Ce fut aussi l’occasion de revoir mon ami Eyram, qui était mon mentor lors de mon stage au Ghana, et de rencontrer Jake, le game designer qu’il a embauché après que mon stage l’ait convaincu de la nécessité de ce corps de métier. Il a fait allusion à la possibilité que je retourne travailler pour lui, à quoi j’ai d’abord répondu évasivement…

Quelques jours plus tard, en discutant en ligne avec Jake, j’apprends qu’ils commencent enfin un gros projet qu’Eyram m’avait laissé miroité l’an dernier, et je commence à songer sérieusement à retourner à Leti Arts pour un second stage. Cette fois-ci dans l’autre studio, au Kenya, pour découvrir un nouveau pays.

Les semaines passent pendant que je négocie les conditions de mon stage (salaire, aller au Kenya, être affecté sur ce projet, et une aide pour le logement), puis vient le temps d’entamer les démarches pour mon visa. Une petite recherche en ligne, je trouve les documents nécessaires, mais le formulaire à compléter renvoie vers… une erreur 404. J’ai l’habitude des ambassades, mais ils ont fait fort, là.


On en vient à lundi soir, à mon départ du campus avec deux heures d’avance… et aux bouchons phénoménaux qui ont failli me faire arriver en retard à l’aéroport. Finalement, j’ai fait la queue au check-in, à la sécurité, à l’embarquement, et l’avion a décollé pour Delhi. Une fois arrivé, je me rends à mon hôtel habituel, et je me couche.

Le lendemain matin, je passe chez un photographe, puis prends un rickshaw, direction l’ambassade, qui… n’est pas dans le quartier habituel. Il faut la chercher, mais mon chauffeur est bon, finit par la trouver. Je lui laisse un gros pourboire, il l’a mérité amplement.

À l’ambassade, la réceptionniste me dit qu’il faut un chèque. Je commence à me dire que c’est parti comme pour le Ghana. Elle appelle ses supérieurs ; rien n’y fait. Elle passe quelques coups de fil, puis m’annonce que je peux en obtenir un sans compte, contre un faible pourcentage, dans une banque voisine. Elle connaît quelqu’un, a demandé une faveur. Encore un exemple de la gentillesse indienne !

Les dépôts de dossier se terminent normalement à midi et demi, mais elle me dit faire traîner jusqu’à une heure. Je me dépêche donc et, malgré la lenteur phénoménale du banquier, reviens à l’ambassade à moins dix, en sueur.

Cette brave dame me tend alors une feuille blanche. Il manque une lettre de motivation de ma part (non demandée sur le site de l’ambassade), mais je peux la faire à la main. J’en improvise une, et la lui tends. Elle sourit, me dit que tout est parfait, et que je peux revenir le lendemain, à 17 h 30.

L’après-midi se passe sans grand événement. Le lendemain, j’ai visité le Lotus Temple, lieu de culte de la foi Baha’i. C’était fort décevant. Le temple est joli de loin, mais pas tellement de près. L’intérieur est sobre, mais pas particulièrement beau, et surtout il y avait un parcours très dirigé. On ne pouvait pas vraiment profiter du lieu…

Lotus Temple #2

Je suis donc allé chercher mon visa. La réceptionniste, en me voyant, vient me parler : visa refusé, parce que j’ai trop payé ! Au choix donc pour moi. Refaire la demande le lendemain avec un autre chèque, et louper mon avion, ou prendre un visa qui couvre aussi l’Ouganda et le Rwanda, pour ce prix-là, qui peut m’être délivré après quelques minutes. L’avion est plus cher, je prends la seconde option.

Elle repart, s’occupe d’autres dossiers, puis revient vers moi au bout d’une heure : Visa accordé. Ça m’a l’air presque trop facile…


Image : Lotus Temple #2, par ma pomme.

Publié le 29.06.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Le Jury

Before Sunrise

Cette année, le plus clair de notre temps fut consacré au projet de fin d’études, ne nous laissant que quelques cours à proprement parler. Ma promotion s’était divisée en trois équipes en juin dernier, et nous nous sommes attelés à la tâche dès notre retour de stage.

Normalement, nous étions censés affiner le design lors des premiers mois, et entamer la production courant novembre. C’est ce que firent les deux autres équipes, d’ailleurs. Cependant, mes camarades et moi n’étions pas satisfaits de notre design, et avons recommencé le projet depuis zéro ou presque. Plusieurs fois.

Quand, fin janvier, nous étions enfin contents de nous, nous savions quelles seraient nos priorités, quelle expérience de jeu nous voulions créer, et un design ambitieux.

Notre jeu, intitulé Yuganth 1, peut être résumé ainsi : il s’agit d’un jeu de plateforme et de tir tactique, avec arc et flèches, librement inspiré de légendes indiennes. Rien que ça. Concrètement, nous avons créé un nouveau ‹ mythe hindou ›, avec comme personnage principal un archer (ils sont souvent au cœur des légendes indiennes), dans un environnement aux dimensions épiques. Le joueur explore l’environnement à l’aide de mouvements acrobatiques, et combat des ennemies gigantesques avec différents types de flèches, qu’il doit créer. En plus, il dispose de ‹ mantras ›, un mélange entre une carte et un sort, laissé par les dieux pour l’aider dans sa tâche. Ces derniers peuvent le protéger, effectuer des attaques spectaculaires, voire radicalement transformer l’environnement.

Autant le dire, il s’agit d’un projet ambitieux, d’autant plus que nous avions accumulé un énorme retard : la première ligne de code ne date que du 1er février ! Cependant, dans les quatre mois qui suivirent, nous avons réussi à développer un premier niveau (suffisant pour la démonstration), différents types d’ennemies, neuf types de flèches (en plus de la flèche de base), et pas moins de vingt et un mantras !

En parallèle, nous avons préparé le jury lui-même : un site web, un compte Twitter, le trailer ci-dessus, quelques affiches, un business plan, notre présentation, et des costumes sur mesure. Nous terminions de nous apprêter, fiers de notre résultat, quand… panique à bord : nous venions de découvrir une quarantaine de bugs, qui —loi de Murphy— nous avaient échappés jusque là !

Nous arrivons au 3 juin, veille du jury. Nous avons résolu une partie des bugs, mais pas tous. Pire : au matin, j’apprends que je suis convoqué au commissariat pour mon extension de visa, demandée bien avant. C’est le pire jour possible, mais, si je n’y vais pas, je devrai quitter l’Inde plus tôt que prévu. Décidément, ces fonctionnaires ont moins de classe qu’une utopie marxiste…


4 juin. Jour J.

Il est quatre heures du matin, un coéquipier vient toquer à ma porte. On a continué de se préparer jusqu’au dernier moment, puis on est descendu à l’auditorium. Le stress monte en voyant les membres du jury s’installer, mais on fait avec. Je note que les autres équipes ont fait créer des T-shirts… C’est bon signe pour mon équipe, qui va se démarquer avec les costumes qu’on a fait créer.

Ready for Jury

Une première équipe passe. La présentation et la démonstration se passent bien, mais la séance de questions/réponse est un carnage. Le stress monte d’un cran.

C’est notre tour. Nous n’avons pas eu le temps d’apprendre par cœur l’ensemble de notre texte, donc je dépose des scripts sur les podiums depuis lesquels nous présentons. Personnellement, je tremblais comme un Parkinson sous températures négatives. Heureusement, ça ne s’est pas vu. Présentation sans accroc. Démonstration facile. Audience attentive. Le stress retombe.

Viennent les questions. Un membre du jury n’a pas bien compris notre business plan, dit qu’il n’est pas d’accord : le jeu devrait être publié mondialement… Je réponds que nous sommes tout à fait d’accord avec lui, avant de compléter. Sourires dans l’assemblée. Les questions s’enchaînent, les réponses sont fluides. Tout se passe bien, mieux qu’espéré.

La troisième équipe nous suit. On regarde la présentation, puis on s’éclipse lors de la démonstration : il nous faut encore rendre notre salle présentable pour recevoir les jurés afin qu’ils essaient le jeu par eux-mêmes. Heureusement, on a un peu de temps grâce au repas. Je me rends en vitesse à la boutique du campus pour acheter quelques vivres, et nous déjeunons en quatrième vitesse.

L’après-midi s’est passé sans entrefaite. Quelques bugs se sont manifestés, mais les jurés se sont montrés compréhensifs —et même impressionnés— lorsque nous leur avons expliqué qu’on a recommencé à zéro en cours d’année. L’un d’entre eux m’a dit que, même après des années de métier, bien peu créaient des jeux de cette qualité. Fierté.

Vers 4 h, ils se retirent pour délibérer, et on souffle pour la première fois de la journée. Les résultats sont arrivés une heure plus tard : nous avons eu 16 sur 20.

Je me repose, maintenant, après avoir appelé ma famille. Ce soir, nous aurons la traditionnelle soirée de fin d’études avec les jurés et nos enseignants. J’ai hâte !


Images : Before Sunrise et Ready for Jury, par ma pomme.


  1. Il s’agit d’un mot-valise en hindi, mêlant yuga (une division du temps dans la mythologie hindoue) et anth (la fin, l’achèvement). Le tout signifie donc la fin d’une ère

Publié le 04.06.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Bonté humaine

En France, on aime beaucoup râler. Pour tout, pour rien, pour pimenter l’existence. Parce que ‹ trop bon, trop con ›.

Depuis que je vis à l’étranger, je ne cesse de me laisser surprendre par la gentillesse générale du genre humain. Tenez, le dernier exemple date de cet après-midi.

Je me rendais en ville pour une course, et attendais qu’un rickshaw passe, sur le bord de l’autoroute. La température avoisinait les quarante degrés, et aucune ombre à proximité.

Un motard s’arrête à côté de moi.

Ici, il faut bien comprendre que je n’étais pas en train de faire du stop. Je me contentais de patienter sur le bord de la quatre-voies. De même, je ne le connaissais ni d’Ève ni d’Adam.

Il s’arrête donc, et me demande où je vais. Nous n’allons pas au même endroit, mais pouvons parcourir une partie du chemin ensemble. Il m’indique la place derrière lui, m’invite à monter.

Vingt minutes plus tard, il me dépose près d’un groupe de rickshaws, et nous pouvons continuer notre route séparément.

Aussi simplement que ça.

J’aime l’humanité.

Publié le 23.04.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

L’Art de la négociation

La conversation, telle que vue par un observateur extérieur :

Hé, où vas-tu ?

Salut ! Loni, DSK…

OK !

Le chauffeur entame un geste vers son rickshaw. Je l’arrête :

Combien ?

Quatre cents.

Cent cinquante.

Il fait nuit… C’est loin… Je vais revenir à vide…

OK, dis-moi ton prix.

Quatre cents ?

Cent cinquante.

Échange de sourires, de regards gêné. Je hausse les épaules dans un geste semblant dire qu’il ne fait pas d’effort.

OK, deux cent cinquante. C’est mon dernier prix.

Soit… cent soixante-dix ?

Non, mais il faut passer le péage… Deux cents, plus cinquante pour le péage.

Alors arrête-toi juste avant le péage, et je paie deux cents.

OK.

Il m’indique son véhicule, et je monte dedans.


Maintenant, la même conversation, décryptée :

Hé, où vas-tu ?

Salut ! Loni, DSK…

J’habite au DSK International Campus, et Loni est le village à côté. DSK n’a, bien entendu, rien à voir avec un certain politicien français.

OK.

En ne négociant pas le prix d’emblée, il espère avoir l’ascendant une fois arrivé. C’est plus dur de faire baisser les prix alors que le service a déjà été rendu. En négociant avant, je peux toujours aller voir ailleurs : d’autres chauffeurs accepteront de baisser les prix si lui refuse.

Combien ?

Quatre cents.

Cent cinquante.

Ici, il voit un blanc. Donc un étranger. Donc, à ses yeux, un riche. Il me propose d’emblée un prix exorbitant. Je réponds du tac au tac. S’il m’avait proposé le prix normal (deux cent cinquante roupies pour ce trajet), je n’aurais même pas négocié. Mais comme il veut m’arnaquer, je joue avec lui. Pour tout prix indécent (au-dessus de trois cents), je réponds cent cinquante automatiquement, avec pour objectif de faire baisser le prix final à deux cents.

Il fait nuit… C’est loin… Je vais revenir à vide…

OK, dis-moi ton prix.

Il joue la comédie pour essayer de m’attendrir. Je joue le jeu, lui montrant quand même que je suis prêt à négocier.

Quatre cents ?

Cent cinquante.

Il ne fait aucun effort, donc je n’en fais pas non plus. Il a voulu me faire danser, c’est à lui de faire le premier pas.

OK, deux cent cinquante. C’est mon dernier prix.

Il abandonne la partie. Il me propose le prix normal. Il sait déjà qu’il a perdu, mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

Soit… cent soixante-dix ?

Non, mais il faut passer le péage… Deux cents, plus cinquante pour le péage.

Ledit péage est gratuit pour les rickshaws. Néanmoins, il m’a tendu une perche, que je saisis au vol…

Alors arrête-toi juste avant le péage, et je paie deux cents.

OK.

J’ai atteint mon objectif, et il ne peut pas refuser après ce qu’il vient de dire. Victoire par K.O.

Ça devient trop facile…

Publié le 27.03.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

La Magie indienne

Plusieurs fois, alors que je recevais en Inde l’une ou l’autre visite familiale —mes parents cet hiver, mon oncle et ma tante il y a deux semaines—, je me suis vu confronté à la demande d’expliquer tel ou tel phénomène observé et… inattendu pour un Européen. Plusieurs fois, je n’ai pas su vraiment comment expliquer la chose… L’Inde s’expérimente, elle ne s’explique pas. Alors je répondais par une remarque amusée :

C’est l’Inde.

La semaine dernière, alors que je visitais le Pendjab avec mon camarade Adrien, nous avons discuté justement de cette impossibilité d’expliquer le Sous-Continent à nos proches. À chaque fois, nous en sommes réduits à résumer la situation avec un fatalisme rieur :

C’est l’Inde.

Ce non-argument, d’un absolutisme tellement convenu, ne laisse aucune alternative. C’est ainsi. Ta gueule, c’est magique.

C’est pour sûr trivial, mais on ne résume pas des millénaires d’Histoire et de culture à coup de raison. En entrant en contact avec la civilisation la plus ancienne encore vivante —et bien vivante !—, il faut s’attendre à des surprises.

Ici, il est entendu qu’un aloo paratha (une galette de blé fourrée à la pomme de terre) s’accompagne de pulao (du riz aux légumes), et qu’un tel ensemble est bon pour la santé. Et peu importe que la science moderne nous dise que ce repas est pléonastique à outrance, la tradition l’emporte. Sans rejeter la science pour autant. Simplement, il est malaisé de balayer ainsi des habitudes multiséculaires.

Et ce n’est qu’un exemple parmi les plus flagrants. Il y en a tant d’autres… Alors face au chaos confus des coutumes empilées les unes sur les autres, on apprend bien vite la leçon que l’Inde donne à tous : dans la vie, il faut lâcher prise.

Détendez-vous. Le chaos ambiant est normal…

C’est l’Inde.

Publié le 26.03.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Amritsar, Pendjab

Rollerskating

Le Soleil se couche, et nous nous envolons, tandis que l’odeur des épices se répand dans la cabine… Ce soir, nous mangerons tandoori ou ne mangerons pas.

Cette histoire commence dimanche dernier, à trois heures du matin. Adrien et moi nous retrouvons devant le campus, pour attendre le taxi qui doit nous amener à l’aéroport. Deux vols plus tard, nous voilà arrivés en Amritsar, au Pendjab.

Lors de la partition entre l’Inde et le Pakistan, le pays des cinq rivières (c’est l’autre nom du Pendjab) fut l’un des deux états partagés entre les deux nouvelles nations. Et si le Bengale oriental a par la suite déclaré une seconde fois son indépendance pour devenir le Bangladesh, le Pendjab occidental reste la plus riche région du Pakistan.

Cette opulence —toute relative, certes— se retrouve du côté indien, dans de magnifiques paysages, où les champs laissent place aux champs, à peine interrompus par les nombreux canaux et autres points d’eau, d’innombrables bosquets clairsemés, et les villages reliés par de longues routes me rappelant vaguement les voies romaines.

Venant du Maharashtra, tant de verdure me parut incroyable, et me rappela l’Europe. Il faut dire qu’entre les blés et le colza, seuls les palmiers dépareillaient…

Pendjabi Crops #4

Cependant, nous restons en Inde, avec ses villes polluées, ses villages aux maisons carrées, et la gentillesse des gens. Mercredi, par exemple, alors que nous passions à côté d’une ferme lors d’une promenade champêtre, les habitants nous ont hélés, avant de nous offrir un chai, ce thé infusé dans du lait chaud si commun en Inde. D’habitude, je trouve cette boisson écœurante, mais pas cette fois-ci. Ici, le lait, frais au possible, vient de la vache, non d’une quelconque réaction chimique artificielle. Ça aide…

Cette richesse et cette gentillesse s’expriment aussi dans une singularité locale : le Pendjab est le berceau du sikhisme, curieux syncrétisme entre hindouisme et islam, prônant entre autres la tolérance religieuse, l’effacement des castes, l’égalité entre hommes et femmes, etc.

Amritsar, justement, accueille le lieu de culte le plus sacré qui soit aux yeux des sikhs : le Harmandir Sahib, couramment appelé Temple d’Or en raison de son bâtiment principal en marbre plaqué or. Évidemment, nous avons visité l’endroit, très beau, d’inspiration moghole, mais aussi européenne, dans certains détails. On sent que le lieu est (relativement) récent, tout comme la religion qui lui sert de raison d’être.

Golden Temple #6

Outre le Temple d’Or, nous avons visité plusieurs lieux saints, presque tous hindous. L’un d’entre eux, le Lal Mata Mandir, nous propose un parcours digne d’une maison hantée de fête foraine, avec ses jeux de miroirs, ses tours et détours, ses statues pour le moins déroutantes…

Mais ce qui a surtout retenu notre attention, ce sont les parcs, véritables oasis de calme dans la ville, où les gens viennent se reposer, converser, jouer aux cartes… Les pendjabis semblent avoir développé un art de vivre paisible et raffiné, particulièrement charmant.

Et je ne peux clore ce billet sans mentionner la cuisine locale, dont la réputation n’est absolument pas usurpée. Très épicée sans être piquante, et d’une finesse ! On sent un réel plaisir à manier les ingrédients, que ce soit dans leurs plats locaux ou dans leur réinterprétation de plats étrangers, offrant toujours des mélanges plus exquis les uns que les autres.

Même dans l’avion, la nourriture est bonne. Comme je l’avais deviné, une hôtesse de l’air vient de servir du poulet tandoori.


Images : Rollerskating, Pendjabi Crops #4 et Golden Temple #6, par ma pomme.

Publié le 25.03.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Vietnam, du nord au sud

Ready for Spring

Après le train de nuit qui nous avait ramenés à Hanoï, nous sommes rapidement partis pour l’aéroport, où nous prîmes un avion pour l’ancienne capitale impériale du pays (avant la colonisation) : Hue.

Une fois arrivés, nous avons enchaîné les visites : cité impériale (semblable à la Cité interdite chinoise), Pagode des parfums et un temple bouddhiste très paisible, et la journée finit par une promenade en bateau sous la pluie 1… À l’hôtel, on nous a donné des déguisements avant le dîner, qui fut organisé sur le modèle des festins de cour : uniformes de mandarins pour tout le monde, tenue impériale pour nos jeunes mariés. C’était très amusant et, classe ultime, un orchestre de chambre jouait pendant que nous mangions !

Water Up, Water Down

Le lendemain, nous nous sommes levés tôt pour visiter —sous la pluie— un mausolée impérial, puis nous reprîmes la route, à destination de Danang. En arrivant, nous avons visité un temple bouddhiste, puis un musée d’archéologie dédié à l’ethnie Champa —un peuple shivaïte qui eut de l’importance dans la région du xe au xve siècles ÈC.

Ce soir-là, nous avons eu notre premier repas qui ne soit pas un festin. Notre guide voulait nous montrer quelque chose de plus typique, mais l’hygiène de l’endroit laissait vraiment à désirer et nous sommes partis assez rapidement. Pour se rattraper, notre guide a trouvé en vitesse un autre établissement, très bien cette fois : un restaurant japonais où nous avons commandé des… pizzas et des glaces. Pour résumer, nous avions un groupe franco-australien, mangeant italien dans un japonais, au Vietnam. Le slogan du restaurant ? Taste the world

Jeudi matin, nous continuâmes notre trajet vers le sud, et nous nous sommes arrêtés à Hoi An, une bourgade côtière ayant reçu une forte influence chinoise et japonaise —c’était un port commercial important, avant la fermeture de ces deux pays. Le lieu est très joli, avec des lanternes en papier un peu partout et d’innombrables boutiques d’artisanat et de soieries. Un chouette endroit pour se reposer entre les visites, ce que nous fîmes.

Lampions de rue

Après ce jour de repos, nous sommes retournés à Danang. En route, nous avons visité Mi Son, un site archéologique de culture Champa, perdu dans la jungle, avec de nombreuses ruines de temples hindous, des lingam-yoni en-veux-tu-en-voilà, des stèles gravées… vraiment un chouette endroit. Une fois à Danang, nous avons mangé de délicieux phò, puis nous savons pris l’avion pour Saigon. C’est à l’atterrissage qu’on s’est séparés, le voyage touchant à sa fin.

J’ai passé une dernière journée avec mes parents. Nous avons visité un jardin botanique et zoologique deux-en-un, puis nous sommes allés à l’aéroport, où nous nous sommes séparés : mes parents partaient en France, quand je suis retourné en Inde 2. Le trajet s’est passé sans histoire particulière. J’ai fait escale à Kuala Lumpur et, en arrivant en Inde, mon école avait dépêché un taxi pour moi. J’ai dormi sur la superhighway, et me voilà rentré !


Images : Ready for Spring, Water Up, Water Down, et Lampions de rue, par ma pomme.


  1. Ma première pluie depuis… pfiou… au moins ! C’est toujours un moment étrange, ces retrouvailles avec la pluie lorsqu’on habite une région semi-désertique comme le Maharashtra. 

  2. En enregistrant mon bagage, l’employé de la compagnie aérienne ne comprenait pas que j’aie le droit d’aller en Inde sans avoir un autre billet d’avion. Il a vérifié plusieurs fois mon visa indien, a appelé ses collègues… Heureusement, j’avais sur moi mon permis résidentiel : ça a bien aidé, quand il a fini par appeler l’ambassade indienne (oui, il a fait ça). On sent que le communisme a laissé sa trace, même après l’ouverture du pays à l’économie de marché… 

Publié le 28.02.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

À la découverte du Vietnam

Cocarde

Enfin, j’atterris à Saigon, après vingt-quatre heures de trajet. J’ai tout fait à l’envers, commençant par la scène du coucher de soleil, splendide, sur la superhighway1. Après un repas à l’aéroport de Mumbai, je m’envolai pour Kuala Lumpur (Malaisie). Là, quelques heures d’escales 2 derrière une baie vitrée d’où je pouvais voir les avions partir, et je décollai à nouveau, pour finalement arriver au Vietnam. Je passai la douane, pris un taxi, et arrivai à l’hôtel.

Ce fut un véritable plaisir, que de retrouver une bonne partie de ma famille. En effet, je n’étais pas simplement parti pour voyager, mais avant tout pour fêter le mariage de mon cousin Bertrand et de sa promise, Tao. Je commençai donc par discuter avec les cousins, cousines, oncles et tantes, et je fis la connaissance des autres invités.

Je me suis beaucoup amusé quand, sur la route qui nous menait à l’église, j’ai entendu les remarques de ma famille quant à la circulation… Mes parents, qui se souvenaient de leur séjour en Inde deux mois plus tôt, trouvaient comme moi ces remarques exagérées. Quand on connaît les extrêmes, on n’est plus aussi sensible aux nuances, j’imagine.

Quoi qu’il en soit, le mariage s’est très bien passé, et nous avons profité du jour suivant pour nous reposer. Nous avons quand même profité de la journée pour nous promener en ville, entre un jardin botanique, le Palais de la réunification (l’ancien palais présidentiel du Sud-Vietnam), et un marché en plein air. C’est le mercredi que le voyage a vraiment débuté et, pour commencer, nous prîmes un avion pour Hanoï.

Courtyard

Le pays est très rural et, contrairement à l’Inde, où les villes offrent un réel contraste, cela se voit dans les rues, les maisons basses, la faible densité… Ce qui me frappe, aussi, c’est la proximité culturelle avec la Chine, que j’avais visitée en 2011, à l’occasion d’un autre mariage. Notre guide appelle d’ailleurs son pays le ‹ Petit Frère › (de la Chine). S’il y a bien des différences, on sent une influence non négligeable.

Après une journée à Hanoï, nous partîmes pour la baie d’Halong, où nous sommes montés à bord d’un bateau de croisière. Nous étions en train de déjeuner quand le bâtiment s’est mis en branle, et tout devint de plus en plus féerique. Le paysage, véritable monument naturel, se compose de pitons rocheux sortant abruptement de la mer, et nous sommes épatés devant tant de beauté. Nous sommes restés un peu moins de vingt-quatre heures dans ce décor, dont je garderai un souvenir impérissable.

Welcome to Halong Bay

En rentrant à Hanoï, nous avons assisté à une pièce de théâtre de marionnettes aquatiques, très poétique, chaque acte ouvrant une fenêtre sur un monde aussi bucolique que magique.

Le lendemain, nous sommes allés visiter Duong Lam, un petit village traditionnel. Un attrape-touristes, en fait, mais, en m’écartant un bref moment du groupe, j’ai pu prendre le thé et des gâteaux de riz gluant avec une grand-mère avec des dents noires à force de chiquer le bétel… Scène inattendue et monstrueusement cool, mais il me fallut ensuite courir pour rattraper le groupe —presque déjà retourné au bus.

Au soir, nous avons pris un train de nuit assez cossu, direction Lao Kay, non loin de la frontière chinoise. De là, deux minibus nous emmenèrent à Sapa, où nous avons rencontré des ethnies minoritaires… Dao, Giày, et surtout H’mong 3. Les tenues sont magnifiques, extraordinairement colorées et laissant une belle place aux motifs.

Lili

Alentour, nous avons visité quelques villages vivant de tourisme et de riziculture, mais, hélas, la saison n’était pas idéale : les vallées étaient couvertes de brumes et nous étions arrivés après la récolte du riz.

Après deux jours à Sapa, nous prîmes un second train de nuit, qui nous ramena à Hanoï, et… c’est ainsi que se finit notre première semaine au Vietnam. La suite au prochain épisode…


Images : Cocarde, Courtyard, Welcome to Halong Bay et Lili, par ma pomme.


  1. Les autoroutes indiennes sont très vivantes, avec leurs commerces qui tiennent lieu de bandes d’arrêt d’urgence, les gens qui traversent à pied ou roulent à contresens et, bien entendu, les animaux qu’il s’agit de ne surtout pas écraser. Du coup, pour la seule voie d’Inde au standard européen des autoroutes (allant justement de Pune à Mumbai), il fallut forger un nouveau terme : la super-autoroute ou, en anglais, superhighway

  2. La Malaisie a beau être un pays musulman, les femmes y portent des vêtements près du corps. À un moment, j’ai même vu une dame avec un haut presque entièrement en dentelle, à l’exception de l’avant du tronc, dévoilant ses bras et un joli dos nu… Quel contraste avec l’Inde et son excessive pudeur ! 

  3. Je souhaitais justement en renconter depuis quelques années, alors que j’en avais vu quelques-uns en portrait, au détour d’un livre. C’est maintenant chose faite ! 

Publié le 22.02.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Delhi

Nous sommes arrivés samedi soir à Delhi, pour la dernière étape de notre petit périple. Nous sommes descendus à l’hôtel où j’avais séjourné en juin dernier ainsi que la première nuit de ce voyage, et je fus accueilli comme un vieux client.

Dimanche matin, nous nous rendîmes en métro dans le quartier administratif, où se trouve, à deux pas du ministère des Affaires étrangères, le National Museum. Quelques heures durant, nous sommes restés admiratifs devant les statues de pierre, de bronze, de bois ou d’ivoire, ainsi que l’impressionnante collection de miniatures mogholes et persanes. Au moment de partir, nous avons réalisé qu’un second étage nous attendait, mais la faim et la fatigue nous forcèrent de quitter les lieux. Pour la part, ce sera pour une autre fois…

Nous sommes donc partis pour manger, et avons trouvé un chouette restaurant à Rajiv Chowk, une place circulaire où les Delhiites se rendent volontiers. L’après-midi fut consacré à l’achat de souvenirs sur cette même place, avant de retourner au même restaurant, qui nous avait beaucoup plu.

Rajiv Chowk

Pour la journée d’hier, nous avions prévu de visiter le fort de Lal Qila, résidence des empereurs moghols depuis qu’ils ont quitté Agra et à nouveau fait de Delhi leur capitale. Nous nous y sommes rendus en métro et —au dernier moment— avons choisi de descendre à l’arrêt précédent et de finir à pied. Ainsi, nous avons profité de l’occasion pour traverser un bazar et visiter Jami Masjid, une grande mosquée au demeurant fort décevante. Nous sommes donc arrivés devant les monumentales murailles de pierre rouge, mais jouons de malchance : le château est fermé.

Qu’à cela ne tienne, nous avons visité un temple jaïn situé non loin, aux murs et plafonds peints avec moult détails. Nous observons sans trop oser déranger les croyants qui dans leur prière jettent du riz à leurs idoles ; c’est déjà assez rare de pouvoir entrer dans un temple jaïn.

Après cela, nous sommes allés visiter le tombeau d’Humayun (le second empereur moghol), qui servit d’inspiration pour de nombreuses autres sépultures mogholes, dont le fameux Taj Mahal. La richesse et la finesse ne sont pas la même, mais on retrouve la même symétrie, le même raffinement dans les moucharabiehs, les motifs géométriques aux murs et aux sols… Il ya quelque chose de triste, je trouve, que les plus belles réalisations architecturales de cette civilisation soient des mausolées.

Humayun's Tomb #4

Ce matin, les parents ont pris leur avion pour la France. Je les ai accompagnés jusqu’au terminal, puis me suis rendu au terminal des vols nationaux, où j’ai déposé mes bagages. Puis, comme il me restait quelques heures avant mon vol, j’ai décidé de quand même visiter Lal Qila.

Lors de la visite, je n’ai pu m’empêcher de songer que ce lieu est tout entier en potentiel… Ce pourrait être un très bel endroit —si seulement il était entretenu… Là, c’est difficile d’en profiter pleinement…


Images : Rajiv Chowk et Humayun’s Tomb #4, par ma pomme.

Publié le 05.01.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

La Grande Sœur

Au nord-est de l’Inde, par delà le Bengale et l’étroit passage entre Bhoutan et Bangladesh, se trouvent sept états, minuscules aux dimensions indiennes. Ce sont les Sept Sœurs qui, comme l’Inde méridionale, n’ont pas subi d’influence moghole notoire. Voilà donc l’occasion de présenter à mes parents un autre des innombrables visages que compte le sous-continent.

Plus particulièrement, nous nous rendîmes en Assam, la plus grande et occidentale des Sœurs, qui s’établit autour du Brahmapoutre en jungles, rizières, et plantations d’un thé connu pour son goût délicatement musqué.

Nous sommes donc arrivés mercredi soir à Guwahati, capitale de l’état, avant d’être menés à un hôtel assez médiocre. Cependant, les parents étaient fatigués et ne voulaient pas chercher d’autre hôtel : nous sommes donc restés pour la nuit.

L'Arrivée en Assam

Le lendemain matin, nous nous partîmes pour Tezpur 1, petite bourgade assez verte où nous allions passer deux nuits. Comme attendu, les paysages sont assez proches de ce que j’ai pu voir dans le sud l’an dernier : de la jungle, des rizières, de petits villages… et une terre rouge, qui me fit penser au Ghana.

Nous trouvâmes rapidement un excellent hôtel, très propre, comparable à un trois étoiles européen. Ça faisait longtemps que je n’en avais pas vu un en Inde, tiens…

Dans l’après-midi, nous avons trouvé une sorte de jardin botanique miniature entourant un point d’eau et décoré d’antiques vestiges trouvés lors de travaux publics. Plus tard, nous sommes partis visiter les restes d’un temple hindou datant du sixième siècle, mais il n’en restait vraiment plus grand-chose : un portique joliment sculpté, présentant les rivières Ganga (le fleuve Gange) et Yamuna 2 sous les traits de déesses. Nous avons apprécié cependant la sérénité de l’endroit, isolé de la ville et de son environnement sonore.

Nous avons réveillonné 3 assez tôt, ce soir-là, anticipant la journée d’hier. Puis nous sommes allés nous coucher. Malheureusement pour les parents, dont la chambre donnait sur la rue, il y avait en ville des festivités célébrant la nouvelle année dans une cacophonie de musiques diffusées au plus haut volume possible, jusque six heures du matin…

A Park in Tezpur

Hier matin, donc, nous partons tôt pour le parc national de Nameri, où nous comptions faire une promenade à dos d’éléphant, comme l’annonçait le guide apporté par les parents dans leur bagage. Personne ne nous détrompera ouvertement une fois arrivés, mais la visite se fit à pied, en compagnie d’un militaire armé d’une carabine pour nous guider et assurer notre sécurité. Soit.

Notre guide nous mena jusqu’à une rivière, que nous traversâmes en pirogue, puis nous avons entamé la promenade en jungle —fort praticable, tout de même. En tout, nous aurons vu un jeune éléphant sauvage (sans trop nous attarder, afin qu’il ne nous charge pas) puis, au bord d’une petite mare, un canard à aile blanche d’une espèce assez rare. À un moment, après une longue attente sur le bord de cette mare, notre guide me touche le bras et chuchote : ‹ Tiger! Tiger! › Le temps que je pointe mon appareil photo et zoome dans la direction indiquée, l’animal était déjà parti. Je crois avoir entr’aperçu un mouvement, peut-être le bout de sa queue, mais je ne suis pas certain de ce que j’ai vu.

En repartant, nous voulions manger dans le village voisin, comme nous l’avait conseillé notre guide, mais notre chauffeur semblait pressé et rentra en vitesse à Tezpur malgré nos protestations. Nous nous rabattîmes donc sur le restaurant de l’hôtel et un jardin public pour passer l’après-midi. On aura connu pire, comme jour de l’an…

Hidden

Nous sommes partis ce matin pour Guwahati et son aéroport, où nous avons pris un vol pour Delhi, dernière étape de notre voyage…


Images : L’Arrivée en Assam, A Park in Tezpur et Hidden, par ma pomme.


  1. Littéralement la ‹ ville du sang ›, il s’agirait de la capitale des Asuras dans la mythologie hindoue. 

  2. Avec le Brahmapoutre, le Gange et la rivière Yamuna sont les trois fleuves sacrés de l’Inde, autrement plus importants dans la culture hindoue que l’Indus, qui a pourtant donné son nom au pays depuis les invasions hellènes d’Alexandre le Grand… 

  3. Pour l’anecdote, mon père a réussi à dénicher une bière dans un restaurant familial —qui ne vendent normalement pas d’alcool. 

Publié le 02.01.2016. Lien permanent. Retourner en haut.

Darjeeling

Après quelques péripéties entre deux avions et un vol sans histoire, nous atterrîmes à Bagdogra, petite ville du nord du Bengale à moins de quinze kilomètres du Bangladesh comme du Népal. À l’aéroport, nous prendrons un SUV pour l’étape suivante de notre voyage : Darjeeling.

Trois heures de route plus tard, nous voilà arrivés. J’ai du mal à croire qu’on y est… après les vacances au Ladakh annulées au printemps dernier, après les vacances au Népal annulées à l’automne dernier, je vois enfin l’Himalaya ! Je suis sur un petit nuage…

Cependant, quel froid ! Il fait près de zéro degré, et il n’y a nulle part de chauffage central. Ni d’ascenseur, ce qui est pénible pour les parents. Tant pis, il faut faire avec.

Petit détail amusant : il y a non loin de notre hôtel un carillon britannique qui sonne toutes les heures la même mélodie que le beffroi de… Rosendael 1 ! Souvenirs et télescopages…

Le Beffroi

Les jours qui suivirent furent proprement incroyables pour moi.

Dimanche, nous avons commencé par une promenade à flanc de montagne. Darjeeling a beau n’être que dans les contreforts de l’Himalaya —à environ deux mille mètres d’altitude—, la vue reste à couper le souffle. De l’autre côté de la vallée, nous pouvons voir quelques sommets enneigés, dont le Kangchendzonga, plus haut d’Inde et troisième du monde, qui culmine à 8 586 mètres.

De ce côté-ci de la vallée, on observe des plantations de thé —les fameux jardins des thés de Darjeeling—, et un ensemble hétéroclite de bâtiments, entre architectures indienne, chinoise, tibétaine, mais aussi britannique ou alpine… Le tout résultant en un ensemble curieux, intrigant, inspirant, revigorant.

The House of Flags

Avant-hier, nous nous sommes rendus dans un petit hameau, un peu plus loin. Le lieu, entouré d’un paysage ma-gni-fique, abrite un temple bouddhiste tibétain, objet de notre visite. J’essaie de repérer sur les fresques des divinités que je connais (le bouddhisme tire ses racines de l’hindouisme), mais sans grand succès.

En rentrant, nous en profitâmes pour observer les jardins des thés, puis nous nous rendîmes au zoo, qui abrite des espèces typiquement himalayennes. J’ai essayé de trouver un panda roux (que je considère comme l’un des plus chouettes animaux au monde), mais l’animal est timide, et je n’ai pu que l’apercevoir. Tant pis.

Nous avons continué par la visite d’un jardin botanique —mais nous disposions malheureusement de trop peu de temps avant la fermeture—, avant de nous perdre délicieusement dans les étroits passages et escaliers qui servent de rues. En rentrant, nous fîmes la découverte d’un minuscule troquet où nous nous sommes régalés de momos, sorte de ravioles tibétaines très appréciée en Inde.

Pray'n Roll

Hier, nous avons commencé la journée par la visite de trois temples. Si les deux premiers, des temples bouddhistes tibétains, étaient semblables à celui de la veille, le troisième était pour le moins surprenant. Imagineriez-vous trouver, perdu dans l’Himalaya, un temple zen japonais ? Moi non plus. Il était néanmoins là, avec sa pagode blanche construite sur le modèle d’un stupa, son cerisier en fleur, et ses calligraphies nipponnes accrochées sur les murs…

Ensuite, nous nous sommes rendus au sommet de Tiger Hill, le plus haut sommet du massif de Darjeeling, qui culmine à 2400 mètres. De là, nous avons pu profiter d’un splendide panorama entre sommets enneigés et vallées bleuies par la brume, dans un ensemble digne d’une estampe chinoise ou d’un lavis nippon. Et, cerise sur le gâteau, nous avons pu voir, minuscule triangle blanc dans le lointain, un sommet tout particulier : le Toit du Monde. L’Everest. Quelle émotion ! On se sent tout petit, quand on réalise que ce petit cône à l’horizon reste visible à plus de cent cinquante kilomètres…

Himalaya #8

C’est donc empli d’images, de sons et d’émotions, que nous mîmes fin à notre séjour himalayen. En descendant vers Bagdogra, le chauffeur choisira un itinéraire secondaire, cahoteux, mais offrant de superbes paysages et nous permettant un arrêt au milieu d’une plantation de thé. Que demander de plus ?

Tea Gardens #3

Images : Le Beffroi, The House of Flags, Pray’n Roll, Himalaya #8 et Tea Gardens #3, par ma pomme.


  1. Il s’agit d’un quartier de Dunkerque, où j’ai passé une partie de ma scolarité. 

Publié le 30.12.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Lucknow

Dès l’été 2014, c’est-à-dire à peine avais-je appris ma réussite au concours d’entrée de mon école et mon proche départ pour l’Inde, j’invitai ma famille à me rendre visite à l’occasion. Après tout, je partais pour au moins deux ans —j’ignorais alors que je devrais refaire mon visa en France.

À force de persévérance, j’ai finalement convaincu mes parents de venir passer Noël ici… Vous imaginez ma joie. Dès la décision prise, je m’efforçai prestement de préparer le voyage, de réserver les avions, etc. Un peu trop prestement, en fait, mais ceci est une autre histoire.

Tout commence lundi dernier, donc, dans un avion qui me mène à Delhi. J’ai rarement aussi bien calculé les temps d’attentes : l’avion décollant à dix heures et quart, je suis parti à huit heures et demie ; le temps d’arriver à l’aéroport, de faire la queue pour le guichet et de faire la queue pour la sécurité, je suis arrivé pile à temps pour faire la queue pour l’embarquement.

Bref. Ce fut un plaisir de retrouver Delhi, ses longues avenues aux trottoirs surélevés bordés de jaune et noir, l’hôtel où j’avais séjourné en juin dernier… Je n’y reste qu’une nuit, et vais dès le lendemain vers l’aéroport. C’est là que j’ai retrouvé mes parents, avant de nous diriger tranquillement vers notre vol suivant, à destination de Lucknow.

A Mosq

Nous arrivons donc tous trois à la cité des nababs, où nous cherchons un hôtel. En chemin, les parents découvrent les routes indiennes et la vivacité qui y est de rigueur. Ils commentent en observant, et je m’amuse de constater qu’ils produisent les mêmes remarques que moi lors de mon arrivée sur le sous-continent…

Le temps de s’installer, il est l’heure du dîner et mon père nous déballe un foie gras fait maison. Quel régal ! Après une promenade digestive, nous terminerons le repas et la journée avec trois parts du gâteau au chocolat que ma mère prépare souvent lors des grandes occasions.

Lucknow #2

Le lendemain matin, nous entamons la journée par la visite d’une sorte de petit palais d’inspiration moghole, la Bara Imambara, où des salles dominées par le vert pâle et le blanc sont magnifiées par des plafonds ouvragés. Nous compléterons la journée avec une promenade, un peu de repos dans un parc, puis quelques courses dans une rue commerçante. Ce sera aussi l’occasion pour les parents de découvrir le goût immodéré des Indiens pour la photographie en compagnie de ces bêtes sauvages que sont les Occidentaux. Ils ne sont pas encore lassés et se laissent faire avec bienveillance. Pour ma part, je n’ose râler avec trop d’insistance : je me mets au portrait depuis peu…

Le lendemain suivra le même modèle, entre visite de mosquées, parcs, achats de souvenirs —nous sommes tombés sur une exposition de tissus où les parents achetèrent de nombreuses étoles— et ainsi de suite. En fin d’après-midi, on a visité un monument absolument ridicule dans son excès de grandeur, une sorte de Lincoln Memorial, mais pour le premier Premier ministre de l’Uttar Pradesh —l’état d’Inde où nous nous trouvons.

Esplanade

Hier, pour Noël, nous sommes allés au zoo, où nous sommes restés quelques heures, puis nous avons visité un ancien palais, maintenant un centre de recherche pharmaceutique. Sur le bord du parc, on pouvait voir quelques singes en cage, qu’un garde nous a interdit de photographier : le gouvernement fait des essais sur animaux, et ne veut pas que ça se sache. Meilleur moyen de garder un secret d’état : le dévoiler au premier inconnu croisé…

Nous sommes ensuite allés visiter The Residency, les ruines de la colonie britannique, entourée d’un parc où nous y profitâmes des dernières heures du jour. C’est devenu un lieu de détente pour les Indiens —riches, car l’accès est payant.

Pour le repas de Noël, nous sommes allés manger dans un palace, non loin de notre hôtel. Ce n’est pas le meilleur restaurant que j’aie rencontré en Inde, mais le poisson que j’ai pris était bon. Ma mère a eu moins de chance avec son mouton…

Nous nous sommes couchés tôt, en revanche : ce matin, nous nous sommes levés tôt pour prendre l’avion. Cependant, nous aurions pu prendre notre temps, car notre premier avion du jour était en retard. Le vol suivant, lui, était avancé, et nous avions peur de le manquer de peu, mais un agent au sol nous a guidés par des chemins de traverse jusqu’à l’avion suivant, qui nous attendait.


Images : A Mosq, Lucnow #2 et Esplanade, par ma pomme.

Publié le 26.12.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Intermède français

Trésor caché

Définitivement, ces dix jours passés en France sont à placer sous le signe de la nostalgie… Dès mon arrivée, les souvenirs ont assailli mes sens, souvent de manière inattendue.

On imagine volontiers que partir oblige la métamorphose, au contact de l’autre, de tout ce qu’on n’est pas. Et c’est vrai : partir implique d’apprendre, de changer, de grandir. De vivre, en somme. Tout voyage est intérieur.

Ce qu’on n’imagine pas, c’est que, rentrer, c’est se réinventer. Après un an au contact quotidien de l’autre, impossible de rentrer indemne : le retour à la source renforce et souligne ces différences que nous avons appris à considérer comme la norme. Dès lors, l’invisible devient évident, et ce qui devait être un havre de banalité nous régale de questionnements, nous inonde de surprises.

Quel délice, par exemple, de découvrir que l’Europe a un parfum ! Discret, tamisé, familier, mais indéniable. J’ai rencontré ce fond odorant à l’aéroport d’Amsterdam en venant d’Afrique, à Paris, à Dunkerque, à Lille, et mes voyages en Inde et en Afrique me susurrent à l’oreille qu’un tel primat aromatique dispose d’une certaine étendue.

C’est donc avec une joie tout enfantine que je me suis laissé aller à cette redécouverte sensorielle, explorant le familier avec avidité. Il faut dire, en rentrant après un an, pour dix jours seulement, que je ne prenais pas le risque de me réhabituer tout en profitant des nombreuses madeleines se présentant à moi.

Parmi ces plaisirs, j’ai donc retrouvé, en vrac, les bons petits plats (dans les grands) de mes parents, mon lit d’enfant (avec une couette ! j’avais totalement perdu l’habitude…), les températures françaises et le port d’un pull, les plantes du jardin, les boutiques du village où j’ai grandi, les rues piétonnes de Lille, la conduite automobile, les crèmes glacées avec des goûts un peu plus variés que fraise ou vanille… et j’en passe tellement ! Ces dix jours, par delà la demande de visa et des retrouvailles avec… tous ceux que j’ai pu voir, ce fut une expérience sensorielle de tous les instants : incroyablement stimulante, mais parfois éprouvante, aussi.

Mais toute bonne chose a une fin, et cet intermède ne fait pas exception à la règle. Une fois le visa empoché, le billet d’avion pour Pune acheté, ne restaient plus que quelques jours bien tassés, dont j’ai profité du mieux que j’ai pu, et le retour se profile à l’horizon… Un trajet en train en regardant le paysage défiler, un vol de nuit, et voilà Mumbai. Le temps de passer la douane, de récupérer mon bagage, de lui faire passer la douane, de le déposer au comptoir pour Pune, de me rendre à l’aéroport domestique, de passer une nouvelle fois la sécurité… je n’ai pas beaucoup eu le temps de patienter. Le vol suivant fut très court, et, après avoir récupéré mon bagage et un rapide passage au bureau de change, je me suis retrouvé à Pune.

Elle m’avait manqué, cette ville ! Les odeurs, le bruit, les couleurs… Les célébrations pour remercier Ganesh de la mousson passée ont commencé, et je pus voir depuis le rickshaw quelques autels de fortune et autres processions joyeuses. Puis nous y voici : retour au campus, retrouvailles, reprise du travail… On est reparti pour un an.


Image : Trésor caché, par ma pomme.

Publié le 23.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

La Quête du visa perdu – Le Retour II

Après les événements de l’épisode précédent, j’ai pris un avion pour Paris. Dès mon arrivée, je me suis rendu au centre de demande de visa de l’ambassade indienne, où je me suis présenté quelques secondes avant la fermeture. Voyant mes bagages, le réceptionniste a compris ma situation et m’a gentiment laissé entrer.

J’ai donc présenté les papiers que j’avais préparés au Ghana, et, malheureusement, certains documents, rédigés en anglais, ne correspondaient pas aux modèles attendus à Paris… Soit. Il ne me restait alors plus qu’à aller chez mes parents, dans le Nord, et compléter mon dossier pendant le week-end, avant de retenter ma chance le lundi suivant.

Ce que je fis, avec succès. Comme la procédure en urgence n’existait plus, la réponse n’est arrivée que cet après-midi. Joie, elle est positive ! Je pourrai donc terminer mes études à Pune. Non pas que je me sois inquiété outre mesure une fois en France (au pire, ça aurait mis du temps), mais c’est quand même appréciable d’avoir la confirmation.

Je prendrai l’avion mardi, pour arriver mercredi matin, et recommencer les cours l’après-midi même… Ça fait deux jours et demi de retard, mais je m’en arrangerai. Ce qui m’ennuie davantage, c’est que cette histoire a un coût : celui de l’annulation de mon premier vol, et l’achat forcé de billets de dernière minute. Dans mon cas, plus de deux mille euros…

Merci l’Administration !

Publié le 18.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Retour en France

Rouge

Lorsque je suis parti, en août 2014, je n’imaginais pas passer en France avant l’obtention de mon diplôme, que j’attends pour début 2017. Pourtant, comme vous le savez maintenant, les Moires en ont décidé autrement, et je rentre donc après un an.

Un an ! L’excitation était telle que je n’ai pas dormi de la nuit avant d’atterrir en Europe —d’abord en Amsterdam, puis à Paris après un saut de puce. Après un passage éclair au centre de demande de visa, j’ai retrouvé mon ami Gaël pour l’après-midi, puis mon frère est venu me chercher, direction le Nord et le domicile familial…

Les mots me manquent pour vous conter le sentiment d’étrangeté qui m’habita lorsque je passai le seuil de la maison… Cela faisait une éternité ! Je les ai serrés dans mes bras, puis nous avons longtemps discuté en savourant le festin que mon père nous a préparé. Un ré-gal —surtout après le fiasco culinaire que représente le Ghana.

Rentrer m’a fait mesurer combien ma famille me manquait, mais aussi d’innombrables madeleines : les chaises de la cuisine, l’odeur des plantes de ma mère, ce papier peint que, adolescent, j’avais pourtant commencé par détester… C’est quelque chose, que de revenir après un an.

Petite anecdote amusante : au moment de me brosser les dents, j’ai cherché la bouteille des yeux… Ah oui, c’est vrai. Je suis de retour.


Image : Rouge, par ma pomme.

Publié le 11.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

La Quête du visa perdu - Le Retour

Après deux mois au Ghana, je finis bientôt mon stage. Mon programme était simple. Le 18 septembre, mon stage se termine. Le lendemain, je prends un avion pour l’Inde. Deux jours plus tard, je retourne en classe. Oui, était. J’ai encore eu des difficultés avec mon visa.

Mais laissez-moi vous conter cette nouvelle mésaventure. Fin août, j’ai commencé à réunir tous les documents nécessaires, et je me suis rendu mercredi dernier à l’ambassade. Sur le coup, j’ai tous les documents demandés sur leur site et je commence à avoir l’habitude des demandes de visas ; je prévois un ou deux petits problèmes, mais je me dis que ça devrait aller, dans l’ensemble.

Là, on me dit que je ne peux pas demander de visa étudiant, car je n’ai pas de permis de résidence. Allons bon… C’est bien la première fois qu’on me dit que je suis censé en avoir un —même la douane ne m’avait pas informé de cette démarche en arrivant, et je ne pensais pas en avoir besoin pour une période si courte.

Qu’à cela ne tienne, je demande des renseignements, et on me donne une adresse à laquelle écrire. J’envoie le courriel dès mon retour au bureau, cherche des informations en ligne… Je n’ai toujours pas reçu de réponse et ne trouve que des renseignements curieux, puisque les permis de résidences ne semblent que pour de longues durées.

Cependant, je ne m’inquiète toujours pas outre mesure. Je me dis que j’aurai mon visa un peu tard, mais sans plus. Les institutions officielles ne mettent pas toujours tout en ligne, ici. Je retourne donc, vendredi matin, à l’ambassade.

Là, on m’explique que, pour pouvoir demander un visa étudiant, il faut un permis de résidence d’au moins deux ans. Je n’ai un visa que pour trois mois ! On me donne la localisation des services d’immigration ghanéens, mais je ne vois pas pourquoi ils me donneraient ledit permis avec mon visa… Enfin, j’y vais quand même. On ne sait jamais… On me dit que non, pas de permis de résidence, et certainement pas aussi long.

Je retourne à l’ambassade, et la réponse est cette fois sans détour : ‹ Retournez en France et faites votre demande là-bas. › Sur quoi, la personne me jette mon dossier à la figure ! Je n’ai jamais vu ça, et les personnes qui ont assisté à la scène semblaient aussi choquées que moi.

En sortant, j’informe mes parents par téléphone, qui me suggèrent de demander à l’ambassade de France d’intercéder, et m’éviter les mille euros (minimum) de billets d’avion. Je n’ai pas beaucoup espoir que ça fonctionne, mais ça reste une bonne idée. Je cherche la localisation en ligne, et découvre que le service consulaire est fermé le vendredi. Soit, j’envoie un courriel, prévoyant de me rendre à l’ambassade ce matin.

Ce que je fis. Sans succès. La dame qui m’a reçu à l’ambassade m’a expliqué qu’elle avait eu le même problème, avec un visa diplomatique, et qu’elle avait dû rentrer en France faire sa demande. Soit. Je paierai donc l’avion.

Joie intersidérale…

Publié le 07.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Tamale et Mole

Vendredi dernier, j’ai pris un bus de nuit en direction de Tamale —prononcez ‹ Tamalé ›—, une grosse bourgade du nord du pays. Après un long —une grosse dizaine d’heures— et inconfortable trajet, je suis arrivé vers quatre heures du matin. Là, Mary, une amie de mon logeur, m’a accueilli. Elle m’a emmené dans un hôtel afin que je me repose quelques heures, puis est revenue me chercher un peu après neuf heures. Petit détail amusant, un Nouveau Testament m’attendait sur le lit quand je suis arrivé. C’est bien la première fois que ça m’arrive…

Tamale est une bourgade d’environ un million d’habitants, mais les Ghanéens ont un côté marseillais, et ils qualifient Tamale de mégapole. C’est mignon 1… En revanche, ce n’est pas très touristique. Comme lieux caractéristiques de la ville, Mary m’a montré un stade, une université, et un hôpital.

N’empêche, j’ai bien aimé. Accra est tellement acculturée que le nord du pays offre un contraste appréciable. J’ai enfin pu voir une architecture locale : des ensembles de cases circulaires, elles-mêmes placées en cercle et reliées par un petit mur. Sympa comme tout. Avec des dérivés : le torchis remplacé par du béton, des formes plus carrées, des toits en métal au lieu du chaume… Le tout réuni en quantité de minuscules villages entourant la ville, devant regrouper pas plus de cinq ou six familles chacun.

Par ailleurs, on voit un peu plus d’animaux sur les routes, des vaches qui t’ignorent, comme en Inde, des chèvres (en veux-tu ? en voilà !), mais aussi des termitières sur le bord de la route, etc. Le paysage aussi est différent. Quelque part entre une forêt et une savane : beaucoup d’arbustes, quelques arbres, et beaucoup d’herbes hautes. J’ai trouvé ça joli comme tout.

J’ai passé l’après-midi dans le bus, pour aller au parc national de Mole —prononcez ‹ Molé ›—, mais, juste avant, je me suis arrêté dans un village musulman du nom de Larabanga, abritant la plus ancienne mosquée du pays, construite au début du quinzième siècle, suivant l’architecture soudanaise.

Larabanga #1

Une fois arrivé au parc, j’ai pris une chambre pour deux nuits. En allant dîner, j’ai rencontré un Chinois et un Indien travaillant dans la construction de la route que mon bus avait justement empruntée cet après-midi —ils viennent de la finir et rentrent bientôt au pays, après trois ans ici.

Dimanche matin, je me suis levé très tôt. Lavage rapide au seau d’eau —il n’y avait pas d’eau courante—, puis départ pour un safari. Ce dernier fut en compagnie d’un Autrichien et d’un couple d’Espagnols, sur le toit d’une jeep, avec un guide armé, au cas où. Entre les arbres, à demi cachés par les hautes herbes, nous avons vu des antilopes, des babouins, des gibbons, quelques phacochères et pintades sauvages, mais, malheureusement, pas d’éléphants. Le chauffeur s’est embourbé vers la fin, et on a poursuivi un peu à pied, avant qu’une autre jeep ne vienne dépanner la première et que l’on rentre.

En rentrant, on a rejoint quelques Britanniques —un vrai petit club de blancs— pour le petit-déjeuner, après quoi je suis retourné me coucher pour une sieste bien nécessaire. À midi, j’ai mangé un curry de pintade. Autre différence du nord du pays, ils ont développé un goût pour la cuisine. Ensuite, ça reste un hôtel pour touristes. Ils ont l’habitude des étrangers.

L’après-midi fut sans histoire, et j’ai fini la journée sur une salade composée, avant d’aller me coucher tôt. En effet, le lundi matin commença de façon très similaire au dimanche, au détail près que ce sont deux Allemandes et une Suisse qui m’accompagnent pour le safari. Encore divers animaux, jusqu’à ce que… éléphants en vue ! Nous sommes descendus de la jeep pour approcher à pied, jusqu’à une quinzaine de mètres. Je ne sais trop décrire le sentiment qui m’a habité à ce moment-là. Pas de la joie. Davantage la conscience d’être privilégié. Un petit moment de magie.

Let's go back

En retournant à la jeep, on a aperçu un autre groupe d’éléphants, qui se dirigeaient tout doucement vers un point d’eau. On les a devancés et fait le tour de la petite mare avant qu’ils n’arrivent pour prendre leur bain. Quand ils sont repartis, nous sommes rentrés à l’hôtel, tous très contents de la matinée.

J’ai pris le petit déjeuner avec les Anglais d’hier, puis Mary m’a rejoint un peu après dix heures. J’ai récupéré mes affaires, rendu la clé, et roule ma poule, retour à Tamale en taxi —plus coûteux, mais plus rapide que le bus. Sur la route, le chauffeur écoutait une musique traditionnelle dont certains accents laissent deviner un lointain lien de parenté avec le jazz. Vraiment chouette.

Arrivés à Tamale, nous sommes allés chercher mon ticket de bus, mais il ne partait qu’en fin d’après-midi. Du coup, nous avons déambulé dans les rues, avant de nous attabler dans un petit restaurant pour un déjeuner tardif. Un peu après quatre heures, nous sommes retournés à la gare routière, et j’ai dit au revoir à Mary.

Le bus est parti aux environs de six heures, pour arriver à Accra un peu avant cinq heures, ce matin. Le réveil a sonné deux heures plus tard, et je termine ce billet au bureau 2.


Images : Larabanga #1 et Let’s go back, par ma pomme.


  1. Pour information, le seuil fixé par l’ONU pour parler de mégapole est de dix millions d’habitants. Même l’aire urbaine de Paris ne peut y prétendre. 

  2. Pas bien, je sais. Mais mon patron, très gentil, a de toute façon décidé de me ménager aujourd’hui. 

Publié le 01.09.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Kumasi

D’habitude, je traîne jusque tard au bureau, pour profiter de la connexion, mauvaise, mais au moins existante, à Internet. Mais vendredi soir, je suis parti tôt. J’ai demandé à mon patron de prendre soin de mon ordinateur pour ne pas avoir à l’emporter en voyage, puis je suis parti, n’emportant dans mon sac que le strict minimum, préparé le matin même. J’aime voyager léger.

J’ai pris un bus pour Kumasi, bourgade d’un million et demi d’âmes, ancienne capitale de l’empire Ashanti, à cinq heures de route d’Accra. Le bus est très confortable, avec des sièges larges en cuir, mais la climatisation est réglée sur une température que je juge glaciale et, contrairement aux bus indiens, on ne nous fournit pas de couverture. Arrivé à destination, je suis accueilli par Woedem, un ami de mon patron, qui sera mon hôte pour le week-end.

Woedem est architecte et habite une villa où des serviteurs s’occupent de lui et de sa famille. La grande classe. Par contre, il n’a pas d’adresse. Il n’y a pas de nom de rues, dans son coin. Pas grave, il me note les instructions à suivre pour retrouver mon chemin en tro-tro ou taxi, selon mon envie. Woedem est aussi très gentil et curieux de mes voyages. Je dors dans une chambre aménagée pour moi. Du couchsurfing plutôt haut de gamme, en somme.

Le lendemain, c’est à dire hier, j’ai commencé la journée avec une douche chaude. Ça a l’air anodin, mais c’est le grand luxe, dans un pays où on n’a pas toujours l’eau courante. Bref.

Vers dix heures, Woedem m’a déposé en centre-ville. J’ai visité quelques musées sans grand intérêt sinon celui d’apprendre quelques éléments de culture ashanti. Ensuite, je me suis perdu en ville, ai parcouru de long en large un marché très animé (ça change du calme habituel du pays), puis ai pris un tro-tro qui devait m’amener au lac Bosumtwe, à une quarantaine de minutes de la ville. En fait, le tro-tro m’a conduit jusqu’à une station de taxis non loin du lac.

Je n’étais pas content sur le coup, mais un chauffeur de taxi m’a proposé de m’attendre quand je serai au lac puis de me reconduire en ville ensuite, pour un prix honnête. Comme il commençait à se faire tard, ce n’était pas plus mal.

Je suis donc resté une petite heure sur les rives du lac, à profiter du calme, des enfants qui voulaient jouer avec l’obruni et du temps qui passe. Quand le soleil s’est couché sur les collines environnantes —discrètement, comme s’il s’excusait d’être passé—, j’ai retrouvé mon taxi, qui m’a conduit chez Woedem grâce aux indications que ce dernier m’avait fournies.

Lake Bosumtwe #2

Ce matin, je me suis levé tard. Comme tout le monde va à la messe, il n’y a jamais rien d’ouvert, le dimanche matin. C’est pire qu’en France, pour tout vous dire. En même temps, je n’ai jamais vu un pays aussi religieux. Bref. Vers midi, j’ai dit au revoir à Woedem et sa famille, et j’ai pris un taxi pour le sanctuaire de la vie sauvage d’Owabi.

Le problème, c’est que mon chauffeur ne savait pas où c’était. Il a demandé son chemin de nombreuses fois, à des gens qui n’en savaient pas plus, au point qu’on s’est demandé si ce lieu existait ou était une mauvaise blague faite aux voyageurs se renseignant en ligne. À force de persévérer, cependant, on a quand même trouvé l’endroit, une bien belle forêt, très paisible, peuplée de magnifiques papillons grands comme une main ouverte, des oiseaux que j’ai davantage entendus que vu, et une grande population de singes d’après le guide local (obligatoire, dans cette jungle aux sentiers non balisés), mais je n’en ai qu’entre-aperçu deux, et de très loin. Pas de chance.

Le chauffeur, qui m’avait attendu, m’a ramené à la gare routière, où j’ai pris le bus pour Accra. Il fait nuit, et j’écris ces lignes sur mon portable. La climatisation est encore allumée. J’ai froid.


Image : Lake Bosumtwe #2, par ma pomme.

Publié le 09.08.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Cape Coast

C’est en fin de matinée, hier, que je suis monté dans le bus. Je m’attendais à un trajet tranquille le long de la côte, mais notre chauffeur a pris une route un peu plus à l’intérieur des terres. Quant à la tranquillité, un pasteur a fait son prêche pendant les deux heures du trajet. Joie. Peu importe, nous sommes quand même arrivés à bon port, où j’ai retrouvé le guide que le propriétaire de mon logement avait contacté pour moi.

Sans plus tarder, nous avons laissé la bourgade de Cape Coast derrière nous, direction le nord et le parc national de Cape Coast, où j’ai pu faire une randonnée dans la canopée de la forêt primaire. Expérience grisante, que de marcher sur un pont rudimentaire à plus de quarante mètres du sol.

Kakum #6

Malheureusement, la plupart des visiteurs étaient là avant tout pour les sensations et faisaient beaucoup de bruit, si bien que nous n’avons pas vu d’animaux. Dommage. Mais pour compenser cela, mon guide m’a emmené dans un proche dispensaire tenu par un Néerlandais aussi excentrique que gentil. Là, notre homme et son unique employé prennent soin depuis douze ans de nombre de petits ou grands animaux, allant du scorpion au crocodile, en passant par divers singes, quelques civettes, une antilope et une chouette. Quelques singes se sont laissés caressés du bout des doigts et l’antilope semblait m’apprécier tout particulièrement. D’après notre néerlandais, c’était la première fois qu’elle se laissait caresser autant. Bien entendu, je n’ai pas pris de risque avec les autres animaux, même si j’ai pu m’approcher assez près de l’une des civettes.

Civette africaine

Quand nous sommes partis, il commençait à faire tard, aussi nous sommes retournés à Cape Coast pour la nuit. La ghesthouse que mon guide m’a trouvée est miteuse, mais bon marché. Nul besoin d’être exigeant pour une nuit. Je n’y suis pas resté toute la soirée, préférant déambuler dans les rues, me perdant, évitant tant que possible les commerçants voulant rouvrir boutique dès qu’ils me voient, buvant des sodas avec des inconnus, refusant sa drogue à un dealer ne voyant pas d’autre raison pour qu’un obruni —un blanc— se promène dans les quartiers pauvres… puis rentrant me coucher quand mes pieds n’en pouvaient plus, vers la mi-nuit.

Le lendemain matin, mon guide m’a emmené un peu plus à l’ouest, dans un petit village de pêcheurs. Le village en question, nommé Elmina, abrite le plus grand château européen d’Afrique de l’Ouest. Le second plus grand est à Cape Coast, et nous l’avons visité juste après. Ces deux châteaux furent les deux plus gros fournisseurs d’esclaves lors de la traite transatlantique. On estime que plus de quarante pour cent des esclaves africains partis pour le Nouveau Monde sont passés par là.

Mais ça, ce sont des statistiques. Je pensais connaître la traite parce qu’on l’avait étudiée en cours d’Histoire au secondaire, mais c’est vraiment autre chose que de se trouver dans les donjons, dans le noir complet, et d’entrevoir à la lueur des portables une marque à la craie à environ cinquante centimètres du sol, indiquant jusqu’où s’entassaient les matières fécales, le vomi et l’urine. Mais le pire, ce n’est même pas les conditions inhumaines dans lesquelles ces pauvres hommes et femmes ont été brisés, torturés, assassinés pour ceux qui résistaient ou violées pour les femmes.

Non. Le pire, c’est l’hypocrisie assumée jusque dans les plans des châteaux, avec leurs églises placées juste au-dessus des donjons où des centaines de malheureux étaient entassés dans lesdites conditions. Après avoir vu ces endroits, je comprends la fixation que les Ghanéens font sur leur passé esclavagiste. Car ils ne sont pas dupes. Les Européens, tout monstrueux qu’ils étaient, achetaient leurs esclaves aux chefs locaux. Qui savaient le sort qui attendait leurs victimes.

Ça m’a déprimé, tiens. Alors après ça, mon guide, qui sait comment se sentent les gens après de telles visites, m’a emmené dans un restaurant pour touristes. J’ai tiqué sur les prix, mais j’y suis allé quand même, et ai mangé mon premier bon repas depuis que je suis au Ghana. C’est horrible à dire, mais ça allait mieux, après manger…

Je suis rentré à Accra en tro-tro, une sorte de minibus inconfortable au possible où s’entassent ceux qui ne peuvent payer le bus. Il fallait bien tenter l’expérience au moins une fois, non ? Évidemment, les autres passagers se demandaient se qu’un obruni pouvait bien faire dans leur équipée, et me lançaient des coups d’œil étonnés. Sont fous, ces Romains…


Images : Kakum #6 et Civette africaine, par ma pomme.

Publié le 19.07.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Vivre à Accra

Quand on arrive au Ghana avec nos clichés d’Européen, même —et surtout— après presque un an en Inde, la vie nous réserve bien des surprises.

La première, qui m’a frappé dès mon arrivée : l’état des routes et la conduite. Venant d’Inde, j’imaginais retrouver en Afrique le chaos ambiant et des routes en mauvais état auxquelles j’étais désormais habitué. En fait, les gens respectent le Code de la route et la voirie semble en excellent état. On se croirait presque en Europe ! Bon, après quelques jours, on se rend compte que certaines rues ont plus de nids de poules que de bitume, mais le fait est que les rues un tant soit peu fréquentées sont entretenues avec régularité.

Un autre constat venu très rapidement est l’occidentalisation et l’acculturation de la société. C’est très visible dans leur architecture… Je n’ai vu que deux ou trois bâtiments avec une forme que je ne connaissais pas auparavant, mais la quasi-totalité du parc immobilier n’aurait pas paru déplacée dans une banlieue pavillonnaire américaine. Exception faite, bien entendu, des bidonvilles, faits comme partout de bric-à-brac plus ou moins protecteurs du vent et de la pluie. De même, la musique écoutée partout est le rap américain, et il faut chercher longtemps pour trouver un habit faisant ‹ couleur locale ›.

Seule la nourriture semble échapper à ce désastre, mais uniquement parce que les Ghanéens ne prêtent pas attention à ce qu’ils mangent. Un plat est censé être sain et nutritif, mais le goût n’a aucune espèce d’importance et manger n’est vu que comme une nécessité. Quelque chose me dit que les substituts comme Soylent™ et ses concurrents auront un grand succès quand ils débarqueront ici. En attendant, ils ne mangent qu’un plat par repas, toujours très cuit et pimenté, pas toujours varié.

Une autre surprise mettant à mal nos clichés —et c’est là bien ennuyeux— se trouve être le coût de la vie. Il semblerait qu’une importante inflation a eu lieu les derniers mois, invalidant tous les renseignements glanés en ligne. Et comme le cours du cedi —la monnaie locale— n’a pas été dévalué, les prix sont comparables aux prix européens, voire supérieurs, dans certains cas, pour une qualité souvent nettement moindre.

Un autre gros changement, par rapport à l’Inde, c’est l’importance exagérée donnée à la politesse. Si en Inde on ne salue pas toujours, ici il peut arriver que quelqu’un qui ne souhaite pas vous parler vous salue et vous demande comment vous allez, simplement pour éviter d’être impoli. L’inconvénient, c’est qu’il est donc difficile de savoir si votre interlocuteur nous prête un quelconque intérêt ou s’il s’agit d’une pure politesse, qu’il préférerait écourter, si seulement vous vouliez bien comprendre.

En revanche, les gens n’attachent aucune importance à être à l’heure, et peuvent facilement avoir un retard d’une demi-heure à une heure sans penser avoir incommodé la personne qui les attendait. Dans mon entreprise, je suis le seul stagiaire à arriver à l’heure et mon patron ne semble pas s’en émouvoir. Ils ont même une expression pour décrire ce phénomène : ‹ GMT, Ghana Maybe Time ›.

Dans le même ordre d’idée, mon voisin de siège dans l’un des avions qui m’ont emmené au Ghana m’avait mis en garde contre la lenteur générale de l’activité en Afrique. Je n’avais pas pris l’avertissement très au sérieux, et pourtant… Il n’est pas rare qu’on me donne une semaine pour réaliser une tâche qui me demande quelques heures au plus.

Un dernier trait de caractère qui m’a frappé, c’est la paranoïa aiguë générale. Par exemple, la maison où j’habite est dans un quartier encerclé d’une enceinte fortifiée avec gardes et rondes, où chaque maison se cache derrière un mur rehaussé de piques et de fils barbelés, où chaque fenêtre a ses barreaux et où chaque porte est verrouillée à double tour. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de l’un de ces ghettos pour riches dont on entend parler si souvent, mais c’est un quartier de classe moyenne et cette paranoïa semble partagée par la majorité de la population. Pourtant, le pays reste sûr, mais les gens se referment sur eux-mêmes, sur leur communauté restreinte.

Voilà. Accra est très loin de ce que je m’imaginais, et j’aurais préféré mes préjugés se vérifier. Même la météo ne me semble pas franchement équatoriale. On dirait plus l’hiver de Pune, et mes collègues s’amusent de voir l’Européen que je suis avoir froid alors qu’ils pensent qu’il fait chaud. Cependant, il y a bien quelques clichés qui se sont vérifiés : on n’a pas toujours l’électricité ni l’eau courante —je peux prendre une douche environ un jour sur deux— et la connexion est catastrophique —je n’ai Internet qu’au bureau, et encore, pas tous les jours. Il fallait bien ça, sinon j’aurais pu croire être en Occident…

Publié le 09.07.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Mon Premier Jour en Afrique

My First View of Accra

Pour me rendre de Mumbai à Accra, j’avais au début deux avions, avec une escale de trente minutes à Addis Abeba. Bien entendu, les choses ne pouvaient pas se dérouler aussi simplement.

Mais revenons en arrière. Mon visa terminant avant-hier et mon avion décollant hier au petit matin, je me rends à l’aéroport de Mumbai bien avant le vol, projetant de passer la nuit en zone internationale. Hélas, l’embarquement ne commence qu’à deux heures du matin. Une hôtesse d’accueil appelle donc la douane pour moi, qui affirme qu’il ne devrait pas y avoir de problème. Tant mieux, je n’avais pas vraiment envie de payer une amende.

J’attends donc quelque peu, puis me rends dans la file d’attente qui commence à se former. Mes bagages sont enregistrés, j’obtiens ma carte d’embarquement, et je me dirige vers la zone internationale. Le douanier, joueur, essaie de deviner ma nationalité avant de jeter sa langue au chat et de regarder mon passeport. Il passe sans remarque sur la date de fin de visa, tamponne, et me rend mes papiers en me souhaitant bon voyage.

Là, je me dirige droit vers la porte d’embarquement, où je m’installe sur un siège et somnole quelque peu. Le temps passe, et il apparaît que mon vol est en retard. Très en retard. Quand l’avion arrive enfin, nous montons à bord, où je m’endors sur mon siège. Peu avant d’atterrir en Éthiopie, je constate que l’avion n’a que très peu rattrapé son retard, et que je risque de manquer mon second avion. J’en avertis une hôtesse, qui se veut rassurante : si mon second avion était censé partir moins d’une demi-heure avant notre atterrissage (c’est le cas), alors il devrait attendre. Le problème ? Quand nous arrivons, mon second vol vient de décoller.

L’hôtesse d’accueil qui me reçoit au guichet me propose deux options : soit je prends le même avion, mais le lendemain, soit je prends un autre itinéraire, plus compliqué, mais qui me fait arriver dans la soirée. Je choisis la seconde option. En conséquence, mon premier jour en Afrique m’a donné à voir, depuis hublots et fenêtres d’aéroports, Addis Abeba (Éthiopie), Kigali (Rwanda), et Lagos (Nigeria). J’ai même traversé deux fois l’équateur avant d’arriver à Accra.

Une fois dans le minuscule aéroport international d’Accra, j’ai pu récupérer mon bagage, arrivé par avion postal un peu plus tôt dans la journée, puis je suis sorti, pour attendre mon maître de stage, qui devait venir me chercher (j’avais heureusement pu le prévenir de mon retard).


Image : My First View of Accra, par ma pomme.

Publié le 28.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Mumbai

Lundi dernier, je suis arrivé à Mumbai, pour découvrir une ville très occidentalisée, qui m’a beaucoup fait penser à Londres. En fait, je me suis rendu compte plus tard que la ville jouait avec ça : tantôt on se sent bien en Inde, l’instant d’après on est en Angleterre, avant de revenir en Inde, et ainsi de suite. C’est un peu frustrant, comme sentiment. L’autre chose qui m’a frappé, dès le premier jour, c’est le coût de la vie, complètement européen. Sauf pour le bœuf, étonnamment bon marché. Bien entendu, j’en ai profité dès mon premier repas sur place.

Pendant les jours qui ont suivi, j’ai profité d’être sur place pour visiter la ville, en commençant par le Prince of Wales Museum, où j’ai pu voir un semblant de muséographie à l’occidentale. Ensuite, je suis sorti me promener dans les rues. Chose surprenante en Inde, je n’ai pas vu un seul rickshaw. Je me déplace donc en taxi quand la distance ne me permet pas de me servir de mes jambes, avec le prix que ça implique.

Mumbai #2

Lors de mes promenades, mes pas m’ont mené près de la Gate of India, un arc de triomphe construit pendant la colonisation et du Taj Hotel, un palace somptueux construit par la famille Tata parce qu’ils ne pouvaient pas résider dans les hôtels pour occidentaux. Une averse tombant à ce moment-là, je me suis réfugié à l’intérieur du bâtiment. Grand bien m’en prit, l’intérieur était magnifique. Constatant que l’accès aux jardins était plus grandiose que l’entrée principale, je me suis renseigné et ai découvert une légende… surprenante.

L’hôtel aurait été conçu par un architecte français, dont les plans n’auraient pas été compris par les ouvriers. Résultat, le palace a été construit à l’envers, avec l’entrée principale vers la piscine et la porte de derrière donnant sur la rue. On raconte que l’architecte, de désespoir, se serait suicidé. J’aime bien, pour ma part, la configuration à la fois intimiste et somptueuse qui se dégage du lieu.

Mumbai #6

Le lendemain, mes pas m’ont mené plus loin, en haut d’une colline où se trouvent les jardins suspendus. En eux-mêmes, ces jardins n’ont rien d’extraordinaire, mais ils proposent une sublime vue sur la ville. En revenant, par un autre chemin, je découvre une laverie, entre la gare et les des gratte-ciel.

Mumbai #7

En parlant de gratte-ciel, j’ai profité de l’occasion pour aller voir ce fameux Antilia, dont des amis m’ont parlé. Le lieu est joli à voir, c’est vrai, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi cet immeuble est le plus cher au monde. Je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant.

Pour finir, j’ai mangé mon dernier repas en Inde au Wasabi, réputé le meilleur restaurant japonais d’Inde. Le prix est indécent, mais la cuisine en vaut le coût. Un détail qui m’a particulièrement touché, c’est le wasabi frais, râpé sous mes yeux. Je n’avais jamais vu ça auparavant.

Je termine l’écriture de cet article dans le magnifique aéroport de Mumbai, devant la porte d’embarquement, où j’attends l’avion qui m’amènera en Afrique.

Mumbai International Airport


Images : Mumbai #2, #6, #7 et Mumbai International Airport, par ma pomme.

Publié le 27.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Bhopal

The City of Lakes #1

Petit billet, aujourd’hui. Bhopal, bien que capitale du Madhya Pradesh, l’un des états les plus riches et peuplés d’Inde, est relativement peu développée d’un point de vue touristique. D’un certain point de vue, ce n’est pas plus mal, car nous comptions nous reposer des derniers mois, particulièrement intenses dans nos écoles respectives —Dev suit des cours de transportation design dans l’une des autres écoles de mon campus.

Nous passons donc les jours tranquillement, entre grasses matinées, films (au cinéma ou chez Dev), longues ballades le long des nombreux lacs de la ville, et deux concerts organisés par l’Alliance Française à l’occasion de la Fête de la musique.

Hier, toutefois, nous sommes allés visiter le stupa de Sanshi, un temple bouddhiste datant du troisième siècle avant l’ère commune, qui est aussi la plus vieille construction en pierre d’Inde. Pour un bâtiment de cet âge, certains détails architecturaux sont impressionnants, et j’ai vraiment apprécié la visite.

Sanshi

J’écris ces lignes dans l’avion. Je suis parti pour quelques jours à Mumbai, avant le grand départ pour l’Afrique.


Images : The City of Lakes #1 et Sanshi, par ma pomme.

Publié le 22.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Agra

Après l’éprouvant voyage en train dont je vous parlais précédemment, Marie, Dev et moi arrivions à Agra, le plus gros centre touristique d’Inde et pendant plus d’un siècle la capitale de l’Empire moghol. La ville est plutôt riche, surtout grâce au tourisme, et l’on se rend compte rapidement qu’on aurait eu peine à trouver un hôtel à prix raisonnable.

Heureusement, le père de Dev avait pris sur lui d’en réserver un, et nous avons donc une chambre. Là, nous apprenons qu’il existe une nouvelle réglementation interdisant qu’Indiens et étrangers partagent la même chambre. Dev arrange la chose, et nous partageons quand même la chambre. Plus tard, il nous apprendra qu’il a accepté de payer une seconde chambre à vil prix. Vil prix ou non, Marie et moi refusons qu’il porte seul ce surcoût et participons.

Bref, après avoir déposé nos affaires, nous sommes partis pour l’ancienne cité de Fatehpur Sikri, à une quarantaine de kilomètres d’Agra, fondé par le troisième grand Moghol, Akbar. Cet empereur, bien que d’éducation musulmane, a promu l’ouverture religieuse, tantôt supprimant la jizya, l’impôt religieux sur les non-musulmans, tantôt promouvant la Dîn-i-Ilâhî, ou ‹ religion des lumières ›, un syncrétisme unifiant islam, hindouisme et christianisme. La cité est bâtie autour de cet idéal d’unification, représentant divers styles architecturaux en un tout homogène et élégant.

Fatehpur Sikri #1

Après cette visite, nous sommes retournés à Agra afin de visiter son fort —comprenez le palais des empereurs moghols. Le lieu est, lui aussi, magnifique, et nous donne un premier aperçu du Tāj Mahal, derrière une colonnade. Nous reviendrons au fort le soir même, pour assister à un spectacle de son et lumière contant l’histoire du lieu et de son lien avec l’Empire moghol. J’ai pu par la même occasion me rendre compte du changement radical d’ambiance opéré par la tombée de la nuit. Le jour, c’est un palais. La nuit, c’est un château.

Agra Fort #2

Nous nous sommes levés à cinq heures, hier matin, bien décidés à visiter le Tāj Mahal avant la chaleur et l’affluence des touristes, et… Les mots me manquent pour décrire l’émerveillement, la magie, que j’ai ressentis face à ce mausolée. On pourrait penser que c’est triste, qu’un tel joyau ait été construit pour une défunte, qu’il ait ruiné durablement un pays, mais c’est la gratitude qui l’emporte. J’ai eu la chance inouïe de visiter ce monument d’architecture moghole. C’est indéniablement l’une des plus belles constructions humaines qu’il m’ait été donné de voir.

Taj Mahal #2

Pour raconter brièvement l’histoire du lieu, Shâh Jahân est le cinquième grand Moghol. Il a déjà plusieurs épouses et concubines quand il rencontre Mumtaz Mahal. Charmé par sa beauté et sa vivacité d’esprit, il en tombe amoureux et l’épouse. Plus tard, il lui fera confiance pour mener les affaires de l’Empire, et c’est véritablement elle qui gouvernera. Elle montrera un goût prononcé pour l’architecture et fera construire de nombreux bâtiments. Quand elle mourra, Shâh Jahân décidera de construire un joyau à la hauteur du piédestal sur lequel il la plaçait : le Tāj Mahal. La construction du mausolée aura duré près de quinze ans, employé plus de vingt mille artisans venus de toute l’Eurasie, et réduit à peau de chagrin le trésor impérial. C’est d’ailleurs pour cette raison que Aurangzeb, l’héritier au trône, enfermera son père au fort d’Agra et prendra le pouvoir. À sa mort, Shâh Jahân sera enterré aux côtés de sa très chère Mumtaz Mahal, et sa tombe est le seul élément du mausolée qui échappe à la symétrie.

Inside Taj Mahal

Après être restés quelques heures au Tāj Mahal, la chaleur et les hordes de touristes ont fait leur apparition, et nous sommes rentrés à l’hôtel pour une petite sieste et un check out à midi. L’après-midi, nous avons visité deux autres mausolées, qui, bien que beaux, tenaient difficilement la comparaison. Enfin, nous sommes retournés à la gare, où j’ai obtenu sans difficulté un billet en classe générale, que j’ai pu changer à bord du train pour un billet de troisième classe dans un wagon voisin de mes amis. Cette fois-ci, le train n’avait que trois quarts d’heure de retard, mais j’ai dû commencer ma nuit en compagnie de quelques insectes —à ne surtout pas écraser, sous peine d’attirer leurs congénères.

Nous sommes finalement arrivés à Bhopal, pour finir notre nuit et enchaîner avec une grasse matinée. Ce midi, Marie a pris son avion pour la France, où elle passera sa dernière année.


Images : Fatehpur Sikri #1, Agra Fort #2, Taj Mahal #2 et Inside Taj Mahal, par ma pomme,

Publié le 17.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Partons en vacances…

The Sleeper

Cette histoire commença il y a quelques semaines. Un ami indien, Dev, m’a proposé de me joindre à lui et à Marie, une autre amie, pour un voyage à Agra, afin de visiter le Tāj Mahal, puis à Bhopal, chez lui. Hélas, je ne savais à ce moment-là combien de temps me prendrait l’obtention du visa pour mon stage. Après quelques jours d’incertitude, je décidai quand même de me joindre à l’équipée, quitte à annuler en cas de force majeure.

Le problème, c’est que Dev avait déjà réservé le transport pour lui et Marie, et que nous ne savions pas si nous pourrions voyager ensemble. Qu’à cela ne tienne, nous avons trouvé une place dans le même bus pour Bhopal, et une place sur file d’attente pour le train entre Bhopal et Agra.

Le temps passe, je vais à Delhi pour mon visa, que j’obtiens, je passe quelques jours à Pune, le temps de préparer ma valise pour les presque quatre mois à venir, et nous partons tous trois samedi soir pour prendre notre bus.

Nous sommes arrivés à Bhopal le lendemain matin, et la famille de Dev nous a accueillis royalement. Après un repas aussi abondant que succulent, Dev et sa sœur nous ont fait visiter un temple datant du dixième siècle. Le lieu, un peu en dehors de la ville, est encore bien actif malgré son ancienneté, et de nombreux fidèles y vont prier aux côtés des singes qui y ont élu domicile. Nous nous déchaussâmes pour entrer, et nous dépêchons d’aller chercher le couvert de l’ombre avant de complètement griller la plante de nos pieds sur le sol brûlant.

The Monkey Temple #3

Après la visite, nous sommes rentrés chez Dev pour nous abriter des heures les plus chaudes de l’après-midi, puis sommes sortis nous promener sur les rives d’un lac sous le coup de cinq heures. C’est aussi dans l’après-midi que j’appris que le service ferroviaire m’avait accordé mon billet vers Agra, mais pas le billet retour. Nous convenons d’aviser cela sur place, au pire de prendre le train sans billet et de payer l’amende.

Le soir, nous arrivons à la gare avec quelques minutes d’avance, inutile, car le train n’était pas à l’heure. Nous avons patienté plus de deux heures sur le quai, en compagnie d’insectes gros comme mon pouce et de rats sur les rails, voyant les trains défiler, les fenêtres ouvertes, laissant les insectes circuler à l’envi.

Quand notre train est arrivé, j’ai eu à peine le temps de trouver ma place, digne d’une couchette de prison, puis le train est reparti. J’ai constaté qu’heureusement personne n’avait eu la mauvaise idée d’ouvrir les fenêtres dans ce wagon, ce qui m’éviterait donc la compagnie de la gent six-pattes. Je me suis couché en espérant ne pas manquer mon arrêt pendant la nuit, car ma place n’était pas dans le même wagon que mes amis.

Ce matin, je me suis réveillé alors que le train était en gare de Jansi, qui m’a rappelé une lecture récente. Un peu plus tard, Dev a profité d’un arrêt pour venir me chercher. Nous avons donc passé la matinée à somnoler sur la couchette de Dev, pour arriver un peu avant midi, avec, encore une fois, plusieurs heures de retard. Joie immense, teintée de fatigue, d’être enfin arrivés.


Images : The Sleeper et The Monkey Temple #3, par ma pomme.

Publié le 16.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Le Visa ghanéen

White Tiger

Note à l’intention de ceux qui tomberaient sur ce billet en cherchant des informations sur un visa ghanéen depuis un moteur de recherche : je vis depuis neuf mois en Inde et ai cherché à l’obtenir depuis Delhi. Il y a peu de chance que ce billet vous donne des informations utiles si vous vivez dans un pays francophone.

Bien. Ceci étant dit, commençons.

Comme je le disais dans le précédent billet, j’ai trouvé un stage au Ghana. Il me fallait donc un visa. Je cherche des informations sur le web, n’en trouve pas, ou plus à jour depuis longtemps. Tous les courriels que j’ai envoyés sont revenus non distribués, et je ne savais donc qu’une chose : il faudrait se rendre à l’ambassade, si ambassade il y a, pour obtenir la moindre information. Je prévois donc un petit voyage pour Delhi, espérant l’impossible à la clef.

Je pars donc jeudi soir, sans savoir aucunement à quoi m’attendre. L’un de mes amis, Anupam, habite à Delhi, mais ne peut me recevoir. Je me rends donc à l’hôtel, en trouve un raisonnable, et me couche.


Le vendredi, je suis allé à l’ambassade, qui —surprise— existe. Les ambassades sont ici d’immenses palais, c’est assez impressionnant. Arrivé sur place, un garde m’a renseigné sur tous les documents à me procurer. La liste est longue, décourageante et inclut un vaccin contre la fièvre jaune.

Je suis donc vite rentré à l’hôtel, et j’ai commencé à envoyer des messages à droite à gauche. J’ai contacté mon maître de stage, qui m’a fourni ce qu’il devait m’envoyer dans la soirée, et le directeur de ma formation, qui, je crois, est retourné à son bureau pour moi malgré un jour de congé. Leur zèle, à tous les deux, me redonna espoir. J’ai donc rempli de la paperasse. Formulaire de demande de visa en quatre (!) exemplaires, etc.


Samedi matin, j’ai cherché un hôpital pour me faire vacciner. C’était quelque chose, de voir ces hordes de patients, assis ou allongés à même le sol, dans la poussière et la chaleur. Ça n’inspirait pas confiance, en tout cas.

Après avoir cherché le centre de vaccination, un homme m’interpella, en anglais pour une fois. Il m’amena directement dans une petite salle climatisée et relativement propre, puis me tendit un formulaire en hindi. Quand je lui demandais de me le traduire, il me produisit un autre formulaire, en anglais. Celui-ci demandait des informations médicales et affirmait que je me faisais vacciner de mon plein gré. J’étais arrivé à bon port.

La vaccination elle-même fut courte : on me ponctionna trois cents roupies, on me piqua, puis on me demanda de sortir et de passer quelques minutes dans la salle d’attente, où une femme d’un certain âge me lorgna d’un air lubrique pendant que je remettais ma chemise. Après lesdites minutes, je reçus un certificat et on me dit que je pouvais partir.


Comme il ne me restait plus grand-chose à me procurer, je me suis promené quelque peu dans Delhi avant de rentrer à l’hôtel et de contacter Anupam. On s’est retrouvé à une station de métro, puis il m’a guidé vers un restau tibétain, dans une colonie de réfugiés tibétains. Le labyrinthe étroit de ruelles m’a rappelé certains moments passés en Chine, et la nourriture aussi, pour tout dire.

En rentrant, nous avons à nouveau pris le métro, et j’ai mis un mot sur ce qu’il me faisait ressentir : nostalgie. C’est marrant. Peu de choses me manquent réellement d’Europe, mais le métro en est une. C’était d’autant plus sensible que ce métro est d’aussi bonne qualité que ce à quoi on a droit en Europe, malgré le chaos ambiant. Pour citer Anupam : ‹ Two things are perfect in this country: the metro, and Grandma. › Ça en dit long.

Et donc Lille m’a beaucoup manqué ce soir-là. Les sorties, les ballades, le ciné… tout ça relié par le métro. Si un jour on m’avait dit que je me serais autant attaché au métro lillois…


Le dimanche, j’ai fait des photos d’identité, puis il ne me restait plus rien à rassembler pour mon dossier. Je suis donc sorti visiter un temple, sur les conseils d’Anupam. L’architecture du lieu était magnifique, comme il me l’avait promise, mais je ne peux m’empêcher de rester sur ma faim. La photographie était interdite, m’empêchant de profiter du zoom pour mieux voir certains détails, et, surtout, il y avait trop de monde. Ça se poussait, ça se bousculait, sans prise en compte de ses voisins, ça parlait fort malgré l’injonction au silence, ruinant la quiétude censée se dégager du lieu.

Ensuite, je suis allé au restaurant. Un bel endroit, dans un style colonial, auréolé d’une odeur de citronnelle, d’encens et de bois ancien. Je me suis laissé tenté par un donburi, et c’était très bon, une intéressante interprétation du classique nippon. Puis j’ai demandé un gulfi, à peu près certain de la catastrophe à venir —je n’ai jamais trouvé de gulfi digne de ce nom en Inde, et mes camarades indiens m’ont expliqué que c’était normal, car il s’agit là d’une tradition perdue. La surprise fut excellente.

En rentrant à l’hôtel, je fus surpris de constater que la rame de métro était presque vide. Quelques jeunes filles riaient et parlaient vite en me jetant des regards à peine discrets, puis, après le départ du métro, une dame m’expliqua, l’air plus ennuyé de me le dire que par ma présence, que c’était une rame réservée aux femmes. Ah ! L’Inde et son puritanisme… Évidemment, la rame suivante, mixte, était bondée.


Je n’ai presque pas dormi la nuit du dimanche au lundi, le stress et la chaleur se donnant le mot pour me rendre la vie impossible. Finalement, je me suis levé tôt et sans énergie pour aller déposer ma demande de visa. Pour rien, puisque l’ambassade, à rebours du monde entier, n’accepte que les chèques. De banque indienne, de surcroît.

Et, de toute façon, la procédure prend trois jours, ‹ and there is no way to make it faster. Sorry Sir. › Au temps pour mon avion, que je comptais prendre dans la nuit de lundi à mardi : je l’annule.

Pour me remonter le moral, Anupam m’emmène au zoo de Delhi. C’était vraiment chouette, mais la canicule a fini par nous chasser de là et on se réfugie dans un mall. Là, il m’expliqua devant un thé glacé comment fonctionne le système des chèques indiens, assez différent de celui que nous connaissons. Il ne peut me faire un chèque puisque les banques ne distribuent pas de chéquiers. À la place, elles donnent les chèques un par un, après négociation et explications. Un cauchemar, qui peut prendre du temps. Il vaut mieux que je retourne essayer de négocier mon visa à l’ambassade. En attendant, il me promet d’aller voir sa banque le lendemain matin.


C’était dur, mardi matin. Après une seconde nuit blanche, je suis retourné en traînant la patte à l’ambassade. J’avais envie de laisser tomber et de dormir, de rentrer à Pune sans visa… tout, sauf retourner négocier le corps penché sur un comptoir, parlant par une fente de dix centimètres de haut, face à ce gardien gentil comme tout et volontaire, mais impuissant face à ma situation.

J’ai quand même bien fait d’y aller. Le gardien est retourné plaider ma cause plusieurs fois à l’intérieur de l’ambassade, et a fini par pouvoir prendre mon dossier, les frais en liquide, et un supplément pour graisser la patte du responsable.

Je suis retourné à l’hôtel, espérant dormir, mais l’angoisse que le bakchich tourne mal et fasse définitivement refuser mon dossier me maintint éveillé. J’ai appelé en avance, plusieurs fois, au numéro que m’a donné le gardien. Il a fini par me dire en début d’après-midi que le traitement du dossier avait été accepté. Il a même obtenu que mon dossier soit traité dans la journée, pour que je ne paie pas trop cher l’hôtel. Je vous avais dit qu’il est gentil comme tout.

En fin d’après-midi, je me suis rendu à l’ambassade une fois de plus, anxieux comme jamais. Quand il m’a vu me pencher sur le guichet, le gardien m’a souri et s’est précipité sur sa pile de dossiers. Il m’a rendu mon passeport, avec le visa à l’intérieur. Je l’aurais embrassé, si j’avais pu.


J’ai donc pris l’avion dans la nuit, et je suis arrivé à Pune au petit matin, parfaitement dans les temps pour assister au lever du soleil sur la Solapur road.

To the Rising Sun


Images : White Tiger et To the Rising Sun, par ma pomme.

Publié le 10.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Quelques mois plus tard…

The Golden Bicycle

Vous savez comment ça se passe : on laisse le temps filer, jour après jour, mois après mois, occupés par mille autres choses, puis on se réveille un jour, se rendant compte avoir oublié de raconter ce qu’on avait fait pendant presque six mois. Pardonnez-moi.

Je ne pourrai pas tout raconter. Trop de choses se sont passées. Le semestre a commencé sur les chapeaux de roues et a continué sur un rythme effréné. Nous avons accumulé les semaines intensives, les masterclasses, les cours de toutes sortes, les projets nombreux, trop nombreux. J’ai fait du sound design, du prototypage, de la programmation, du game design, bien entendu… J’ai écrit une histoire interactive, inventé des univers, joué le rôle d’un patron de start-up lors d’une semaine dédiée à l’apprentissage des affaires…

Les projets de fin d’études ont beaucoup avancé aussi. Après le rejet de mon projet lors de la sélection de décembre, j’ai rejoint deux projets, deux équipes. L’une officiellement, et l’autre non. Nous avons travaillé d’arrache-pied, et, lors du jury de mai, mes deux projets ont figuré parmi les quatre projets sélectionnés pour l’an prochain. Il ne devait en rester que trois, mais les quatre projets restants avaient tous outrepassé le niveau espéré par nos enseignants. L’un de mes deux projets a même été qualifié de ‹ nouvelle façon de jouer ›. Je ne suis pas peu fier.

Cependant, nos effectifs, qui vont encore se réduire l’an prochain (un camarade est retourné en France pour raison de santé, plusieurs programmeurs ne passent pas l’an prochain…), ne nous permettent pas de développer quatre projets. Il nous fallait trois projets, idéalement deux, et donc, d’un commun accord avec l’une de mes équipes, nous avons mis fin au projet. Puis, j’ai aussi quitté mon autre équipe. Je me suis laissé débaucher par une autre équipe, qui a davantage besoin de moi. C’est un projet se passant dans l’univers de la mythologie hindoue, et on m’a demandé de rendre le jeu appréciable par un public international tout en renforçant son identité indienne. Il semblerait que je sois le plus à même de réaliser cette tâche, et ma nouvelle équipe a vraisemblablement envie de me donner tous les moyens de réussir ce défi : bien qu’il y ait de très fortes têtes dans cette équipe, ils ont renoncé à la direction de l’équipe pour me la laisser. Me voilà donc chef de projet…


Par ailleurs, le second semestre fut l’occasion de revoir les CV, préparer les porte-folios et envoyer lettre de motivation sur lettre de motivation, avec pour objectif un stage de deux à quatre mois. J’ai postulé un peu partout, et ai reçu une réponse positive qui s’est avérée… inattendue. J’ai passé un entretien d’embauche où il s’est avéré que mon employeur potentiel voulait me recruter, et j’ai accepté le poste. Je passerai donc deux mois et demi chez Leti Arts, à Accra (Ghana).

Contrairement à l’an dernier, je n’ai pas le temps d’être sur mon petit nuage. Tout se passe trop vite.


Image : The Golden Bicycle, par ma pomme.

Publié le 03.06.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Jaipur

Le Palais des vents

Tout commença en janvier dernier. Deux amis indiens m’avaient proposé de me joindre à eux pour les vacances de printemps. Au programme, nous comptions aller au Ladhak, contrefort occidental de l’Himalaya. Malheureusement, le climat local, très froid en cette saison, les convainquit d’annuler à la mi-février. Je proposai donc un plan de secours, consistant à se rendre au Rajasthan, et ils furent enthousiastes à l’idée. Malheureusement (bis), la culture indienne suppose que l’on demande l’autorisation des parents tant qu’on n’est pas marié. L’un s’est essuyé un non catégorique, tandis que les parents du second ont profité du changement de programme pour lui acheter des billets d’avion l’amenant chez eux.

Résultat des courses : je suis parti seul au Rajasthan.


Le départ en vacances fut peu orthodoxe : je suis arrivé à l’heure à l’aéroport, mais l’avion a décollé sans moi. Chose extraordinaire en Inde, l’avion n’avait pas une demi-heure de retard, mais d’avance. La compagnie, reconnaissant facilement son erreur, m’a placé avec les autres voyageurs ayant manqué le décollage sur un vol pour Delhi, avec une correspondance le lendemain matin.

Je suis donc arrivé dimanche dernier, épuisé. J’ai trouvé sans trop d’effort un hôtel assez chouette pour pas trop cher, et ai entrepris de terminer ma nuit à peine étais-je installé. Quelques heures plus tard, après un bon somme et un repas revigorant, je suis sorti pour explorer la ville.

J’ai trouvé assez rapidement un chauffeur de rickshaw qui, découvrant qu’être Français ne m’empêche pas de parler correctement anglais (chose rare pour un touriste français), décida de me faire visiter la ville. Voici comment trouver un guide en Inde =)

Jaipur’s Gate

La ville est très belle, vraiment à part, à la fois profondément indienne, et très largement persane. On ressent clairement l’influence moghole, beaucoup plus qu’au Maharashtra. Le climat est incroyablement sec, avec une végétation de steppes. Rien d’étonnant, cependant : nous sommes aux portes du Thar, un important désert de dunes.

Au cours de la semaine, mon guide m’a fait visiter de nombreux temples, palais, musées… mais aussi m’a emmené dans les hauteurs des montagnes environnantes, où je me suis amusé à photographier la ville.

Over the Rooftops #8

En prime, j’ai profité de l’occasion pour des promenades en compagnie de singes, ainsi qu’à dos de chameau ou d’éléphant. C’est assez impressionnant, pour tout dire : on a beau se dire que l’éléphant d’Asie est plus petit que celui d’Afrique, il fait tout de même un étage de haut et sa démarche oscillante est peu stable, donnant quelques frissons à l’idée de tomber.

Par ailleurs, la première de mes deux promenades en pachyderme eut lieu en ville. Je déconseille l’expérience vivement, du moins pour la première fois : les câbles électriques étaient à trente centimètres de ma tête, ce qui ajoutait bien sûr au sentiment d’insécurité… Je me suis quand même laissé tenter une seconde fois, à la campagne, ce coup-ci, et ce fut beaucoup plus agréable.


Je suis rentré un peu avant midi et, le moins qu’on puisse dire, c’est que voyager en Inde demande certaines compétences. Par exemple, quand le chauffeur qu’on attendait ne vient pas et qu’on a un avion à prendre, il faut savoir trouver un rickshaw à quatre heures du matin, négocier avec quelqu’un qui ne comprend pas l’anglais, partager ledit rickshaw avec quelques fêtards qui ont déjà des affaires, et voyager avec un sac sur les genoux, un autre entre les jambes et la valise tenue à bout de bras hors dudit rickshaw (du moins jusqu’à l’arrivée chez lesdits fêtards où j’ai eu toute la place). Ce n’est pas à refaire tous les jours, mais je suis arrivé suffisamment en avance pour mon vol.


Images : Le Palais des vents, Jaipur’s Gate, Over the Rooftops #8, par ma pomme.

Publié le 14.03.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Mangalore

The White Temple

Hier soir, j’ai pris le bus pour rentrer à Pune. Au programme, deux bus et six heures d’escale à Mangalore (à ne pas confondre avec Bangalore, bien plus connue, mais pas du tout sur la route), à l’ouest du Karnataka. Le premier trajet s’est déroulé sans anicroche, et j’ai trouvé un petit restaurant ouvert près de l’arrêt de bus, où j’ai déjeuné avec un thé chaud et un dal à la tomate particulièrement onctueux.

En sortant du restaurant, j’ai trouvé un chauffeur de rickshaw, à qui j’ai demandé de me faire visiter les points d’intérêt de la ville en quelques heures. Il a commencé par me montrer quelques temples (où il a profité pour faire ses prières), une église (où il a prié), puis nous sommes allés à la plage. Je suis allé me baigner et ai profité de douches publiques à cent roupies pour me laver et me changer, après la nuit passée dans le car. Lui a profité de ce temps pour manger son petit déjeuner devant la mer d’Arabie.

Après cette pause, il m’a invité (il a insisté pour payer l’entrée) au zoo local, où je fus surpris de noter parmi les animaux exotiques des… poules. Quand on y pense, ce n’est pas si étonnant que cela, mais être confronté à l’exotisme de ce qui nous semble banal éclaire les choses d’un jour bien particulier. Outre des oiseaux de basse-cour, nous avons vu divers fauves, reptiles et autres bêtes, que j’ai nommés en français à la demande de mon guide. À la fin, nous nous sommes dépêchés afin que je puisse manger (un excellent biryani aux œufs) avant de nous séparer devant l’arrêt du car devant me ramener à Pune.

Mais rien ne sert de courir, il faut que le car arrive à point. Ce qu’il ne fera pas, pour cause de grève. Comme je vois une agence de voyages non loin de là, je me renseigne sur les autres possibilités. Il y a un avion qui part cinq minutes plus tard, l’aéroport étant à l’autre bout de la ville. Pas d’autre avion. Les trains sont surchargés, et il n’y a pas d’autres cars possibles, car la grève est générale. Chouette, je panique.

Il me reste deux possibilités : attendre plusieurs jours sur place et avoir des pénalités pour absence injustifiée (mon école est très pointilleuse sur cette question), ou prendre un taxi pour vingt heures de route. Je me demande encore comment j’y ai réussi, mais j’ai pris la seconde option.

J’écris donc ces lignes dans le taxi, en compagnie d’un chauffeur ne parlant que quelques mots d’anglais (les nombres, oui, non, juste l’indispensable pour négocier avec les clients ne parlant ni hindi ni kannada), après avoir profité de vues splendides et d’un coucher de soleil extraordinaire sur le littoral de la mer d’Arabie. Le prix est élevé, mais rien d’exorbitant compte tenu du trajet, et surtout moitié moins que ce que mon chauffeur demandait.

Je n’ai pas mangé ce soir. Pas faim. Je suis trop fatigué pour ça. Puis, demain, je serais de retour chez moi.


Image : The White Temple, par ma pomme.

Publié le 03.01.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Munnar

Yellow Truck & the Paradise

Mercredi matin, je me suis levé fort tôt. En sortant de la guesthouse, j’ai retrouvé mon guide et l’un de ses amis dans une voiture. Ils m’ont fait monter à l’arrière, et nous sommes partis, direction Munnar (prononcez « mounah ») et ses plantations de thé, à six heures de route de Kochi.

En chemin, nous nous sommes arrêtés pour visiter un jardin un peu particulier, où j’ai pu observer la culture de nombreuses épices, ainsi que d’essences utilisées en médecine ayurvédique. Les odeurs étaient sublimes.

Pepper

Cependant, nous ne perdions pas de vue notre objectif, et reprîmes la route. Nous sommes passés devant des panoramas à couper le souffle, devant lesquels nous avons pris le temps de nous arrêter pour prendre quelques clichés. Toutefois, c’est en arrivant près de Munnar que le paysage est devenu véritablement paradisiaque. Imaginez : de hauts arbres épars sur des pentes à quarante-cinq degrés et, à leurs pieds, des buissons. Des théiers. Des théiers à en perdre vue, seulement ponctués par de grands rochers, polis par l’action combinée du temps et de la pluie.

À ce moment, je ne prenais plus la moindre photo. Je ne faisais que regarder. Ce n’est qu’au retour que je penserai à prendre mon appareil en main. En attendant, j’étais au paradis des buveurs de thé.

Tea & Trees

L’arrivée à Munnar même fut moins idyllique. Je vous en avais déjà touché mot, mais le Kerala est un pays communiste. Kochi étant une mégapole cosmopolite, la propagande y reste relativement discrète. À Munnar, en revanche, c’est une autre histoire. Les affiches et drapeaux sont partout, arborant faucille, marteau, portraits de Marx, Lénine et une autorité communiste locale, vantant les mérites du régime. La réalité est différente, elle. Les gens sont visiblement plus pauvres que tout ce que j’ai vu en Inde jusque maintenant, les regards sont souvent fuyants… en bref, la misère est là.

Une fois sur place, j’ai voulu me promener dans les plantations, parmi les théiers. Ce fut impossible. Pas même en proposant des sommes importantes. J’ai compris que mes interlocuteurs successifs avaient envie de me donner l’autorisation, voire de me guider et de m’expliquer leur travail, mais ils n’osaient pas contrevenir à la règle. À chaque fois, on m’orientait vers un musée du thé. Quand j’ai fini par y aller, j’en suis sorti rapidement : c’était sans grand intérêt.

En en sortant, heureusement, j’ai pu visiter un atelier de triage et séchage des feuilles, aux côtés de visiteurs indiens. Là, j’ai reçu confirmation de ce que je pressentais depuis quelques mois : les Indiens ne savent pas ce qu’est le thé. Un exemple : tous les autres visiteurs croyaient le thé vert amer, et étaient étonnés d’en découvrir le goût. Cela n’a cependant rien d’étonnant : les Indiens ne boivent pas du thé, mais du chai, soit du thé noir infusé dans du lait bouilli, trop longuement, avec un bon tiers de sucre. Oui, c’est une boisson écœurante.

Une fois la visite finie, j’achète un sachet de thé vert en feuilles chez un producteur, et en profite pour en boire une tasse, et conseiller mon guide dans ses achats de thé (le pauvre était sur le point d’acheter du thé en poudre). Nous mangeons dans un restaurant infâme, puis reprenons la route, dans le vain espoir de rejoindre Kochi avant la nuit.


Une fois rentré, j’assiste aux festivités de la nouvelle année. Il n’y a pas grand-chose à en dire, sinon que les Indiens confondent Noël et Nouvel An, et se déguisaient parfois en Père Noël. La fin de la semaine s’est déroulée sans histoire, sinon peut-être une petite anecdote.

C’était hier soir, en cherchant un endroit où manger, je suis tombé sur une affichette dans une ruelle, indiquant un restaurant derrière une porte. Je la pousse, et découvre un long couloir. J’avance, et le lieu a vraiment l’air d’une habitation. J’avance quand même, au cas où, et, au moment où j’allais faire demi-tour, arrive dans une petite arrière-cour.

Là, trois petites tables attendent, sous des parasols jaune vif et couvertes de nappes quadrillées de rouge et blanc, suivant le modèle que le cinéma hollywoodien nous a habitués à attendre d’un restaurant italien. Il n’y a personne, sinon le propriétaire et sa famille, qui s’empressent de m’accueillir. On m’installe devant une table, on me sourit et on m’apporte, en guise de menu, une simple feuille A4 sur laquelle figurent quelques plats très occidentaux. Je commande un burger au poulet et, en boisson, un milk shake beurre de cacahuète-biscuit Oréo™.

C’était très bon, mais ce n’est pas tant la nourriture qui m’a marqué que l’ambiance qui se dégageait. La famille était joyeuse, mettait de l’énergie à la tâche et avait franchement l’air content de me voir. J’avais presque l’impression de les voir jouer à la dînette. Finalement, en discutant avec eux, j’ai appris que le restaurant avait ouvert la veille au soir et que j’étais leur premier client. Quand je suis finalement sorti, j’ai croisé un groupe de jeunes gens qui y entraient. J’étais content pour nos restaurateurs en herbe.


Images : Yellow Truck & the Paradise, Pepper et Tea & Treas, par ma pomme.

Publié le 02.01.2015. Lien permanent. Retourner en haut.

Kochi

Filets chinois

En arrivant à Kochi (anciennement Cochin), dimanche matin, c’est peu de dire que j’étais fatigué. Je n’avais presque pas fermé l’œil de la nuit, la semaine dernière avait été mouvementée, et j’espérais donc trouver un endroit confortable où m’installer pour la semaine.

J’ai eu beaucoup de mal à trouver une guesthouse convenable à bon prix, et c’est finalement à Fort Kochi, le quartier historique, que j’ai trouvé quelque chose : une chambre non terminée, mais plutôt confortable pour mille roupies la nuit. C’est cher pour ce que c’est, surtout pour l’Inde, mais nous sommes au Kerala, et l’économie y est contrôlée et fortement taxée, tirant inévitablement les prix vers le haut, au détriment de tous.

Comme la chambre était en travaux, mon hôte me demande quelques heures pour la préparer. En attendant, il demande au fils d’un ami, étudiant en tourisme, de me faire visiter la ville. Ce dernier m’emmène en moto et me montre quelques points d’intérêt. Malheureusement, mon état de fatigue n’aidant pas, j’ai du mal à suivre. Entre autres, je me souviens d’un lavoir à l’ancienne encore en activité, ainsi que de l’impression surréaliste que le temps suspendu de Pondichéry m’avait rattrapé.

En revenant, mon guide m’a proposé de continuer la visite le lendemain. J’ai accepté, puis suis rentré pour une sieste de quelques heures.


Hier matin, mon guide m’a emmené pour une nouvelle visite en moto. Là, j’ai réalisé ce que mon état de fatigue d’avant-hier ne m’avait pas permis de voir : Kochi est un archipel. Je comprends d’un coup d’où proviennent l’humidité étouffante et le nombre de moustiques proprement hallucinant de la ville. En moto, en revanche, l’air circulant autour de nous rend l’atmosphère agréable, et les paysages ne font rien pour amoindrir ce sentiment.

Après la promenade, nous visitons un musée, et mon guide m’aiguille parmi le fouillis désormais habituel. Parfois, je lui demande de me traduire une étiquette explicative, et découvre avec stupeur que certains objets sont… à vendre. Apparemment, c’est pour lui une démarche ordinaire, quand plusieurs objets sont similaires. Je suis pris de vertige à l’idée.

Nous finissons la visite, puis partons pour un lunch tardif dans un restaurant à la devanture douteuse. J’ai bien fait de suivre mon guide malgré l’envie d’aller voir ailleurs : la nourriture était excellente et la vue sur le port était magnifique. Nous avons donc mangé du poisson grillé, du riz au lait de coco et gingembre, des légumes très pimentés, le tout avec du jus de pastèque, très rafraîchissant dans cette chaleur.

L’après-midi, je me suis reposé à la guesthouse avant de m’offrir une petite promenade dans les rues de Fort Kochi. Au soir, j’ai retrouvé mon guide, qui m’a emmené assister à une représentation de kathakali, le théâtre traditionnel du Kerala.

La pièce racontait le combat entre un prince et un démon et, bien que l’histoire ait été jouée en malayalam (la langue locale), je n’ai eu aucun mal à en comprendre le moindre détail. Non pas que j’aie appris le malayalam en un rien de temps, mais le kathakali est extrêmement codifié et implique une répétition de chaque phrase selon les différents codes de chant, de danse, de mime avec tout le corps et avec le visage seul. À titre d’exemple, la mise à mort du démon prit littéralement vingt-cinq minutes, à force de répétitions. La conséquence est que tout est très long et qu’une pièce d’une page aura pris une heure et demie. C’était si long que j’ai fini par éprouver de l’empathie pour le démon (ce qui n’était pas du tout voulu, bien entendu) face à la véritable torture qu’il subissait.

En sortant, nous sommes allés manger dans l’un de ces restaurants improbables dont mon guide a vraisemblablement le secret, et j’ai dîné avec une soupe pimentée, une galette de blé, quelques bajhi (beignets) d’aubergine et un jus de papaye.


Ce matin, je me suis levé trop tard. Résultat, nous sommes arrivés avec une bonne heure de retard à la visite du port en bateau. J’étais déçu de ne pas avoir su me lever à l’heure, mais tant pis.

C’était sans compter sur mon guide et sa pugnacité : il m’a négocié une autre visite, pour moi tout seul. Nous avons donc parcouru le port un peu plus d’une heure, dans un bateau de fait privatisé. Ça fait quelque chose, que d’être traité en VIP.

Pour le restaurant du midi, mon guide s’est surpassé : nous avons déjeuné au Cream Land, un dinner à l’américaine servant de la cuisine chinoise avec des serveurs habillés comme des garçons de café parisiens. Tout un programme. J’ai mangé du porc dans une sauce aigre-douce au gingembre, avec du riz et un thé (pas glacé, pour changer). Pour une fois, l’interprétation indienne de la cuisine chinoise était plutôt fidèle, ce qui en soi est assez miraculeux, au pays du masala.

Pour l’après-midi, nous avons fait une rapide promenade dans les rues d’Ernakulam, une ville ayant pris son essor quand Kochi s’est avérée ne plus être capable de recevoir de nouveaux habitants en grande quantité. Les quartiers sont assez modernes, et en même temps délabrés. Ce n’est pas le plus beau visage de l’Inde, et c’était assez décevant. Même le bazar n’arrivait pas à développer son charme, comme si toute cette ville avait grandi trop vite, comme une boursouflure humaine. Nous sommes rentrés tôt : demain, la journée que nous prévoyons promet d’être longue.

Au soir, je me promène tranquillement dans les rues des vieux quartiers et me trouve un restaurant indo-syriaque. La nourriture était excellente ; j’ai dîné avec une soupe de citrouille et gingembre, puis d’un curry d’aubergine et citrouille sur du riz cuit avec du citron confit, le tout arrosé de tonic au gingembre. C’est donc avec le ventre bien plein que je suis rentré pour dormir.

Demain, je me lève tôt. Nous avons six heures de route, pour aller dans les montagnes, visiter des plantations de thé.


Image : Filets chinois, par ma pomme.

Publié le 30.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Le Transport en autocar

The Road to Kochi

Lorsque j’ai préparé mes transports, avant ce voyage, j’ai choisi de prendre le car entre Pondichéry et Kochi avec l’idée qu’ainsi je connaîtrais les conditions de voyage des Indiens. J’ai été servi !

Pour commencer, le car est arrivé avec une heure de retard. Ce n’est pas grave, ça m’a permis de terminer le premier jet de l’article précédent. C’est quand j’ai rejoint ma place que ça s’est gâté.

Il y a quatre classes principales dans les transports indiens : general (on a le droit d’entrer dans le véhicule, mais pas de place attitrée), sitter (place assise), semi-sleeper et sleeper. J’ai voyagé en semi-sleeper. Cela veut dire que j’avais un siège dont le dossier peut s’abaisser presque jusqu’à l’horizontale. Pour un trajet de nuit, ça me semblait pratique, permettant d’être allongé sans payer la classe la plus chère. Ce fut une belle erreur : de nuit, tous les sièges sont allongés, si bien qu’on n’a absolument aucune place pour bouger les jambes.

Vers trois heures, notre véhicule est tombé en panne. Un autre car est arrivé quelques minutes plus tard, nous avons donc repris la route après avoir déplacé les bagages et constaté qu’il restait des places assises (enfin… semi-allongées) pour tout le monde. Ce fut de courte durée, puisque le second car est, lui aussi, tombé en panne. Une fuite, apparemment d’essence. Nous sommes sortis en vitesse et nous sommes éloignés. Quand il est apparu que le car ne prenait pas feu, quelques-uns, rapidement imités par les autres, sont allés chercher leurs bagages dans la soute.

C’est là, en ouvrant cette dernière, que nous sommes tombés nez à nez avec… le second chauffeur, dormant sur les bagages et ne se doutant de rien. Il a eu une sacrée chance, celui-là. Dans le même temps, je me plains de mes conditions de voyage, mais je n’ose imaginer les siennes.

Un troisième car est arrivé peu après, mais déjà plein, certains voyageurs dormant déjà à même le sol. Parmi mes compagnons d’infortune, quelques-uns choisirent l’entassement, tandis que d’autres préfèrent appeler la compagnie pour avoir droit au confort minimal pour lequel ils avaient payé. Voyant le second groupe relativement conséquent et ne m’imaginant nullement voyager debout pour au moins quatre heures de plus, je suis resté sur le bord de la route avec eux.

Cela fait maintenant une bonne heure que nous sommes ici. Un car devrait bientôt arriver de Bangalore. En attendant, je rédige ce billet, hilare : j’avais voulu faire l’expérience du voyage tel que le vivent les Indiens. Je l’aurais vécu, cette expérience ! Quand j’ai discuté avec lui, un autre voyageur m’a expliqué que la compagnie à laquelle j’ai fait appel est parmi les plus fiables. J’ai du mal à m’empêcher de rire en pensant aux autres compagnies.

Finalement, on n’est pas si mal, ici, dans la lueur grise préparant l’aube.


Image : The Road to Kochi, par ma pomme.

Publié le 28.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Auroville

Sacred Tree

Ce matin, j’ai fait la grasse matinée. En me levant, j’ai regretté de ne pas avoir réellement laissé sa chance à Auroville, surtout après la visite de l’ashram d’hier. J’ai donc pris un rickshaw en direction de ce repère de hippies, décidé d’en tirer le meilleur.

Chemin faisant, j’ai pu constater combien l’endroit où j’avais séjourné mercredi soir était éloigné du cœur de la forêt. Ce n’était, finalement, qu’une sorte de faubourg, pourvu que l’on ose qualifier une forêt de bourg. Mon chauffeur me dépose donc dans un hameau dédié aux visiteurs, où, derrière quelques bâtiments, on aperçoit une éolienne bricolée avec les moyens du bord, quelques œuvres d’art et quelques jardins.

J’explore un peu les lieux, avant de m’asseoir devant une cafétéria où je venais de commander un sandwich végétarien (c’était ça ou végétalien), un thé glacé et un délicieux gâteau au thé et aux noix. Je savoure, puis entreprends une promenade dans la forêt, direction le Matri Mandir, le temple de la secte new age qui a fondé Auroville.

Je pense qu’il est temps d’expliquer Auroville à ceux qui ne la connaissent pas encore. Au commencement, il y a Sri Aurobindo, l’une des personnalités à qui l’Inde doit d’être indépendante, avec le Mahatma. Cependant, là où Gandhi est un humaniste, Aurobindo est un mystique prônant une évolution de l’homme par la spiritualité. Après s’être installé à Pondichéry, il a fondé un ashram et la secte allant avec. Son apôtre principale, surnommée « Matri » (mère), prendra sa succession et fondera une « ville » pour la secte, au milieu d’un plateau quasi désertique.

Cependant, ni Aurobindo, ni Matri n’ont présenté leur secte comme telle. Au contraire, ils l’ont entourée d’un discours pseudoscientifique et spiritualiste, ainsi que de la pratique de mystères (par exemple, il faut travailler plusieurs mois comme bénévole dans l’une des communautés entourant la secte avant d’espérer entrer dans le Matri Mandir). La méthode fonctionna à merveille, si bien que le plateau quasi désertique devint une forêt (l’une des tâches emblématiques du lieu étant de planter des arbres) et que la concentration en hippies devint impressionnante. Encore aujourd’hui, Auroville est présentée comme une sorte de campus universitaire, et le discours officiel insiste sur l’absence de religion à Auroville.

Matri Mandir

Je me dirige donc vers le Matri Mandir puis, après une bonne marche, finis par atteindre un poste d’observation, endroit le plus proche du temple autorisé d’accès pour un simple visiteur comme moi. J’avais déjà vu le bâtiment en photo et force est de constater qu’il est plus beau en vrai qu’en image. J’aurais aimé voir l’intérieur, dont Païkan, qui a planté des arbres pendant quelques mois, m’a dit grand bien, mais les efforts demandés pour pouvoir entrer me semblent disproportionnés. Tant pis.

En rentrant au centre des visiteurs, je savoure une part de gâteau au chocolat et un thé glacé devant la cafétéria où j’ai mangé ce midi. Puis j’ai repris la route de Pondichéry, la nuit étant tombée. Je suis retourné à l’hôtel pour le check-out, puis ai décidé de retourner au restaurant d’hier. J’ai dîné avec un onglet à l’échalote, du riz, une part de tarte au citron et… oui, encore du thé glacé. J’écris ces lignes en attendant le car qui doit m’emmener à Kochi.


Images : Sacred Tree et Matri Mandir, par ma pomme.

Publié le 27.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Pondichéry

Immaculée

Hier, je me suis levé fort tard. Peu désireux de reproduire le repas décevant de la veille, et n’ayant rien d’autre à proximité, j’ai repoussé le déjeuner à mon arrivée à Pondichéry. Le relatif isolement de la guesthouse aidant, j’ai aussi décidé de me trouver un autre logement, en ville. J’ai donc pris un rickshaw et me suis trouvé une chambre d’hôtel pour pas trop cher, en plein milieu du quartier tamoul.

Une fois installé, je suis parti visiter la ville. Constatant que le quartier était assez ordinaire pour une ville indienne, je me suis dirigé vers le quartier colonial, également appelé « Ville blanche », pour finir par déjeuner, à quatre heures, d’un gratin de chou-fleur et carotte (sans patate), d’un sandwich aux champignons et d’une madelaine (sic ; en prime, il s’agissait davantage d’un muffin à la cannelle), le tout arrosé de thé glacé.

Pondichéry

Après le repas, j’ai parcouru la promenade de mer, profitant de l’air marin, puis les rues (en français) de la Ville blanche. L’architecture rappelle certains lieux de villégiature de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle, comme si le temps s’était arrêté à un moment donné. Puis, par endroits, le temps laisse sa trace, pour dire de… Un tag, un bâtiment délabré, nous rappellent que nous sommes bien au vingt et unième siècle.

J’erre donc, entre deux temps, entre deux mondes, jusqu’au bout du jour. Je rentre dans un restaurant à la devanture attrayante, mange, suis déçu, puis prends un rickshaw pour retourner à l’hôtel. Pour une fois, je n’ai pas négocié. Parce que le prix me paraît dérisoire, mais surtout parce que je n’ai pas su réagir, quand le chauffeur m’a proposé un prix en français. L’expérience de la négociation est pour moi tellement associée à l’anglais, qu’il m’a paru inconcevable de donner un prix en français. La chose est tellement ancrée en moi que, les jours suivants, je suis passé intuitivement à l’anglais pour négocier mes transports.


Ce matin, je me suis levé tôt, avec pour objectif le jardin des plantes. Une fois sur place, j’ai été un peu déçu. Avec un tel climat, je m’attendais à voir pléthore de fleurs et de couleurs, mais le lieu est petit, peu entretenu et peu fleuri. Tant pis.

En sortant, je me suis dirigé vers le quartier musulman, dont on m’avait dit que les rues étaient restées très anciennes, mais sans l’ostentation de la Ville blanche. En effet, le lieu est très beau et j’ai une fois de plus ressenti cette impression d’être hors du temps. Je m’y suis promené longuement puis, vers midi, j’ai déjeuné avec un succulent gratin d’aubergines, du thé glacé et un plat de pâtes et blancs de poulet dans une sauce à la mangue. Un régal.

Cet après-midi, je suis retourné en Ville blanche et, au cours de mes déambulations, en ai profité pour visiter autre chose que les rues, parcs et jardins. Pour commencer, je suis entré dans l’église Notre Dame, un endroit merveilleux, captant la lumière d’une façon tout simplement magnifique. Voyez plutôt.

Dome of Light

Ensuite, je suis allé visiter l’ashram de Sri Aurobindo, un « lieu de méditation » (un temple en réalité) ayant appartenu au fondateur d’Auroville. Je n’ai pas pu prendre de photo, et pourtant j’aurais aimé vous montrer ça : un petit pavillon au milieu d’un jardin fleuri aux mille couleurs, avec une procession de croyants embrassant ledit pavillon avant d’aller méditer sous les arbres. Je les ai rejoints dans leur méditation, et ai pu apprécier la paix qui se dégage de l’endroit.

En sortant, je me suis dirigé vers un musée que j’avais repéré, et où s’est confirmée la « muséographie » que j’avais pu observer à Chennai. Encore une fois, ce même fouillis, cette même envie de montrer tout ce qui peut l’être, cette même confusion entre qualité et quantité. Quelques pièces valaient vraiment le détour, mais cachées dans la multitude. Dommage.

Le soir venu, je me suis trouvé un restaurant vraiment sympathique, où j’ai mangé un très bon steak avec une sauce au bleu, du riz basmati, et une part de tarte Tatin. Ça m’a fait grand bien de manger français, pour une fois.


Images : Immaculée, Pondichéry et Dome of Light, par ma pomme.

Publié le 26.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Mamallapuram

Gone Again

Après deux heures de route au travers d’un paysage qui aurait tout des Landes si les pins n’avaient été remplacés par des palmiers, le taxi est arrivé à sa destination.

Mamallapuram est un village de pêcheurs construit à côté de ruines multimillénaires, riche en graveurs sur pierre, en boutiques de vêtements, en restaurants, en hôtels et, vous vous en doutez, en touristes occidentaux. Quant à la guesthouse que m’a conseillée Païkan, elle se trouve dans une rue secondaire, presque piétonne. Le lieu est un petit paradis et je me demande si je n’y resterais pas deux nuits plutôt qu’une. Ce que j’aurais fait, si le village n’était pas si petit.

Après m’être installé, j’ai déjeuné dans un petit restaurant avec un œuf sur le plat, une crêpe aux champignons et un jus de goyave, puis j’ai déambulé dans les rues, sans véritable but. En arrivant près d’un parc où la roche semble prendre le pas sur la flore, je me laisse tenter et grimpe sur les rochers pour sauter de l’un à l’autre, en souvenir de mon enfance. Au bout d’un moment, l’effort est récompensé, et j’aperçois deux singes, qui se laissent photographier.

Monkeys

Quand je finis par laisser ces pauvres primates en paix pour me diriger vers un ancien phare que je vois perché sur le roc le plus haut, je croise un couple d’Américains visant le même objectif. Nous faisons une petite course en haut des rochers, puis je me laisse distancer pour prendre en photo le magnifique paysage qui s’offre à moi.

Une fois le phare atteint, je redescends pour jeter un œil à quelques petits temples creusés dans la roche, que j’avais entr’aperçus d’en haut. Puis je quitte le parc et m’engouffre de nouveau dans les rues du village. En m’approchant du rivage, un grand temple se présente à moi, que je décide de visiter. Au moment de payer l’entrée, je constate une fois de plus cette attitude toute particulière qu’ont les Indiens à l’égard des étrangers : le billet coûte dix roupies pour un Indien, et deux cent cinquante pour un étranger. Ça m’a presque gâché la visite, pour le coup.

En sortant du temple, je me suis rendu sur la plage avant de retourner à la guesthouse. Je m’y suis reposé, avant d’aller dîner d’une salade composée, d’un sizzler et d’un milk shake coco-banane-ananas. Un régal.


Ce matin, en me levant, je suis allé déjeuner d’un œuf sur le plat, d’un thé au citron, d’une crêpe à la banane et d’un jus d’ananas. Puis, constatant que j’avais déjà vu ce qu’il y avait à voir, je me suis mis en quête d’un taxi bon marché. Je l’ai trouvé, et nous sommes partis pour Auroville, non loin de Pondichéry.

Païkan m’ayant (encore) donné une adresse, je m’y suis rendu. La maison est très bien, mais un peu à l’écart. J’ai profité du calme de l’endroit pour faire une sieste, puis je suis parti pour une longue promenade en forêt.

The Road

La difficulté fut, au soir, de trouver un restaurant. Ce fut impossible, et je me suis retrouvé à réveillonner dans une pizzeria infâme ; le genre d’endroit où l’on se demande quel aliment nous a fait contracter le plus de maladies. Pour le coup, je regrette franchement de ne pas être resté me reposer à Mamallapuram. Tant pis. Demain, j’irai finalement à Pondichéry.


Images : Gone Again, Monkeys et The Road, par ma pomme.

Publié le 24.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Chennai

Two Gods

L’avion a atterri à Chennai avec deux heures de retard, soit à trois heures du matin. À cette heure-là, c’est peu de dire que je n’avais aucune envie de chercher un hôtel. Heureusement, le camarade Païkan m’avait donné l’adresse d’une guesthouse convenable, adresse que je m’empressais de donner au premier taxi annonçant un prix convenable.

Sur place, je réveillai le réceptionniste en frappant à la porte. Comme je m’en excusais, ce dernier me dit que c’était normal, que c’était son travail. Je vis en Inde depuis quatre mois maintenant, mais je suis toujours pris de court par leur sens du service.
Bref, j’ai pris avec plaisir la chambre qu’il me proposa, qui par ailleurs était très bien, et me suis couché pour une courte nuit. Le check-out était à dix heures et je ne comptais pas passer de deuxième nuit à Chennai.

Après quelques heures de sommeil et une douche sommaire, je quittai donc l’endroit pour me promener dans Chennai. Comme c’est une ville somme toute ordinaire, j’ai demandé à un chauffeur de rickshaw de me montrer un endroit qu’il ne montrerait pas à un touriste. Il m’a conduit jusqu’à un musée.

Je n’avais pas encore pénétré un musée depuis mon arrivée sur le sous-continent et, eh bien, c’est une expérience inattendue. Il n’y a pas vraiment de muséographie, pas de parcours logique, pas d’histoire racontée au visiteur, seulement un gigantesque bric-à-brac, un amoncellement d’objets sans suite. L’anthropologie suit la philatélie, qui succède à la sculpture religieuse, elle-même rangée sans ordre particulier, sinon celui dicté par l’envie apparente de mettre le plus d’objets possible dans le moins de place possible. Les collections s’entassent et il est difficile de s’y repérer. Certaines salles sont magnifiques, et d’autres laissent voir la tuyauterie, visiblement non prévues pour cet usage.

Cependant, quand on fait attention au détail, on peut trouver la perle rare, qui résonne avec notre imaginaire et donne des idées pour nos projets créatifs. Notamment, j’ai trouvé un grand nombre de peintures contemporaines proprement extraordinaires. Certaines toiles, notamment, mêlaient brillamment tradition picturale indienne et… cubisme. En sortant du musée, je me suis promis d’aller visiter un musée d’art moderne une fois rentré à Pune.

La visite terminée, je suis allé récupérer mon bagage, puis j’ai pris un taxi pour Mamallapuram, un village de pêcheurs à mi-chemin entre Chennai et Pondichéry, dont Païkan m’a conseillé la visite.


Image : Two Gods, par ma pomme.

Publié le 23.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Départ pour le Sud

Pour les fêtes de fin d’année, nous avons eu deux semaines de vacances, que j’avais décidé de passer en Inde méridionale. Au début, l’idée était de passer une semaine à Pondichéry et une autre à Kochi (anciennement Cochin), mais le programme a dû changer, par la force des choses.

Pour commencer, j’avais acheté un billet de train pour Pondichéry, mais le train était complet et la liste d’attente était déjà fort longue. Heureusement, le camarade Païkan, qui avait pas mal voyagé en Inde par le passé, m’a expliqué qu’il y a toujours un quota de dernière minute. Je demandai au voyagiste s’il pouvait utiliser ce dernier, ce à quoi il répondit que ces places ne sont disponibles que la veille du départ. Je paie le billet à l’avance et lui donne mon adresse électronique, afin qu’il me le fasse parvenir. J’achète par le même procédé le billet retour (depuis Kochi) et je prends un billet d’autocar entre Pondichéry et Kochi.

Vendredi, ne voyant pas mon billet dans ma boîte aux lettres, je retourne chez le voyagiste avec un camarade indien pour m’aider à régler ce problème. Là, j’apprends que je n’ai pas de billet parce que le quota de dernière minute était déjà rempli quand le voyagiste a tenté l’opération 1. Trois heures plus tard 2, je finis par me faire rembourser mon billet. J’ai aussi changé mon billet retour contre deux billets de car, que j’étais sûr d’avoir, avec une étape intermédiaire. C’était plus cher, mais j’aime mieux ça plutôt que de rencontrer le même problème la veille du départ, à Kochi.

Pour l’aller, j’ai pris l’avion. Comme il n’y a pas d’aéroport à Pondichéry, j’atterrirai à Chennai. Quand j’arriverai, puisque l’avion est en retard.


  1. Bien entendu, c’eût été trop difficile de me prévenir. J’aurais pu essayer de me faire rembourser… 

  2. Littéralement. Trois heures, et pas une minute de moins. 

Publié le 22.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Le Jury de fin d’année

From the Classroom

J’ai écrit les derniers articles dans une période de calme relatif, après un mois particulièrement intense. Les trois semaines qui viennent de finir l’ont été tout autant, puisqu’il s’agissait de préparer le jury de fin d’année.

Vous vous souvenez peut-être que ma promotion et moi devions préparer des concepts pour les projets de fin d’études ? Eh bien, c’est encore de ça qu’il s’agit. Il nous restait un concept chacun, et nous devions le présenter devant toute l’école. À la fin du jury, six concepts seraient sélectionnés sur les dix-neuf présentés et sur les cent nonante idées données en septembre dernier. Ce n’est pas la dernière sélection, puisque seulement trois concepts seront développés l’an prochain. Autant dire que je ne partais pas vainqueur, connaissant mes difficultés à l’oral.

Pour préparer l’épreuve, l’un de mes camarades m’a fait répéter, répéter, et répéter encore, sans cesse. Au fur et à mesure, j’ai ressenti une amélioration notable, jusqu’aux derniers jours, où le stress a repris le dessus. Le jour J, j’ai présenté mon concept sans trop bafouiller, mais clairement mal à l’aise. Le soir de l’épreuve, je n’avais aucune idée de comment je m’en étais sorti. J’avais une impression de catastrophe, mais les questions qui ont suivi les présentations semblaient intéressées, et l’un des enseignants n’arrêtait pas de sourire comme un enfant à qui on tend une crème glacée.

L’inquiétude s’est finalement dissipée quand les retours ont commencé à arriver. Un étudiant de troisième année m’a dit que je l’avais hypnotisé ; un enseignant m’a fait un high five pour me féliciter de mes progrès à l’oral ; et celui qui souriait pendant ma présentation m’a expliqué que c’était le seul concept pour lequel il avait ressenti quelque chose. Autant le dire, j’étais aux anges. À ce moment-là, j’ai cru que c’était acquis, que mon concept serait forcément sélectionné. Hélas !

Malheureusement, je me suis fait une fausse joie. Le concept était parmi les meilleurs, ma présentation était honorable, mais des choix « politiques » ont écarté mon projet. Certains enseignants partageaient visiblement ma déception, et m’ont expliqué que les jurés se sont longuement disputés à mon sujet, mais que je m’étais montré « dangereux » pour d’autres.

Ce n’est pas grave. D’une part, je sais que je rencontrerai ça de nouveau dans ma carrière, et donc autant m’y faire tout de suite. D’autre part, rien ne m’empêche de continuer à travailler sur ce concept, puis de le développer lorsque j’en aurai les moyens. Lorsque les projets sélectionnés ont été annoncés, le directeur de l’école a expliqué que certains projets non sélectionnés feraient de très bons starters si on créait notre studio. Je crois bien qu’il me regardait en disant cela.


Image : From the Classroom, par ma pomme.

Publié le 19.12.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Cinéma, le retour

Petite anecdote aujourd’hui : je suis allé dans un cinéma commercial, récemment…

Je vous avais déjà raconté l’expérience d’un cinéma en Inde via le cinéma du campus, mais, un cinéma commercial, c’est une autre affaire. Pour commencer, on entre dans la salle pour une unique publicité, mais très longue —cinq bonnes minutes— et très kitch. Bon, c’est l’Inde, donc le kitch est plus ou moins inévitable.

Non, ce qui m’a surpris, c’est que la publicité fut suivie d’une invitation à se lever pour honorer l’hymne national. Eh si… nous avons eu droit au drapeau indien projeté à l’écran, flottant au vent des effets spéciaux, pendant que les locaux se levaient et commençaient à chanter en chœur avec les haut-parleurs dans un ensemble plus que douteux. Ceux qui notèrent que mon camarade français et moi ne nous étions pas levés nous jetèrent un regard noir —il faut dire que nous contrôlions assez mal notre envie de rire face au ridicule du spectacle—, puis tout le monde se rassit et le film —Interstellar, de Christopher Nolan— pu commencer.

La seconde surprise fut au beau milieu du film —superbe, par ailleurs—, lorsque ce dernier fut mis en pause au milieu d’une réplique, pour un entracte d’une dizaine de minutes, riche en publicités. Oui, ils l’ont fait… Bref, prenant notre mal en patience, nous restâmes devant les publicités en hindi ou marathe, pour constater combien le langage visuel autochtone diffère de celui que nous connaissions en Europe. Prenez, par exemple, une réclame pour du shampooing. Nous avons cru à une publicité pour du parfum, jusqu’à ce que l’on voie la jeune protagoniste prendre une douche habillée et verser ledit produit sur une fleur en papier. Le puritanisme produit des merveilles…

Cet endroit est merveilleux. On croit s’y habituer, puis une nouvelle étrangeté vous frappe en pleine face. Difficile de s’en lasser.

Publié le 30.11.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Game Jam!

Magic Giant Tatoo

Cela fait un petit moment que j’ai envie de vous parler de mes expériences en game jam, mais il aura fallu une discussion avec l’un de mes enseignants sur les vertus pédagogiques de l’exercice pour que je m’y résolve enfin.

Une game jam, pour ceux qui l’ignorent, est une compétition entre créateurs de jeux, où l’objectif est de produire un prototype jouable sur un court laps de temps (une semaine, un week-end…), souvent avec un sujet donné. Pour résumer ce que mon professeur m’expliquait, une game jam, parce qu’elle pousse à mettre les mains dans le cambouis et à s’essayer à d’autres postes que celui auquel on est habitué, est un très bon moyen d’apprendre ce que font d’ordinaires nos camarades graphistes ou programmeurs, permettant une interdisciplinarité qui s’avérera utile si l’on intègre une petite équipe, travaillant sur de petites productions (voire si on se retrouve à travailler en tant qu’indépendant). En revanche, c’est un exercice superflu si l’on souhaite intégrer une grosse entreprise, où chacun est censé se spécialiser sur un petit ensemble de tâches précises.

Quoi qu’il en soit, j’ai participé à deux game jams jusque maintenant, et d’autres suivront. Parce qu’une game jam, avant d’être un exercice plus ou moins utile, c’est fun. C’est difficile, ça représente beaucoup de travail sur peu de temps, les adversaires ont souvent un bon niveau, mais, que l’on gagne ou que l’on perde, on a créé quelque chose de chouette sur peu de temps.

Ma première game jam fut en septembre dernier, moins d’un mois après avoir intégré Supinfogame. L’école a payé l’inscription pour ma promotion, si bien que nous avons participé entre camarades, apprenant à mieux nous connaître en même temps que nombre d’entre nous découvrions être capables de produire un prototype jouable en quarante-deux heures. Le résultat était incomplet, et certainement pas exempt de bug, néanmoins était-il jouable. Je vous laisse imaginer la griserie qui nous habita à la fin de la compétition.
Lors de cette jam, nous avions le choix entre deux sujets : animaux et gravitation. Nous avons proposé Space Scavenger, un jeu de plateforme 2D où le héros, un braconnier qui parcourt la galaxie à la recherche d’animaux rares, peut contrôler la gravité autour de lui. L’image ci-dessus présente l’animal à capturer au premier niveau, un tatou magique géant.

La seconde game jam à laquelle j’ai participé fut organisée par l’école, dans le cadre d’une semaine intensive. Le concept de la semaine intensive est le suivant : on reçoit le lundi un exercice très difficile, qui nous pousse à travailler tard le soir, à dormir peu ou pas du tout, avant de rendre son travail le vendredi après-midi. La semaine qui précédait les vacances de Diwali, l’objet de notre semaine intensive fut une game jam pour laquelle nous devions partir d’un jeu classique, puis en inverser les rôles. Notre équipe a choisi de créer un Donkey Kong où le joueur incarne Donkey Kong et lance des tonneaux sur Mario pour l’empêcher d’atteindre la princesse. En plus d’amuser les enseignants, notre jeu était presque exempt de bugs, ce qui est plutôt chouette.

Juste après cette semaine intensive, certains de mes camarades ont participé à une autre game jam. J’ai pour ma part préféré partir en vacances cette semaine-là… Toujours est-il que mes camarades ont gagné la compétition, et un stand lors du salon professionnel où nous avons passé ces trois derniers jours. J’ai été très content pour eux, et donc leur ai donné un petit coup de main pour installer et tenir le stand. Maintenant, j’attends avec impatience la prochaine game jam !


Image : Magic Giant Tatoo, par ma pomme.

Publié le 16.11.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Trois semaines à l'école

Ou pourquoi je n’ai pas trouvé le temps de vous écrire depuis Goa…

Morning Mist

Après de très reposants congés à Goa, les cours reprirent de plus belle. Nous avons commencé par un test qu’Ubisoft 1 fait passer à ses candidats à l’embauche. Sur le papier, le test est simple : il s’agit de concevoir un niveau de jeu de plateformes 3D AAA 2.

Dans la réalité, la chose fut difficile. Très difficile. Il fallait concevoir le niveau et rédiger son contexte, mais également créer une carte en deux dimensions et le modèle en trois dimensions du niveau. En gros, il fallait créer le niveau, à l’exception des graphismes définitifs et du code informatique du jeu.

Puis, comme si ce n’était pas suffisant, l’enseignant nous a demandé d’utiliser des logiciels que nous ne savions pas utiliser, afin qu’on apprenne à s’en servir dans le même temps. J’ai donc vécu ma première réelle expérience sur Adobe Photoshop™, qui, si je me le permets (oh oui, permettons-nous), n’est absolument pas adapté à cet usage, ainsi que ma toute première expérience de modélisation 3D, avec Google Sketchup™.

Le tout fut noté comme si nous étions professionnels et non étudiants. D’après ce que nous a dit notre enseignant, « Après tout [nous sommes] en quatrième année, dans l’une des meilleures écoles de jeu vidéo au monde : on est censés savoir faire quelque chose d’aussi simple. »

Ça nous a pris la semaine, et deux nuits blanches. J’attends encore la note, avec appréhension.


Une fois l’exercice et la semaine terminés, alors que nous pensions pouvoir profiter du week-end pour nous reposer, on nous apprit que le lundi serait consacré à un exercice de communication particulier : un exposé de sept heures avec les étudiants de première année pour public. Nous étions douze (les neuf designers et les trois graphistes), et nous avions le week-end pour préparer cours, exercices et devoir noté (que nous devions corriger par la suite, évidemment). Notre public a joué le jeu avec entrain, et je ne regrette pas les bonnes notes qu’on leur a données, même si une correction tout à fait honnête leur aurait tous fait perdre deux points 3.

Le cours que nous avons donné portait sur les acteurs de l’industrie du jeu vidéo, ainsi que la façon dont l’idée d’un jeu pouvait évoluer au contact de ces différents acteurs. L’idée maîtresse était que, quelle que soit l’idée initiale, elle ne resterait pas intacte et changerait grandement avant d’arriver au grand public. Outre quelques petits jeux visant à s’assurer que le cours était compris, nous avons consacré la fin de la journée à un petit jeu de rôles qui nous a tous bien amusés.

Pour commencer, nous les avons divisés en équipes et leur avons demandé de créer un concept de jeu, en tenant compte de certaines contraintes (chaque équipe ayant une contrainte différente). En dix minutes. Le concept, bien entendu, pouvait (et devait) être brouillon et tenir en trois lignes : avoir un bon concept de jeu n’était pas le but de l’exercice. Certaines contraintes, en outre, impliquaient une négociation avec tel ou tel partenaire commercial (un ayant droit, un fabricant de consoles de jeux… que nous jouions), négociation à même de modifier le concept de jeu.

Une fois l’idée initiale modifiée par la contrainte et la négociation, nous leur avons donné de nouvelles contraintes, en provenance de leur « équipe de marketing ». Cette fois-ci, cependant, ils étaient libres de choisir s’ils prenaient en compte la contrainte ou non. Mais, dans un cas comme dans l’autre, ils devaient justifier leur choix. Enfin, nous leur avons demandé de proposer un plan de mise sur le marché de leur jeu –ce qui pouvait encore modifier le jeu…


Après ces deux expériences très denses, nous avons eu droit à quelques jours de cours ordinaire en guise de repos, puis nos enseignants nous rendirent compte de la première sélection de nos concepts pour les projets de fin d’études. Pour expliquer cela, il nous faut revenir quelque peu en arrière.

Fin septembre, il nous a été demandé de fournir dix concepts de jeu, sachant que trois des quatre-vingt-dix concepts de la classe seront développés l’an prochain en équipe et seront présentés devant un jury pour l’obtention du diplôme. D’ici là, il y aura plusieurs sélections, et plusieurs phases d’amélioration de nos concepts.

Nous avons donc eu, au début de ce mois, la première sélection. L’un d’entre nous n’a malheureusement vu aucun de ses projets sélectionnés. Il a eu le droit de continuer à travailler sur l’un de ses concepts, au choix, mais s’il ne passe la seconde sélection (ce qui est fort probable), il devra rejoindre un autre. Deux autres n’ont eu qu’un concept sélectionné. Le reste de la classe (sauf moi) a eu deux concepts sélectionnés et les professeurs leur ont conseillé d’en choisir un et de ne présenter que celui-là lors de la seconde sélection.

Pour ma part, mon concept préféré n’a malheureusement pas été sélectionné, à cause d’un risque élevé en terme de faisabilité. J’ai été déçu, évidemment, mais je m’y attendais plus ou moins et préfère le réaliser plus tard, dans des conditions plus favorables, que de le castrer parce que nous n’avons pas les compétences nécessaires. En revanche, mon second concept préféré fait partie de mes trois (eh oui) concepts validés. C’est donc à l’amélioration de ce concept que j’ai consacré mon temps libre pendant ces dix derniers jours. J’ai rendu un second jet hier soir, et attends un retour prochainement.

En attendant, ce week-end sera consacré à un salon professionnel, où nous aurons tout le loisir de collecter des cartes de visite et de nous faire des contacts en plus d’assister à des conférences qui ont l’air plutôt intéressantes. Puis nous aurons une nouvelle semaine qui promet d’être chargée, même si nous n’en connaissons pas encore le contenu.


Image : Morning Mist, par ma pomme.


  1. L’une des plus grandes entreprises de jeu vidéo au monde. 

  2. Pour ceux qui ne comprennent pas ces termes, un niveau de jeu est comme le chapitre d’un roman : une portion d’un jeu, avec son contexte, son développement dramatique, ses lieux, son architecture, ses obstacles que le joueur devra passer, une progression de la difficulté, etc. Un jeu de plateformes 3D est un jeu consistant à faire sauter le personnage principal de plateforme en plateforme, ici en trois dimensions. Un jeu AAA, enfin, est un jeu visant le grand public, avec de très gros moyens, et donc une qualité devant être irréprochable. 

  3. Nous ne sommes pas enseignants et étions mal à l’aise avec l’idée de faire baisser leur moyenne générale si nous les notions trop sévèrement. 

Publié le 13.11.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Goa

Rizière et Palmier

Cette semaine, c’était Diwali. Diwali, c’est la fête des lumières, une semaine pendant laquelle les hindous allument des bougies, lâchent des lanternes de papier pour illuminer les cieux et lancent feu d’artifice sur feu d’artifice. Au Maharashtra, comme dans beaucoup d’autres états indiens, la semaine est fériée.

Profitant de cette semaine de congé, je pris l’avion dimanche midi, direction Goa, un petit état en bord de mer vivant essentiellement du tourisme. Une fois arrivé, je demandai à un taxi de m’amener à Palolem, une plage du sud de l’état où des camarades partis un peu plus tôt m’avaient donné rendez-vous. Le chauffeur et moi nous accordâmes sur un prix, puis je montai à l’avant où un crucifix m’accueillit à la place de la désormais habituelle idole hindoue.

Cela peut sembler étonnant, mais Goa est un ancien comptoir portugais et, là où les Anglais n’ont pas réellement cherché à convertir les Indiens —sans doute devant l’ampleur de la tâche—, les Portugais n’ont pas chômé. Les chapelles, églises et cathédrales fleurissent un peu partout dans la montagne, au détour d’une route, au bout d’un champ ou d’une rizière, près d’un hameau… Le pays ressemble aussi au Portugal par d’autres aspects, et certains paysages m’ont rappelé à leur façon un séjour que ma famille et moi avions passé dans le nord du Portugal. Dans certains bourgs (à l’échelle indienne, il n’y a pas de véritable ville à Goa), on trouve également des azulejos sur les murs. Mais ce qui m’a ramené en Europe plus sûrement encore que le reste, ce fut l’état de la route —excellent, pour l’Inde.

A Perfect Evening

Une fois arrivé, je découvris que Palolem n’est rien d’autre qu’une sorte de bidonville amélioré entre une route et une plage. Je louai une chambre minuscule avec tout de même un combiné douche-toilettes-lavabo pour six cents roupies par nuit —soit une trentaine d’euros pour la semaine— et retrouvai mes camarades sortant des chambres voisines, seulement à moitié surpris que nous ayons choisi la même guesthouse (c’était vraisemblablement le meilleur logement du village).

Une fois installé, nous fîmes une promenade dans le village, puis sur la plage, avant de nous arrêter dans un restaurant où un serveur nous présenta la pêche du jour. Le poisson était succulent, tout comme les cocktails de fruits. Nous y restâmes une bonne partie de l’après-midi, devant la plage, les pêcheurs, d’autres touristes… et l’océan. Lorsque la nuit tomba, en fin d’après-midi, nous nous sommes baignés. Sans perdre pied, toutefois, puisque nous savions le large infesté de requins.


Le lendemain, nous sommes partis pour le nord de Goa pour retrouver d’autres camarades à Calangute, un petit bourg où les bars font concurrence aux boutiques de tatouage. Le nord de Goa, en plus d’être plus peuplé, est l’endroit où l’industrie touristique s’est le plus développée, avec de nombreux bars, de nombreux night-clubs où l’on produit une musique techno bas de gamme et un encore plus grand nombre de boutiques de mauvais goût.

La langue principale au nord de Goa est surprenante si l’on ne s’y attend pas. Ainsi, les menus des restaurants, les devantures des bars, et même certains noms de rue sont écrits en… russe. C’est fou, ce que les Indiens sont capables de faire pour les touristes —au moins neuf touristes sur dix à Goa viennent de Russie…

Je passai donc la journée en bonne compagnie, profitait que le pays n’est pas hindou pour manger du bœuf —et pour me rendre compte par la même occasion à quel point cette viande me manquait—, mais je ne suis pas resté pour la nuit. Au soir, j’ai souhaité une bonne fin de semaine à mes compagnons, avant de prendre un taxi de nuit pour Palolem, où j’avais décidé de finir la semaine en solitaire. Je pensais dormir dans le taxi, mais mes chauffeurs —il y a trois heures de route entre Calangute et Palolem et mon chauffeur a fait monter un autre chauffeur pour qu’ils me conduisent à tour de rôle— prirent sur eux de me faire la conversation. Ma politesse me perdra.

Fishermen & Sun

Les jours suivants furent très reposants, presque sans événement, sinon un voyage en bateau mercredi en fin d’après-midi. La chose s’arrangea très simplement. Je suis allé voir un pêcheur, et lui ai demandé s’il accepterait de me prendre pour une ballade en mer. Deux cent roupies plus tard, j’aidai le pêcheur et l’un de ses collègues à mettre leur bateau à l’eau, puis ils m’emmenèrent visiter les côtes environnantes. À un moment, quelques dauphins sautèrent hors de l’eau non loin de nous, puis s’en allèrent aussi soudainement qu’ils étaient apparus.

J’ai repris l’avion jeudi midi, et, même si j’ai adoré ces vacances, je ne suis pas mécontent d’être de nouveau chez moi, à Pune. Le retour à la cantine, en revanche, est une autre histoire…


Depuis mon retour, un spectacle inattendu s’est proposé à moi, chaque début de soirée. De nombreux feux d’artifice sont lancés simultanément depuis la campagne environnant le campus. J’en avais aperçu quelques-uns à Goa, mais ici, en pays hindou, il y en a vraiment beaucoup plus. Jeudi soir, j’en ai vu jusque douze simultanés, lancés de différents endroits, et ce sans quitter ma chambre !

Fin août, on m’avait expliqué qu’environ sept milliards de feux d’artifice sont tirés en Inde pendant la semaine de Diwali. Vous avez bien lu : autant que d’êtres humains sur Terre. Il va de soi que je n’y ai pas cru quand on m’a raconté cela. Je suis nettement moins dubitatif, maintenant.


Images : Rizière et Palmier, A Perfect Evening et Fishermen & Sun, par ma pomme.

Publié le 25.10.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Cinéma

L’un des avantages de mon campus, puisqu’il abrite une école d’animation, c’est que nous disposons de salles de projection, transformées en cinéma privé de temps à autre. Ce soir, nous avions un film néerlandais d’art et d’essai : Borgman, par Alex van Warmerdam. Mais, tout particulier qu’il soit, ce n’est pas du film que je souhaite vous parler, mais de la séance.

J’arrive en retard, maudissant les mauvaises habitudes prises dans les cinémas commerciaux (pour éviter la publicité), le tout pour découvrir que les lumières étaient encore allumées et qu’à l’écran, le film était encore en train d’être copié depuis un disque dur. En voyant le nom du fichier, je comprends qu’il avait été téléchargé depuis Internet. Rien de bien étonnant, les lois sur le droit d’auteur n’étant pas appliquées ici (si j’ai bien compris, elles n’ont été votées que dans le cadre d’accords interétatiques et sont royalement ignorées depuis).

Une fois les fichiers correctement téléchargés, le projectionniste nous lance « un court métrage sympa, au cas où d’autres seraient en retard ». Le court présentait deux lesbiennes dansant et chassant le zombie dans un drugstore américain. Le titre ? Shopping in a Zombie Apocalypse. J’aurais volontiers appelé ça de la gratuité à l’état pur.

Cinq minutes de massacre de zombie en supérette plus tard, le projectionniste lança le film, découvrit avoir oublié les sous-titres, puis relança le film avec les sous-titres.

Pour la suite, j’ai eu peur parce que les Indiens sont d’ordinaire très bon public, riant, criant, plaisantant, à un point qui rend la chose fatigante pour celui qui souhaite simplement voir un film. Cette fois-ci, il faut croire que le film était trop étrange, ou le public plus éduqué (c’était un film d’art et d’essai, après tout).

Après le film, un Indien m’a demandé en français si j’avais aimé le film. Nous avons donc échangé, et je me suis rendu compte que ça m’avait manqué, les discussions entre cinéphiles.

Publié le 17.10.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Navaratri

Navaratri Dance #2

La semaine dernière, nous fêtions Navaratri, une célébration durant neuf jours en l’honneur de l’esprit guerrier féminin. Cet esprit, nommé Shakti, est —d’après ce que j’en ai compris— un mélange de tout ce que le panthéon hindou peut présenter en terme de déesses combatantes.

Lundi dernier, nous avons pu assister à une prière adressée à Shakti, organisée dans l’espace d’activités collectives du campus. C’était très vivant et festif, en parfaite contradiction avec l’édifiante lenteur de la messe. À vrai dire, cette prière ressemblait davantage à un bal folklorique qu’à l’idée que je me faisais jusque là d’une prière.

En effet, contrairement à la conception christiano-platonique de de la parole sacrée, les hindous incluent le corps dans le religieux, et c’est par leur corps qu’ils ont exprimé leur prière. Tout le monde dansait en cercle, tournoyant sur eux-même en même temps qu’évoluant dans la ronde, exécutant une chorégraphie guerrière à l’aide de petits bâtons tenus à bout de bras. Le tout étant censé évoquer le combat de la déesse tournoyant sur elle-même pour terracer des ennemies arrivant de tous les côtés.

L’objectif de la prière était d’appeler l’énergie de Shakti pour la transmettre aux hommes, danseurs ou spectateurs. Objectif atteint, puisque la danse était si joyeuse et vivante que de nombreux spectateurs se sont joint à la danse, sans considération pour l’aspect religieux de la fête. Ce qui dérangea certains hindous, puisque les nouveaux arrivants, peu soucieux du protocole, brisaient le cercle et suivaient d’autres chorégraphies, moins guérièrre mais tout aussi énergiques.

Au final, le rituel laissa place à une simple fête, et tout le monde s’accorda pour dire que ce n’était pas si mal.

Navaratri Dance #3


Images : Navaratri Dance [^2](https://500px.com/photo/86071627/navaratri-dance-%232-by-alexandre-ultr%C3%A9?from=set&set_id=1722853) & [^3](https://500px.com/photo/86071957/navaratri-dance-%233-by-alexandre-ultr%C3%A9?from=set&set_id=1722853), par ma pomme.

Publié le 06.10.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Sur la route de Pune

On the Motorway

Je rentre d’une fin d’après-midi en ville, et j’ai passé le chemin du retour à l’arrière d’un rickshaw, mon voisin ayant une fesse sur le siège, et une autre au-dessus du vide. Allez savoir pourquoi, j’aurais attendu cela pour vous raconter la route punéite.

Pourtant, j’aurais pu vous en parler dès mon arrivée, tant ma première expérience de route fut vivifiante. À l’avant d’un taxi 4×4, j’eus tout le loisir de constater à quel point les stimuli arrivaient de partout. Ça dépasse à droite, à gauche, ça roule à contresens, et surtout, surtout, le klaxon est roi. Les deux-roues sont partout, zigzaguant entre les nids-de-poule et les chauffards. Au milieu de ce ballet, j’eus même le plaisir d’entendre un éléphant barrir en réponse à un klaxon, malheureusement caché dans la remorque fermée d’un immense camion.

D’une certaine façon, ça m’a rappelé ce que j’avais connu en Chine, avec une différence notable tout de même : là où le chauffard chinois conduit au bluff, l’indien se contrefiche de ce qui l’entoure. L’état des routes l’empêche toutefois de conduire trop vite. Ici, on roule à soixante kilomètres par heure sur autoroute. Ce qui permet à de nombreux commerces de s’installer sur le bord de l’autoroute, et à de nombreux conducteurs de traverser les voies, voire de les remonter à contresens, pour aller se garer devant l’un desdits commerces. Ce qui me permet également de taquiner mes parents en leur annonçant qu’il m’arrive de traverser l’autoroute de nuit ;)

J’aurais pu également profiter de ma première visite en ville pour vous en parler. Ou de chacune de mes expériences en rickshaw ou en bus… Par exemple, les Indiens connaissent la solution pour éviter la fraude : en plus du chauffeur, chaque bus est équipé d’un employé qui vend les tickets à bord, et certains bus ont un troisième employé qui vérifie à la sortie qu’on avait acheté le bon ticket (le prix varie en fonction de la distance parcourue).

Les rickshaws, quant à eux, sont une sorte de gros tricycle avec un habitacle en toile et plastique et un moteur de bicyclette. On en trouve deux sortes : les plus petits ont jusque trois places à l’arrière et se font payer au kilomètre, comme un taxi ; les plus grands, partagés, ont la capacité pour six personnes à l’arrière et une à l’avant plus le chauffeur, mais il m’est déjà arrivé de voyager dans un rickshaw partagé contenant onze personnes à l’arrière et quatre à l’avant (plus le chauffeur, sur les genoux d’un passager). Le rickshaw partagé est beaucoup moins cher que le rickshaw au kilomètre qui, pour cause de nettement moindre consommation de carburant, est environ quatre fois moins cher qu’un taxi.

Cependant, il est important de faire attention lorsque l’on prend un rickshaw et qu’on est blanc. Si la quasi-totalité des commerçants sont honnête et qu’il n’y a usuellement aucun besoin de négocier, il reste l’exception remarquable des chauffeurs de rickshaw. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis vu proposer de payer plus du double du prix normal… Le résultat est que —même en négociant—, j’ai toujours payé un peu plus que le prix normal. Sauf en rickshaw partagé. C’est la raison principale pour laquelle je préfère ces derniers aux rickshaws au kilomètre, plus encore que pour le montant à payer. Il est toujours plus agréable quand le prix ne change pas à la tête du client.


Image : On the Motorway, par ma pomme.

Publié le 28.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

La Cantine infernale

Aubergine Looks Good

Je me souviens de mon premier cours de communication, il y a un petit mois. Un de mes camarades allait régulièrement aux toilettes, et l’enseignant a eu cette réflexion :

À la cantine, ils utilisent un ingrédient principal pour tous leurs mets. La tourista.

Pourtant, tous les restaurants environnants —excepté un— proposent une nourriture excellente 1, mais c’est ainsi. De toute façon, l’être humain s’adapte à tout. J’ai été parmi les derniers à l’attraper, mais nous l’avons tous eu. On apprend à vivre avec.

Ce soir, il y avait du risotto aux champignons au repas. Sans saveur. Néanmoins, l’idée même du met m’a ramené à mon dernier risotto, aux cèpes et au magret de canard fumé.

J’adore vivre ici, pour autant de raisons que j’ai passé de jour en Inde, mais la gastronomie me manque. Que ne donnerais-je pour un magret de canard poêlé puis glacé au vinaigre de framboise, pour un tartare de boeuf au couteau, pour un chirashi au thon ou pour un burger au jambon serrano et au citron vert…

Heureusement, mes parents —soient-ils loués— m’ont envoyé du saucisson et du foie de morue. Le tout est arrivé hier et quelque chose me dit que ça ne durera pas longtemps…


Image : Aubergine Looks Good, par un inconnu qui a décidé de prendre en photo ce que fait la cantine et de la mettre sur Internet. Vous pouvez la trouver avec d’autres sur DSK Gourmet.


  1. D’ailleurs, tous nos camarades indiens se sont empressés de nous expliquer que la nourriture de la cantine n’était pas représentative de la cuisine indienne. Ça m’a permis de récolter quelques invitations pour les vacances. 

Publié le 26.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Un Immigré en cache un autre…

Il y a quelques semaines, je suis allé au commissariat. Non pas que j’aie fait quelque chose de mal, mais c’est une étape obligatoire quand on immigre en Inde. J’ai hésité longuement avant de publier ce billet de par sa nature anecdotique, mais, après tout, si ça vous intéresse…
J’aimerais donc partager deux conversations que j’ai eues sur place. La première était en anglais, avec l’inconnu qui me suivait dans la queue. La seconde était en français, avec mes camarades d’école (qui avaient été témoins de la conversation précédente), une fois sortis du commissariat.


Tu viens d’où ?

Oman. Tu connais ?

Oui, c’est au sud de la péninsule arabique, non ?

Non, au nord…

Ah, oui. Cet Oman-là.

Cet Oman-là, oui. Au moins tu connais. Ici, la plupart des gens pensent que je dis « Oh man! »

Et toi, tu viens d’où ?

De France.

Sérieux ? Je croyais que tu étais Irlandais !


Al, on a discuté, et on trouve aussi que tu fais très irlandais. On t’imaginerais bien avec le kilt et la cornemuse…

Ah non, ça, c’est les Écossais. Les Irlandais, ils sont en vert et ils courent sous les arcs-en-ciel pour en atteindre le bout, botter le cul des leprechauns et en capturer le trésor.


Il y a aussi un Libanais qui m’a dit qu’il n’aurait jamais deviné que j’étais Français puisque j’ai un accent anglais, et une Américaine qui se demandait de quelle région de Grande-Bretagne je pouvais venir (réponse : aucune).

Je ne pensais pas qu’avec mon piètre niveau d’anglais une telle chose fut possible. Au moins, mon accent français ne semble pas trop prononcé ;)

Publié le 25.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

L’Inde n’est pas un pays

Downside the Hills

Lorsque je suis arrivé sur ce qui m’avait été présenté comme un campus international, j’ai été très surpris de découvrir qu’à l’exception d’une quarantaine de Français, il ne semblait y avoir que des Indiens à l’horizon 1. À tel point que j’ai pensé que les Français étaient la caution internationale de l’établissement.

Ce que j’ai mis près de trois semaines à comprendre, c’est que l’Inde n’est pas un pays. Je savais déjà, pour m’être renseigné, que l’Inde est une fédération d’états profitant d’une certaine indépendance politique, mais j’étais loin de me douter que c’était à ce point. Vu d’Europe, je m’attendais à un territoire organisé à la façon des États-Unis, avec une certaine unité. Le fait est que les Indiens sont moins Indiens que les Américains sont Américains. Ils sont aussi Indiens que nous sommes Européens.

Dès lors, imaginons la chose autrement. Supposons que le campus se situe en Italie, que les cours soient donnés en Anglais, avec des étudiants venant de toute l’Europe, excepté une quarantaine de Marathes 2. Assurément, ils auraient l’impression d’être la caution internationale du campus, alors que nous le vivrions comme un campus véritablement international.

Après tout, quatre langues majeures sont parlées sur le campus. L’anglais est la langue commune à tous, le tamoul est parlé par un tiers des Indiens, l’hindi par les autres, et le français par nous autres, qui formons mine de rien un groupe non négligeable. Pourtant, ça ne veut pas dire qu’il n’y a que quatre langues maternelles : récemment, un camarade de classe m’expliquait qu’un autre camarade, originaire de Delhi et donc dont l’hindi est la langue maternelle, ne faisait aucun effort et utilisait fréquemment de l’argot, ce qui le rendait difficilement compréhensible.

De même, un appel d’un état à l’autre, mettons, du Tamil Nadu au Kerala 3, coûtera le prix d’un appel international, de la même façon qu’un appel de France vers la Belgique. Décidément, l’Inde porte bien son appellation de sous-continent. Comme l’Europe, ça n’est pas un pays.


Image : Downside the Hills, par ma pomme.


  1. En réalité, j’ai aussi rencontré un Sri Lankais, un Vénézuélien, un Anglais, un Lybanais, une Malaisienne et un Soudanais ayant vécu quelque temps à Genève. 

  2. Les Marathes sont les habitants du Maharashtra, où je me trouve. 

  3. Ce sont deux états voisins, qui se partagent la pointe sud du sous-continent. 

Publié le 20.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Vingt-huit jours plus tard

The Campus

Au début, j’espérais écrire un billet une semaine après le précédent pour raconter mon arrivée sur le campus. Mais vous savez comment ça se passe, quand on vit énormément de choses en peu de temps : il y a tant à dire que l’on ne sait par où commencer, et qu’on finit par laisser tomber. Après, le temps passe et les choses à raconter s’accumulent, empirant la situation. J’ai donc décidé de me reprendre en main et de vous écrire quelque chose, même si je ne pourrai vraisemblablement pas tout dire.

Tout d’abord, je tiens à rassurer ceux qui ont saisi le clin d’œil du titre de ce billet : ce n’est précisément que cela, un clin d’œil, et je ne vis pas l’apocalypse. Bien au contraire, le campus est un petit paradis, protégé des inconvénients de l’extérieur. Un peu trop protégé, d’ailleurs. On sent que nos camarades indiens, tous issus de castes supérieures (rien d’étonnant au vu du prix de l’école), ont toujours été bordés et ne savent pas faire grand-chose par eux-mêmes. C’est ennuyeux, on ne peut même pas les envoyer se cuire un œuf quand ils nous agacent.

Ils sont aussi très peu conscients de la quantité et de la qualité du travail fourni par le personnel encadrant. Tenez, une anecdote toute récente : les troisième année de graphisme de jeux ont eu un cours de peinture ce lundi, dans un grand atelier près de ma salle de classe qu’on appelle la factory. Ils ont laissé les lieux dans un état déplorable, avec des traces de mains sur le sol, etc. Qu’ils s’amusent en peignant et que la saleté soit inhérente à cette activité, c’est normal, mais la moindre des choses eût été de nettoyer. D’autant plus que les femmes de ménage avaient passé leur dimanche à nettoyer le bâtiment de fond en comble 1. Heureusement pour ces dernières, le professeur que ces étudiants ont eu hier est un ancien militaire qui a décidé de leur inculquer la propreté par la force : il leur a demandé de nettoyer les lieux et les a notés sur leur bonne volonté. Je n’aurais clairement pas apprécié être à la place de ces étudiants, mais je comprends la méthode et espère qu’elle aura des résultats.

Bien sûr, tout cela reste des généralités. Il y a des Indiens autonomes et respectueux des castes inférieures, mais il faut avouer que ce sont là des exceptions. Ces problèmes mis à part, tous sont très gentils, parfois excessivement, et m’ont démontré un très grand sens de l’accueil. Un exemple : lors de ma première sortie en ville, deux camarades français et moi avons pris un rickshaw partagé 2, et un pneu a éclaté. Nous avons payé le chauffeur pour la course, puis avons cherché un moyen de nous rendre à notre destination. Nous voyant perdus, un autre passager nous a guidés jusqu’au bon bus, est monté avec nous pour nous indiquer notre arrêt, et a insisté pour payer nos places ! Jamais je n’aurais vu chose pareille en France.

Pour le reste, le campus est très équipé, de la cafétéria à volonté pour les étudiants à l’épicerie-café en passant par la laverie et les équipements sportifs 3. J’y suis bien installé et y ai pris mes marques assez rapidement, bien qu’il semble que les bâtiments aient été conçus par un level designer plutôt qu’un architecte 4. Jugez par vous-même : dans la résidence, tout est symétrique et aligné sur le même modèle, à l’exception d’une cage d’escalier devant laquelle il y a une marche (ne faisant pas partie de l’escalier, bien entendu). Résultat, on a tous mis dix à quinze jours pour ne pas l’oublier et ne pas manquer de tomber en passant par là…

Voilà pour aujourd’hui. Je tâcherai dans la semaine de rédiger quelques billets supplémentaires.


Image : The Campus, par ma pomme.


  1. À l’exception des fishtanks, que nous utilisions pour un événement que je vous raconterai plus tard… 

  2. Je reparlerai des transports locaux dans un billet à part. 

  3. Mention spéciale pour le terrain de soccer dont l’herbe est tondue à la faucille par une dizaine de femmes alors qu’il y a un tracteur en état de marche non loin… Si l’on y réfléchit, ça en dit long sur le coût du travail des castes inférieures. 

  4. Le level designer est la personne chargée de la conception des niveaux d’un jeu. Son rôle est particulièrement important lorsqu’il s’agit d’équilibrer la difficulté du jeu et la courbe de progression du joueur. Dit autrement, son métier consiste pour une part non négligeable à placer des pièges sur le chemin du joueur. 

Publié le 17.09.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Delhi

Gate 32

Dans les histoires, les Occidentaux allant en Inde sont souvent marqués par l’odeur du pays, jugée indescriptible. Ensuite viennent les couleurs, foisonnantes, puis la vie, grouillante, du sous-continent.

Longtemps, j’ai pensé qu’il s’agissait là d’une imagerie convenue, d’une convention définissant un genre, tout comme les films donnent l’image de l’Italien proche de la familia, parlant avec les mains, mangeant des pâtes dans un restaurant avec des nappes blanches quadrillées de rouge… On connaît tous ces pâles copies du Don Corleone, qui ne sont là que pour nous dire « ce personnage est italien. »

À vrai dire, j’ai souvent, dans les dernières semaines, imaginé écrire ce billet. Avant de partir, je pensais vous parler de l’odeur du kérosène et du design international des aéroports indiens. C’est raté.

La première chose qui m’a marqué en arrivant à Delhi, dès l’ouverture des portes de l’avion, fut une odeur prononcée. Une odeur de terre. Mais pas celle du terreau que vous trouvez dans votre jardin, non. Une terre plus riche, plus musquée. Je ne sais pas comment définir ça, je manque de vocabulaire pour les odeurs. En fait, c’est une odeur que j’aurais plus volontiers imaginée dans la brousse africaine.

La deuxième chose que j’ai notée fut le calme. Tous les sols sont couverts d’une épaisse moquette aux motifs beige et rouille, si bien que tout paraît tamisé. De même, des affiches annoncent la couleur. L’objectif étant un aéroport silencieux, il n’y a pas d’annonces pour les vols. On s’habitue rapidement à se reporter sur l’affichage et l’atmosphère du lieu est changée.

Enfin, mais je m’y attendais tellement que je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, il fait chaud. Très chaud.

Finalement, l’imaginaire que la fiction nous propose pour l’Inde n’est pas si erroné qu’il en a l’air. Vraiment ? Ce que la fiction ne nous dit pas, car l’Inde reste ancrée dans nos esprits à l’idée d’une destination pour vieux hippies nostalgiques des sixties, c’est combien l’aéroport est militarisé. La gent soldate est partout. La différence avec ceux dont j’ai l’habitude de me plaindre à Lille ? Les rares fois où l’on devine une arme sur eux, elle est rangée. Le comportement n’est pas le même non plus. Ils sont polis, respectueux. Quand ils se renseignent sur nous, on croirait presque que notre vie les intéresse vraiment. Il n’empêche qu’au bout d’un moment, les contrôles, ça lasse. Surtout quand c’est le dixième.

Heureusement, les douaniers font attention de ne pas trop me dépayser : ils aboient leurs ordres comme en France. Même quand ils veulent être gentils, on croirait que tout leur organisme s’en défend. Prenez l’exemple de Jean-Marie. Si j’ai décidé de l’appeler ainsi, c’est parce qu’il ressemble au père Le Pen des grands jours, mais croisé avec un bouledogue. Quand on le voit, on a peur. On se dit qu’on a affaire à un concentré de hargne, une haine du monde à l’état pur. Pourtant, Jean-Marie a un cœur en or derrière ses manières de brute. C’est lui qui m’a donné le plus d’informations à propos des lieux où récupérer ma valise et où l’enregistrer pour le prochain vol —vers Pune, celui-ci— là où ses collègues répondaient de façon évasive, quand ils ne me répondaient pas qu’ils étaient douaniers et que ça n’était pas leurs affaires. Merci, Jean-Marie !

Cela tombe bien : je finis de rédiger ce billet et l’embarquement va commencer.


Image : Gate 32, par ma pomme.

Publié le 22.08.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

Au revoir

Surfing the Cloud

C’est la fin de l’après-midi en France, mais la nuit tombe au-dessus de la mer Caspienne. Je suis à plus de douze mille mètres au-dessus du sol lorsque j’écris ces lignes, et les écrans de mes voisins montrent des films bollywoodiens.

Mes paupières refusent de se baisser malgré la journée de voyage, alors je tire une sorte de bilan. Depuis tout petit, je rêve de m’évader. Non pas que j’étais malheureux en France, mais je ressentais cette conscience aiguë qu’il n’y a pas que ça, que le monde est trop vaste pour n’en connaître qu’un si petit morceau. Alors j’ai voyagé. Au travers des livres, comme touriste, sur Internet. Mais ça n’a jamais entièrement apaisé ma soif et, à chaque fois, elle revenait plus forte. Pourtant, la facilité l’a souvent emporté, et je n’ai jusqu’à peu jamais osé vraiment partir. Il m’aura fallu une occasion.

Cette occasion me fut offerte lorsque j’ai réussi le concours d’entrée de DSK Supinfogame, une école où j’étudierai la création de jeux vidéo pendant deux ans. Deux ans que je passerai donc à Pune, en Inde. Ceci est le journal que je tiendrai de mes aventures. Il n’y aura pas de régularité, seulement des moments partagés au fil de l’eau.

Donc, me voici dans l’avion. Y arriver, en soi, était déjà une sacrée aventure. Pour commencer, il y eut le concours, plutôt rude. Puis, passé la surprise des résultats et un mois sur mon petit nuage, il fallut redescendre sur Terre et préparer mon départ. Les choses se déroulèrent sans trop d’accrocs, jusqu’à ce que vienne le temps de s’occuper du visa —on ne peut pas demander de visa étudiant pour l’Inde plus de vingt jours avant le début des cours. Un véritable feuilleton.

Tout commence l’avant-dernier lundi, soit quinze jours avant la rentrée et douze avant le décollage. J’arrive avec le train de midi à Paris, où j’ai prévu de rester trois jours, profitant de l’occasion pour me promener dans la capitale et voir des amis. On ne peut pas déposer de dossier après une heure, mais le centre de demande de visa est près de la gare et —au pire— je me dis que je peux encore y retourner le lendemain matin. J’arrive néanmoins vers midi vingt, je fais des photos d’identité au format indien, et dépose mon dossier à la demie.

C’est là que les ennuis commencèrent : la guichetière m’annonce que le document de ma banque prouvant que j’ai de quoi subvenir à mes besoins n’a pas la forme qu’il faut, et que c’est un motif de refus. Je dois donc revenir le lendemain avec le bon document. Cependant, le lundi, ma banque est fermée. Je ne peux donc rien faire d’autre l’après-midi que m’en tenir à mon programme.

Le mardi matin, j’appelle ma banque. Je tombe sur un service téléphonique, où l’on m’annonce que seule l’agence où je suis enregistré peut me fournir le document, mais que tous ses employés sont en réunion. Devant le refus de déranger ces derniers, je prends congé de l’énergumène et me rue dans une agence parisienne de ma banque. Là, j’explique la situation à l’employé d’accueil et lui demande de contacter directement mon agence. Compréhensif et volontaire, ce dernier contacte un à un la quasi-totalité des employés de mon agence, jusqu’à ce que le directeur adjoint réponde qu’il s’occupe de moi. Je reçois donc l’attestation demandée, copie quasi conforme du modèle reçu la veille.

Après avoir dûment remercié le jeune homme de l’accueil, je cours jusqu’au centre de demande de visa et y arrive un peu avant midi. Là, le guichetier qui me reçoit m’annonce deux choses. D’une part, l’attestation de la banque ne fait toujours pas l’affaire puisqu’elle n’est pas sur un papier à en-tête. D’autre part, je n’ai pas apporté l’original de la lettre d’invitation de l’école, mais une copie. Comprenant que je n’arriverai pas à me faire parvenir ce dernier avant le lendemain après-midi, et que donc il me faudra programmer un autre voyage à Paris, je tente de piper les dés et annonce avec un air affolé que c’est ce que m’a envoyé l’école. J’imagine qu’il doit être habitué de ce genre de réaction, car il prend l’air de celui qui est fatigué d’entendre les mêmes sornettes.

Il vérifie néanmoins les autres papiers et me dit qu’il n’y voit pas d’autre problème. En revanche, compte tenu de ma date de départ, il m’explique qu’il faudra désormais demander la procédure en urgence. Cette procédure est plus chère et exige que je présente les billets d’avion aller et retour, mais me permet d’avoir un visa en un jour au lieu de trois à huit jours en procédure normale.

Puisqu’il est impensable de réunir tout cela le mercredi pour le jeudi, que le vendredi est férié en France et le lundi en Inde, je complète mon dossier pendant ce long week-end et me rend à Paris le mardi matin au premier train. Je dépose mon dossier, qui est accepté. Soulagement. Je dois retourner au centre en fin d’après-midi, ce qui me laisse la journée.

Quand j’y retourne, m’attendant à recevoir mon visa, on me rend mon dossier. L’ambassade a refusé ma requête. Panique. Colère. Puis désespoir. Le tort ? La lettre d’invitation de l’école ne contient pas la date de fin des cours. Il me faut une nouvelle lettre. Originale. Qui mettra des semaines à arriver d’Inde. C’est peu de dire que j’ai passé l’une des pires soirées de ma courte existence.

Le lendemain, très tôt, j’appelle mon école, où on me fait passer de personne en personne, sans obtenir de résultat permettant une résolution rapide du problème. Ce n’est que vers neuf heure que j’obtiens le numéro d’un responsable, qui réagit très rapidement. Il me fait parvenir une autre lettre par courriel, et me conseille de tenter le tout pour le tout en la joignant à l’autre lettre. J’imprime la nouvelle lettre d’invitation et cours au centre.

J’ai l’impression que le monde cesse de tourner lorsque l’employé d’accueil du centre m’annonce qu’il est onze heure cinq et que les procédures en urgence ne sont plus acceptées. Mon visage a dû parler pour moi, parce qu’il a fini par me dire que les dossiers n’étaient pas encore partis à l’ambassade et qu’on pourrait peut-être joindre mon dossier au lot. Ce fut le cas. Je n’ai plus qu’à attendre la fin d’après-midi pour la réponse et, peut-être, mon visa.

Je suis arrivé plus d’une heure en avance au centre, l’angoisse au ventre. Finalement, j’ai eu mon visa. L’avant-veille de mon départ. J’ai passé mon jeudi à compléter ma valise, mettre en place ce blog et appeler quelques amis pour un dernier au revoir. Et me voilà dans l’avion. Avec une pensée pour un camarade de classe, français également, qui n’arrivera à Pune que pendant la semaine prochaine, donc après la rentrée. J’ai appris hier qu’il avait aussi rencontré des difficultés pour l’obtention de son visa.


Image : Surfing the Clouds, par ma pomme.

Publié le 22.08.2014. Lien permanent. Retourner en haut.

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